Les chroniques du mois sont de retour !
Les chroniques du mois : Janvier
1995 – Paris Sud Minute (Polydor)
Après les succès d’estime de La Source et de La Suite, les six acolytes proposent un premier long format à la saveur singulière et pour le moins travaillée. Plongée tantôt étouffante tantôt lumineuse dans les entrailles de Paris Sud, le premier album de l’équipe emmenée par le discret Hologram Lo fait étalage des skills qu’ils se sont appliqués à distiller tout le long de leur carrière. Entre boucles Jazzy « Paris Sud Minute » et beats sous stéroïdes « Jet Lag », « Pétasse Blanche », PSM s’égrène sans accroc, la faute à un Hologram LO au firmament de son génie créatif, dessinant la texture sonore d’un album sans véritable égarement. Si on pourra regretter les maladroits « Pétasse Blanche » et « Réel » ou les performances inégales des Mcs derrière le micro, Paris Sud Minute demeure un album réussi, composé par une bande de pote au vent en poupe, avec toute l’insouciance et la spontanéité que cela implique. -Nico-
Aline – Regarde Le Ciel (Idol)
En sortant le premier très grand disque de 2013, les marseillais d’Aline (anciennement Young Michelin) se positionnent en pole position d’une scène pop moderne française décidément au top de sa forme. Regarde Le Ciel est l’album parfait, le hold-up absolu où neuf titres sur douze sont des tubes potentiels (“Je Bois Et Puis Je Danse”, “Deux Hirondelles” en tête). Romain Guerret et ses trois petits génies ont écrit et composé une œuvre-clé qui ne tombe jamais dans le piège du pastiche malgré ses influences très marquées (Indochine pour la voix, The Smiths, Daho pour le son). Malgré de longues années de musique et un bouche à oreille croissant depuis six mois/un an, Aline est encore ce petit groupe qui monte et sur qui l’on mise beaucoup. Regarde Le Ciel a d’ores et déjà sa place au chaud pour le top ten 2013 ! - Esco -
Asaf Avidan – Different Pulses (Polydor)
Alors que le public français commence tout juste à découvrir les talents hors pairs d’Asaf Avidan (bien aidé par l’hideux remix de Wankelmut il faut l’avouer), l’israélien continue son petit bonhomme de chemin en sortant Different Pulses sur Polydor, cette fois-ci sans ses Mojos qui l’ont accompagné sur ses deux précédents disques. Asaf souhaitait, pour la première fois de sa carrière, voler de ses propres ailes en composant un opus 100% home-made. Pari en partie réussi puisque Different Pulses, malgré ses nombreux moments forts (“Thumbtacks In My Marrow” quand même…), connaît également quelques coups de mou, contrairement à Poor Boy/Lucky Man et The Reckoning, ses deux prédécesseurs qui mériteraient, maintenant, davantage de reconnaissance. Pour le reste, Asaf reste un artiste béni des Dieux (au propre comme au figuré puisqu’il s’est dépêtré d’un lymphome diagnostiqué en 2001) que l’on vous conseille tout particulièrement en live où sa voix inclassable prend toute son ampleur. – Esco -
A$AP Rocky - Long Live A$AP (PGM/RCA)
Noyé sous une pluie de dollars grâce à un contrat extrêmement juteux, le kid de New-York aurait pu se laisser aller à la facilité et à l’indifférence artistique ou envoyer balader tous les espoirs qu’on avait légitimement fondés sur lui. C’était mal le connaître. Avec ce premier opus, A$AP Rocky ne fait que confirmer une suite logique depuis la parution de LiveLoveAsap. Les productions amples soufflent comme un gros vent venu de Houston, exit le bon vieux boom-bap, place au grandiloquent (« Ghetto Symphony »), à la trinité incantatoire (« PMW ») et à la froideur d’un glock plaqué or (« Goldie »). Rocky s’enflamme, prend de la hauteur (« Phoenix ») et n’hésite pas à s’engager dans un rap choral (« 1 Train ») sur lequel Big K.R.I.T. fait office de dernier wagon. Bien que doté d’un flow ordinaire, le new-yorkais fait preuve d’une écriture métaphorique où les références en tout genre font place à un univers à la fois unique et conventionnel. Un premier album décadent fidèle au personnage. -CrazyHorus-
Foxygen – We Are The 21st Century Ambassadors of Peace & Magic (Jagjaguwar)
Invité surprise de la fin du mois, ce We Are The 21st Century… des deux californiens de Foxygen s’est révélé, quasiment instantanément, comme un sérieux client potentiel pour les meilleurs albums de l’année (Oui, encore un ! Et oui, nous ne sommes qu’en février !). Mais rester insensible à la beauté d’un “On Blue Mountain” ou d’un “Shuggie” serait presque inquiétant. Et que dire de ce “San Francisco”, premier single du disque, qui nous rappelle les plus belles heures de la surf music ? Bob Dylan, les Rolling Stones, David Bowie, le Velvet Underground, toutes ces légendes du rock et de la pop des années 70 nous traversent l’esprit à mesure que défilent les neuf morceaux de ce deuxième opus. Passer à côté d’une œuvre comme celle-ci serait passible de violents châtiments corporels. A écouter de toute urgence ! – Esco -
