Too young to die
Amy Winehouse, l’Ange Noir de la Soul
A seulement vingt-sept courtes années, la sulfureuse Amy Winehouse tire sa révérence, emportant avec elle le poids insurmontable de son existence. Après avoir véhiculé une image de rock-star coutumière des paradis artificiels, on en aurait presque oublié sa voix singulière et son sens du groove. Rentrée illico dans le club très select des 27, la chanteuse peut aujourd’hui confronter son existence terrestre à celle de mythes comme Jimi Hendrix, Jim Morrison, Janis Joplin, Kurt Cobain ou encore Brian Jones. Le sort s’acharne…
Musique et paradis artificiels
Sa carrière fut incroyablement courte et intense. Son grain de voix si particulier, à la fois grave et d’une profondeur insondable aura constitué la bande originale des années 2000. Derrière ce monticule capillaire brunà¢tre, ces cils saillants prolongés par un maquillage proéminent digne d’Elvira, se cachait une chanteuse au talent indéniable. En l’espace de trois ans, Amy Winehouse a su incarner le parfait crossover entre soul, jazz, et rock. Héritière légitime des voix les plus incarnées à l’instar d’Ella Fitzgerald ou Dinah Washington, son personnage a injecté une dimension rock à cette soul issue des grandes compositions du Sud profond des Etats-Unis et qui ont fait les grandes heures de Stax. Entre posture indolente et attitudes quasi suicidaires, la gamine d’Enfield s’est dotée d’une palette expressive terriblement imagée à grands renforts de scandales opiacés.
Au delà des récurrents épisodes alcoolisés qui ont fait les choux gras de la presse à scandale, l’univers artistique de l’anglaise a été façonné d’une main de maà®tre par deux hommes clefs : Salaam Remi et Mark Ronson, connus pour avoir travaillé avec Nas, Biz Markie, les Fugees, ou encore Saigon et Macy Gray. Deux hommes aux sensibilités proches qui ont senti en cette jeune gringalette au caractère bien trempé un potentiel inexploité. Avec Frank tout d’abord en 2003, Amy Winehouse signe un opus tirant à la fois vers l’acoustique classieux et le mid-tempo percutant lié notamment aux productions de Salaam Remi. Grà¢ce à des titres comme « Stronger Than Me », « In My Bed » (qui reprend au passage le sample de « Made You Look » de Nas), ou « Fuck Me Pumps », la chanteuse s’assure un succès auprès des critiques mélomanes sous le charme d’un tel charisme. Puis en 2006, sa rencontre avec le producteur Mark Ronson s’avère déterminante. Le trio Winehouse-Remi-Ronson propulse alors Amy au sommet des charts mondiaux avec Back To Black. Les influences soul prégnantes donnent ainsi naissance à de véritables odes torturées reposant sur un son calibré Motown (« You Know I’m No Good », « Back To Black », « Wake Up Alone »…). Le succès est immédiat, les radios usent les titres en haute rotation des semaines entières alors que lentement Winehouse se noie dans sa propre misère sentimentale entretenue à petit feu grà¢ce aux effets pernicieux de ses meilleurs ennemis. Alors, lorsque la nouvelle tombe dans la journée du 23 juillet 2011, le choc ne dure qu’un temps, et la fatalité prend le dessus. La chose était prévisible. Ses parents ne faisaient pas mystère de leur inquiétude à son sujet, en témoigne son dernier concert à Belgrade durant lequel la chanteuse est apparue totalement ivre et incapable d’articuler le moindre mot.
Malgré les frasques honteusement médiatisées par les tabloà¯ds, on conservera le souvenir d’une interprète maà®tresse de son art. En deux albums, Amy Winehouse aura su imposer un style empreint d’une mélancolie ineffable portée par une voix qui l’est tout autant.





Très bel article, j’aurais pas mieux dit.