Azealia Banks n'est pas d'ici

Azealia Banks l’Attention Whore

13 juillet 2012 . Pas de commentaire
By MJ, in Featured, US Side

Dans un univers rap féminin très superficiel où seuls les atouts charnels semblent compter pour réussir et où nous passons notre temps à regarder des clips [plans fixes sur fesses] et ça en entier : Qu’est-ce qui nous pousserait à jeter un regard vers Azealia Banks ? Sur le coup, rien. Jusqu’au jour où tu te retrouves en soirée et qu’un groupe de meufs dont t’avais repéré une petite passe « 212 » (cette fameuse chanson que tu ne pouvais pas tenir 20 secondes il y a 6 mois). Puis elles se mettent à danser comme dans le clip (comme des catins). Effet boule de neige, tout le monde se met à bouger sauf toi, tu hates dans ton coin. Là, tu tombes des nues car t’es choqué que cette femme black sans corps ait réussi à endoctriner tes potes alors que t’avais cliqué sur le clip quand il y avait moins de 50 000 vues. T’aurais pu être CE gars qui a lancé la fête et dont tout le monde tourne autour, merci à tes bons goûts. Ce soir là, t’es donc rentré chez toi bourré, t’as allumé ton PC et remis la vidéo de « 212 » dans ton casque. Et c’est là que le charme ravageur d’Azealia Banks t’a paru flagrant, t’as kiffé sur son pull Mickey et ses couettes FiFi Brindacier. Ok, ok. Mais jusque là, toujours pas de quoi bander. Tu t’es alors esclaffé : « POURQUOI TOUT LE MONDE FAIT COMME SI CETTE MEUF C’ETAIT « THE MEUF » ? En criant t’as réveillé ta mère. Tu t’es tu. Mais ton père [NeoBoto] t’as entendu et est venu te donner quelques explications et t’a dit pourquoi Azealia Banks is the shit !

Le loup dans la bergerie

Fils, tu veux savoir pourquoi Azealia Banks est cette merde ? Ce n’est pas compliqué, c’est tout un état d’esprit. Cette fille a compris que ce rap game était une compétition et qu’il fallait bouffer les gens avant d’être bouffé. RAP GAME = LA JUNGLE. Elle nous le montre à chaque cover qu’elle aime les animaux et tout le délire sauvage, pourquoi penses-tu qu’elle a appelé l’une de ses chansons « Jumanji » ? A la fois pour nous montrer son rap d’Alan Parrish et de Van Pelt et son attrait à la nature, la sauvagerie. Bien sûr. Les références aux sirènes, à Neptune nous montrent à quel point elle se considère comme un être à part entière. Déjà maîtresse de l’océan, elle arrive en terre inconnue et entre dans ce château en se revendiquant boss des meufs et logiquement elle attaque la reine (Nicki) « The butt, the hair, the this, the that, all the other shit, like… As much respect that I have for her, we’ve seen you do this already, what else can you do?/ Les fesses, les cheveux, le ci, le ça, et toutes les autres trucs, genre … Autant que j’puisse la respecter, on t’a déjà vu faire ça, qu’est-ce que tu peux faire d’autre ? ». La conquête ne s’arrête pas là, elle cherche un nouveau beef chaque semaine à la fois pour dire qu’elle est là et elle a faim mais aussi pour montrer que c’est pas une tapette. Tel un loup qui chasse les soirs de pleine Lune, elle attaque avant d’être attaquée c’est son motto. Personne n’est trop grand. Personne n’est trop chaud pour elle. Attaquer T.I. ? Il la snobe et la considère comme une petite fille mais ce n’est pas grave, on parle d’elle. Cochon Kreayshawn a été mangée. Iggy Azalea s’est enfuie.

