Un peu de culture sur un plateau

« What’s Your Favorite » avec Gaël Faye

22 mars 2013 . Un commentaire
By Sipowitz, in FR Side

Chez NeoBoto, on s’intéresse beaucoup à Gaël Faye et son art. Après avoir décortiqué le parcours et le premier album du natif du Bujumbura, nous avons voulu vous expliquer ce qui motive la démarche de ce personnage à part. Aujourd’hui, nous vous proposons de le connaître encore mieux à travers ses références, ses goûts, sa culture. Avec une interview « What’s Your Favorite », nous basculons avec lui tout naturellement entre légèreté et attachements culturels profonds.

Un Album… The Miseducation Of Lauryn Hill, c’est le seul album studio de Lauryn Hill, un album magnifique parce que la barre était très haute avec The Fugees. Elle réussit à arriver avec une musique incroyable, un chant incroyable, une manière de rapper incroyable et ça ne vieillit pas, c’est intemporel. Souvent, j’écoutais cet album pendant que j’enregistrais le mien en me disant que j’aimerais faire la même chose à la française.

Un morceau… « Blessé Dans Mon Égo » de La Rumeur. C’est un titre qui parle de la double culture que le rappeur Ékoué a entre la France et le Togo et, pour moi, c’était la première fois que j’entendais un texte en français qui parlait de ce rapport d’un fils d’immigrés entre sa patrie d’origine et son pays d’accueil. Dans le refrain il dit : « J’ai le cul entre deux chaise » et c’est la première fois que j’entendais cette expression, elle m’a beaucoup marqué.

Un rappeur… Nas. Tout simplement parce que c’est Nas, pour moi le meilleur rappeur au monde.

Un clip… Je choisirais un clip de Baloji qui est un rappeur Belgo-congolais qui a mis en images la chanson « Tout ceci nous rendra pas le Congo » enregistrée au Congo, à Kinshasa. Il est magnifique, il dure dix minutes, c’est une espèce d’opéra-rap dans la ville poudrière qu’est Kinshasa, c’est inventif, c’est plein de couleurs, c’est plein de force, c’est brut comme les minerais du Katanga.

Un film… Je ne sais pas trop pourquoi mais ce qui me vient en premier c’est Le Pianiste de Roman Polanski, peut-être parce que c’est le film que je regarde le plus souvent. Je suis Rwandais, on a vécu un génocide au Rwanda, ce film parle de l’holocauste, pas du point du vue du camp, mais à travers cet homme qui arrive à s’en sortir par la musique. Il y a une métaphore comme ça qui est très belle et puis je trouve qu’Adrien Brody est un très bon acteur. Il y a aussi une mise en scène incroyable, mais c’est triste comme film quand même [rires]. Ça correspondait à une période de ma vie où j’avais besoin de m’expliquer beaucoup de choses par rapport à ce qui s’était passé au Rwanda.

Un Disney… Je trouve que les Aristochats c’est vraiment pas mal. Musicalement et puis la petite bourgeoise qui s’encanaille avec le chat de gouttière c’est drôle. Et puis ça se passe à Paris, avec le major d’homme qui s’appelle Edgard comme mon acolyte de Milk Coffee & Sugar, en plus.


Une série… Je ne regarde pas les nouvelles séries alors je dirais le Prince de Bel Air. On m’a passé The Wire par exemple mais je ne regarde pas parce que c’est trop long, c’est addictif alors tu te retrouves dix jours enfermé devant un écran.

Un révolutionnaire… Patrice Lumumba qui était un des premiers ministres de la jeune République du Congo et qui s’est fait assassiner par la CIA, par les Belges, les Français. C’est pour moi quelqu’un qui incarnait un idéal du panafricanisme, de la souveraineté de l’Afrique. Être indépendant c’est bien, mais être souverain c’est mieux. On a fêté les 50 ans des indépendances africaines l’an dernier et on s’est bien rendu compte que l’indépendance sonne souvent creux. Il y a plein de pays qui sont encore sous la tutelle soit de puissances étrangères, soit de conglomérats financiers. Donc Patrice Lumumba, car les meilleurs partent souvent les premiers. Il avait tellement de vérité en lui qu’on l’a fait taire rapidement.

Un livre… Les Belles Choses Que Portent Le Ciel de Dinaw Mengestu qui est un jeune auteur américano-éthiopien et qui vit entre Paris et Washington. Il a fait ce très beau livre sur un petit épicier et une jeune prof qui entretiennent un amour platonique. Ça parle aussi un peu de gentrification aux États-Unis. Il a réussi à mêler des histoires d’exil, des personnages intéressants et tout ça avec beaucoup de poésie.

Un fastfood… Le meilleur fastfood s’appelle Mama Solo, c’est à Bujumbura. On peut y manger du Minchopo, du Bougali, du Sombé mais ça ne vous dira surement rien, alors il faut juste y aller ! On mange vite on est servi rapidement donc c’est un genre de fastfood, par contre les grosses chaines américaines ou autre pour moi ça n’est pas la peine et elles n’ont pas besoin de moi de non plus.

Un superhéros… Mon père c’est LE superhéros. Juste après son armée il avait aux alentours de vingt ans, il était originaire de Lyon, il a pris son vélo et il avait envie de faire un peu comme les auteurs qu’il lisait, Jacques Kerouac etc, de partir sur la route. Il a fait le tour du monde pendant cinq ans. Ils s’arrêtait pour gagner un peu d’argent aux États-Unis, en Amérique du Sud, il est passé au Burundi et il a rencontré ma mère. L’amour est né, moi-même je suis arrivée donc il a stoppé son voyage là-bas. Depuis, il a toujours vécu comme un aventurier à capturer des serpents, des crocodiles. On l’appelle crocodile dandy d’ailleurs. Donc j’ai toujours été très impressionné par mon père parce que c’est un vrai poète qui vit au jour le jour et qui a des rêves plein la tête. Et même s’il a arrêté de pédaler, c’est dans sa tête que ça pédale encore.

Une soundtrack… J’ai entendu John Legend sur la BO de Django et j’ai adoré le titre « Who Did That To You ». J’étais très fan du premier album de John Legend et je trouvais que ce qu’il avait fait après retombait, mais là il m’a remis une claque.

Un festival… Je dirais le festival de Fouras, c’est un petit festival pas loin de la Rochelle en face de Fort Boyard. C’est un festival avec des petits moyens mais des gens très motivés et le cadre est magnifique parce qu’on joue juste en face de la mer. Pour un artiste c’est super de se produire devant un couché de soleil. J’ai fait ce festival avec mon groupe Milk Coffee & Sugar et j’en garde vraiment un très beau souvenir.

Une citation… C’est une citation de Frantz Fanon qui dit « Mon corps fait toujours de moi un homme qui s’interroge. » C’est ma phrase de chevet.

Une chanson de ton album… Je vous laisse l’écouter et choisir !

Crédit Photo : Nina Kauffmann




Un Commentaire
  1. Emb Sannois le 15 avril 2013 à 11 h 58 min

    Gaël Faye et Milk Coffee & Sugar le 18 Mai à l’EMB !
    On vous attend nombreux, prenez vos places au 01 39 80 01 39.
    + d’infos : https://www.facebook.com/events/278545898943738/