Cap sur les réalisateurs asiatiques expatriés aux Etats-Unis
RDA#4 - Le péril jaune : Mo Money Mo Problems
Tout juste sorti dans nos salles, “Le Dernier Rempart” a tout du jeu perdant/perdant pour son réalisateur et son acteur principal. Le film est le plus gros flop de la carrière de Schwarzy aux States, et se révèle être le plus mauvais film de Kim Jee-Woon, qui nous avait pourtant offert de sacrés perles noires avec “A Bittersweet Life” et “J’ai rencontré le Diable”. Il y a fort à parier que le sud-coréen n’ait pas eu les coudées franches pour sa première expérience américaine. Plus gros budget, sans doute un plus gros salaire mais une marge de manœuvre proche du néant, on peut légitimement se demander ce que Kim Jee-Woon est allé faire dans ce bourbier, comme bien d’autres congénères avant lui. Petit tour d’horizon des réalisateurs asiatiques ayant monnayé leur talent à Hollywood, pour le meilleur et (surtout) pour le pire.
Volte/Face, de John Woo (1997)
A tout saigneur tout honneur. Attiré aux Etats-Unis par Van Damme, le roi hongkongais du polar stylisé et ultra-violent réussit sont premier (et seul) grand film américain avec cet affrontement dément entre Nicolas Cage et John Travolta. Après deux mises en bouche (les sympas Chasse à l’homme et Broken Arrow), John Woo nous montre ce qu’il a vraiment dans le ventre. Scénario délirant, acteurs cabotinant à mort, gunfights jouissifs et même sa marque de fabrique (vol de colombes au ralenti), tout y est pour faire de cet actioner jouissif un monument. La suite de la carrière américaine de Woo sera bien en dessous, le retour en forme du réalisateur coïncidant avec son retour au pays pour Les Trois Royaumes.
Piège à Hong-Kong, de Tsui Hark (1998)
Sans doute le cas le plus épineux. Une carrière asiatique longue comme le bras, remplie jusqu’à la gueule de films tous plus révolutionnaires et géniaux les uns que les autres. Un formaliste de génie, allergique au surplace et qui pellicule après pellicule continue d’expérimenter et d’interroger la forme de ses œuvres, sa mise en scène. En clair, l’un des plus grands réalisateurs de l’histoire du cinéma, rien que ça. Pourtant, il est peu dire que l’exil américain de Tsui Hark (dû encore une fois à Van Damme) aura été mitigé. Deux nanars mythiques, Piège à Hong-Kong, donc, et Double Team (oui oui, celui avec Dennis Rodman).
Scénarios ridicules, tournages chaotiques, tout vire au grand n’importe quoi dans ces films illisibles. Mais c’était sans compter sur Tsui Hark. Car oui, en faisant abstraction de la narration abracadabrantesque de Piège à Hong-Kong (ce qui est compliqué, on vous le concède), on peut finir par admirer la mise en scène la plus jusqu’au boutiste vue dans un film hollywoodien, Hark expérimentant les sensations de vitesse et de défilement comme jamais dans des scènes d’action complètement ravagées. L’affrontement entre un acteur au sommet de son addiction à la cocaïne et un réalisateur qui, passablement énervé par le comportement de sa star et les méthodes de travail des techniciens américains, va se permettre les pires folies et extrémités. OVNI.
Tigre et Dragon, de Ang Lee (2000)
Le Jack Burton de Carpenter était arrivé trop tôt, une habitude pour Big John. Conspué à sa sortie, Jack Burton est maintenant considéré comme culte. Quinze ans avant Ang Lee, Carpenter avait tenté la greffe du cinéma hollywoodien à la culture asiatique, ses légendes et ses combats aériens au câble. Manque de bol, c’est le Taïwanais qui récoltera tous les lauriers avec le succès cosmique de son Tigre et Dragon. Avec Hulk, Brokeback Mountain ou encore L’odyssée de Pi, Ang Lee est assez clairement l’asiatique le mieux installé à Hollywood, sa sensibilité faisant des merveilles dans un cinéma américain souvent dénué d’âme.
Replicant, de Ringo Lam (2001)
Jamais deux sans trois, Van Damme aura aussi ramené à Hollywood Ringo Lam. Pour le coup il aura bien fait, Replicant étant sans doute le meilleur film des « Muscles de Bruxelles ». Sur une intrigue science-fictionnesque de clonage, Lam réussit un polar sec, sombre et bourré d’action. Pour une fois pris au sérieux par son réalisateur, Van Damme montre qu’il est capable de très bonnes choses dans « l’acting ». Le duo gagnant récidivera deux ans plus tard avec In Hell, autre rare bon film pour ce grand fou de Jean-Claude.
Stoker, de Park Chan-Wook (2013) et Transperceneige de Joon Ho-Bong (2013)
Il se pourrait bien que le meilleur reste à venir avec ces deux fantasmes pour salles obscures, quelque chose comme les films les plus attendus de 2013. En mai, le papa du mythique Old Boy nous ramènera de son exil Stoker, avec Nicole Kidman en vedette. Le trailer annonce la couleur : ambiance mortifère, suspense au cordeau et intrigue dynamitant la cellule familiale, Stoker renvoie directement à l’époque dorée de Polanski.
Pressenti à Cannes (pour y décrocher la timbale ?), produit par… Park Chan-Wook, Transperceneige repose sur une équation simple : BD mythique + réalisateur de génie = grosse grosse trique.
Un train roulant éternellement abrite les survivants de l’apocalypse. En tête du convoi, l’aristocratie. A l’autre bout, le wagon des pauvres. Un prolétaire va tenter de remonter le train jusqu’aux riches. On doit se contenter pour le moment de concept-arts, tous plus beaux les uns que les autres. Mais on peut faire confiance à Joon Ho-Bong pour nous asséner un nouvel uppercut filmique, lui qui avec Memories of Murder et The Host s’est posé comme la plus grande promesse du cinéma mondial.
- Tranquillo Barnetta -