All my bitches bougie, designer vagina coochie

Bon, visualise ça et mets toi à sa place : T’as des cheveux de sirène, tout le monde t’encense alors que tu n’as même pas sorti 10 chansons, Kanye West t’invite à ses défilés et il te compte parmi ses 5 followers sur Twitter puis pour couronner le tout il dit que t’es ce putain de futur (si ce n’est pas une victoire ça). Nas te kiffe mais tu n’en as rien à battre. T’es née à Harlem mais t’as quand même eu une enfance dorée : comédies musicales, Broadway, tout ça. Du coup t’es pourrie gâtée, Karl (Lagerfeld) aime ton délire et une amitié solide semble s’être crée entre vous deux. Il t’invite à la Fashion Week puis t’invite au Japon où tu chantes à des dîners alors que personne connait ton nom, mais c’est réel, t’es là !! Du coup tu peux te permettre n’importe quoi, t’appelles Nicola Formichetti le styliste de Lady Gaga pour s’occuper de ton clip et tu mets Rankin derrière la caméra for the win. Comme A$AP Rocky le mec de ta rivale, t’enchaînes les couvertures de magazines, on t’offre des sapes gratuites du coup tu portes tout en même temps.Sur scène tu sues (car t’es très énergique) dans du Alexander Wang, Adrienne Landau, et j’en passe. Ah, Terry Richardson qui te shoot c’est juste un des infimes avantages dont tu disposes sans avoir fait grand chose. Ouaip t’as les meilleurs de ton côté. Du coup tout le monde t’aime…

1991/ Fantastic -> Fantasea / Broke With Expensive Taste

Ça va ? Tu t’imprègnes du personnage ? On continue : Tout avait commencé avec « 212 », cette track énergique où à première vue, tu ne sembles être qu’une de ces Fatous américaines qu’on croise un peu partout sur l’Internet, et dans tes rues. Puis à la vue ce que tu dégages en live, cette putain de puissance d’Atlantide, cette bestialité tout droit sortie des abysses, les gens décident de s’intéresser un peu plus à toi. Ton flow est précis, tes gestes sont si rapides et semblent si vulgaires qu’on a l’impression que ta sirène intérieure nous crache des jets d’eau dessus. Une aubaine, vu à quel point tu chauffes la salles pendant tes concerts. Après six mois à écouter une seule chanson, tes fans tombent sur ton live à Coachella et se rendent compte que t’es pas une one hit wonder. Ok ils pensent que tu ne fais pas croquer tes chansons mais elles existent, c’est le principal. Ils attendent 1991 depuis le mois de Mars, tu le repousses à Avril, puis à Mai, ils vont le télécharger illégalement car ils ne veulent pas payer pour quatre chansons. Ils auraient dû, convaincus grâce à cet EP que t’es pas n’importe qui. Tu reçois une spéciale mention pour « Van Vogue » où t’arrêtes la chanson pour insulter les meufs de ton quartier et tout ça en Chopped & Screwed, voix grasse.
C’est cette même vulgarité qui t’anime que s’est reconnue M.I.A., elle décide de te faire poser sur le remix de « Bad Girl » puisqu’elle qu’elle te connait autant que tu la connais. C’est-à-dire pas du tout. Juillet arrive, c’est les vacances et tu fais semblant d’avoir un bug t’empêchant de leaker Fantasea, la vraie raison c’est que tu savais que tes fans auraient du mal à couper Channel Orange pour Fantasea. Choix drastique. Cette fois-ci, tu balances 19 tracks mélangeants electro/dubstep et instrus hip-hop sur lesquels tu t’amuses et tu déblatères vulgarités sur vulgarités. T’y prends plaisir, et tes fans aussi. L’album prévu pour Septembre ? Ils vont l’attendre jusqu’à la fin de l’année. Ils sont fin prêts et ont enfin compris pourquoi tout le monde mise sur toi.

Sortie de nulle part, Azealia Banks a fait une entrée très remarquée dans ce hip-hop jeu. Elle n’est définitivement pas cette superstar qu’elle croit être, mais vu ses productions musicales privilégiant qualité et esthétisme à quantité, elle est sûrement en passe de le devenir. Cette artiste qui semble nous avoir littéralement été imposée par le « star system » semble aussi avoir un ego disproportionné et pense qu’elle est à l’épreuve des balles. Ce qui aurait pu être une honte comme quand un entraîneur fait jouer un joueur faible juste parce que c’est son fils, n’est finalement qu’une requête : On nous propose d’aimer Azealia Banks et comme son talent est réel, merci de l’avoir mise sous notre nez.

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