Encore un artiste?

Miguel: art, sexe et autres mystères

26 avril 2012 . Pas de commentaire
By Sipowitz, in Urban culture

Kanye West en compétition à Cannes, Pharrell à l’aise comme un poisson dans l’eau dans le milieu de l’art contemporain, Rihanna à l’affiche d’un film dans toutes les salles de cinéma françaises, prenez garde, le monde dans lequel vous vivez est bien plus ouvert que ce que l’on pourrait penser. C’est en tout cas dans celui-ci qu’évolue publiquement Miguel depuis le début de la décennie. Lui non plus il n’a peur de rien, qualifiant son parcours comme celui d’un ambitieux, nous voilà aujourd’hui à la veille de la sortie de son EP Art Dealer Chic Vol. 3. Alors vous vous en doutez il y a eu un Volume 1 et 2 et c’est de cet ensemble artistique que nous voulons vous parler. Le chanteur a injecté volontairement des zestes de référence à « l’art » dans sa trilogie, nous avons donc voulu comprendre quelle en était l’exacte démarche.

Avant la sortie d’ Art Dealer Chic Vol. 1, Miguel avait le statut de ce crooner R&B, de ceux qui donnent un souffle au genre avec derrière lui, un premier album bien reçu par la critique et le public (jackpot). Avec une présence et une gestuelle impressionnante sur scène il a bien réussi ses promos et la constitution d’un réservoir de fans féminines hypnotisées. Qu’allait donc faire ensuite ce personnage avide d’évolution? On a beaucoup parlé de sa collaboration avec Wale sur « Loter Flower Bomb » mais notre héros du jour n’y apporte que son timbre de voix lors du refrain et le dos de son blouson dans le clip.
C’est bien lorsqu’il a annoncé la sortie de 3 EP sous le nom concept Art Dealer Chic que les choses sont devenues intéressantes. Le titre à lui seul interpelle. Est-ce une simple expression pour flamber ou un choix délibéré et cohérent? À la vue du reste du projet la seconde option s’impose. La cover du premier volume est un tableau qu’il a peint lui-même et le clip de son morceau phare « Adorn » met en scène cette peinture. Des questions affluent sur son implication dans l’art pictural et persistent lorsqu’arrive le Volume 2. Le teaser nous montre le chanteur lui-même en train de graffer et des sons de bombes aérosols en action nous chatouillent les oreilles. On ne voit toujours pas où il veut en venir mais il semble construire un ensemble teinté d’art. Tout pour susciter notre intérêt mais « l’artiste » préfère jouer avec notre frustration. Très peu de clés nous sont accordées pour donner sens à tous les indices laissés. Le site artdealerchic.com ne nous donne que les EP en téléchargement sans aucune description du projet, sa page Vimeo reste muette et peu d’interviews semblent enquêter sur le sujet.
Il en nous reste plus que l’œuvre brute pour tenter d’analyser et de comprendre cet engouement soudain pour l’art et l’on soupçonne fortement Miguel de l’avoir fait exprès.
Il veut jouer à ça? Très bien…

Alors non, le chanteur ne semble pas finalement exprimer en grandes pompes qu’il est un fan d’art depuis toujours, qu’il a toujours voulu peindre et que sa médiatisation actuelle lui permet d’assouvir cette envie. C’est un projet avec beaucoup plus de retenue et d’abstraction. « L’art » appliqué concrètement dans ses visuels serait en fait une sorte de symbole de sa créativité. Il a bien dit une chose sur ces 3 EP: ils représentent une démarche absolument personnelle dans le sens où il a effectivement tout réalisé, les productions, les textes, le tableau. Il tente de montrer par la pratique à quel point il est important pour lui d’être au cœur de la création artistique. L’art pictural n’est qu’un outil pour illustrer cette idée.
Attaché à la tradition des thèmes de son genre musical, il nous parle d’amour, de femme, de sexe sans aucun détour depuis le début de sa carrière et décline ici ces sujets pour en faire une variation d’état sentimentaux des plus riches. Mais sa vision globale de toutes ces thématiques vues et revues, est qu’elles incarnent l’art de façon presque mystique. une sorte de sublimation que l’on retrouve très ponctuellement dans les paroles: « Ballerina smart but your sex like art » dans « Arch N Point » ou encore dans le morceau « Gravity »: « I feel invicible when we create this art, baby. »
C’est pourquoi dans ses clips on retrouve de jolies dames se trémoussant comme dans un clip de Maybach Music couplées à une recherche et une cohérence visuelle qui va jusqu’à rappeler les motifs de son tableau d’ « Adorn » sur son visage dans « Arch & Point ». C’est là que nous touchons au vrai parti pris artistique du projet « Art Dealer Chic » de Miguel: il teinte le vulgaire, le cru de ses textes d’un voile de beauté dite intellectuelle, nous expliquant que tout cela forme un tout et qu’il est inutile de renier quoi que ce soit.

Nous nous attendions à juger la possibilité d’une carrière dans les beaux-arts d’un chanteur R&B mais rien n’en fut. Avec ambition mais sans prétention, Miguel nous offre tout simplement sa vision de ce qu’est pour lui l’art en général avec des outils originaux. Norbert de Top Chef nous a montré comment sublimer un poulet (ou autres carcasse d’animaux), Miguel nous montre comment sublimer un sujet vieux comme le monde: la conquête amoureuse.



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