Mogwai - Les Revenants (Roc Action Records)
Que vous ayez accroché à la série du même nom ou pas, la réincarnation illustré en musique par Mogwai vaudrait «presque» (avec un peu de mauvaise foi) toutes les B.O. du monde. Même si les images de la série sont un prolongement naturel de la musique (à moins que ça ne soit l’inverse) il suffit de se détendre quelques secondes pour être aussitôt touché par la douceur électrique d’un condensé de post-rock atmosphérique. Entre pulsions mélodiques (« Relative Hysteria ») et riffs énervés (« This Messiah Needs Watching »), Mogwai unifie à merveille ces différents univers qu’il crée depuis des années pour coller au plus près à l’ambiance sensible de cette dramaturgie moderne. Album à part entière où les clochettes peuvent servir de point de départ à toute une orchestration, cette oeuvre nous démontre une nouvelle fois que musiques et images doivent être intimement liés pour transformer une esquisse en masterpiece. - V.v -
Nosaj Thing - Home (Innovative Leisure)
Nosaj Thing, un nom de scène au doigté onirique qui ne laissera aucun palpitant insensible quand on sait que ce petit bout de génie à déjà réussi à imposer ses prods dans les esprits de Kid Cudi et Kendrick Lamar. A l’occasion de la sortie de son dernier effort, Home, les atmosphères glitch-hop ont laissé place à une ambiance thérapeutique, sorte de B.O. sous paracétamol du monde intérieur de Nosaj. Ses prods trouvent beaucoup d’échos dans celles d’artistes comme Flying Lotus, Daedalus ou encore Antipop Consortium. A l’image d’une fusion amoureuse sur matelas, si vous le laissez venir en vous, Nosaj Thing pourrait bien pénétrer votre peau et se répandre dans votre encéphale. - V.v -
Oh No – Disrupted Ads (KashRoc Entertainment)
Après avoir livré une année 2012 à la fois quantitative et qualitative, Oh No démarre sur les chapeaux de roue en 2013. La preuve en est avec ce nième projet, Disrupted Ads, paru chez KashRoc le 29 janvier dernier. Composé de dix morceaux instrumentaux sur dix-sept, cet album concept s’avère en réalité très décevant. Malgré quelques très bons morceaux instrumentaux (« Creepers », « The Magmas ») et rappés (les deux perles « Punchdrunkpatterns » et « Inpovement »), l’ensemble manque cruellement d’originalité dont la part de responsabilité revient essentiellement aux productions, très en-dessous du nouveau auquel le frère de Madlib nous habitue ces derniers mois. Une année 2013 qui ne commence donc pas sous les meilleurs auspices pour Oh No. -Rémy-
Pantha du Prince & The Bell Laboratory - Elements Of Sound (Rough Trade)
Dans le milieu de la minimale Pantha du Prince a fini par se tailler une jolie réputation de producteur talentueux. Repéré en 2007 grâce à l’exceptionnel This Bliss puis trois ans plus tard avec un Black Noise sophistiqué, autant dire que le teuton contemplatif était attendu au tournant. Pour son dernier projet Hendrik Weber a décidé de prendre l’auditeur à contre-pied en s’associant avec The Bell Laboratory, fétichistes de clochettes en tout genre qui viennent envahir ces Elements Of Light qui manquent clairement de beat. En effet, si l’album offre une ouverture appréciable pour ses qualités instrumentales, l’écoute dans son ensemble reste laborieuse voire abrutissante. Noyant « Photon » dans une cacophonie parfois dissonante, Pantha du Prince plante cette expérimentation que l’on pressentait sur ses précédents albums, laissant sur le carreau un auditoire plus interloqué que conquis. -Crazyhorus-
Toro Y Moi - Anything In Return (Carpark)
Le projet du jeune Chaz Bundick connu sous le nom de scène Toro y Moi, à défaut d’être associé au monde du hip-hop (bien que le boss d’Odd Futur soit devenu l’une de ses groopies), est plus facilement associé à des sous-genres déviants de l’electronica, type chillwave dont on dit qu’il est (selon la légende) l’un des pionniers avec son projet Les Sins. En dépit de cette étiquette un peu trop collante, Chaz l’avait annoncé dès le début, cette fois il ne voulait pas d’un album d’electro pour comateux mais une électro plus pop qui invite au déhanchement sans le signifier de façon racoleuse. Les rythmes élevés balancés dès le début font clairement penser à une sorte de dance typée french-touch qui pourrait clairement rivaliser avec les parures fluo de Breakbot ou Para One, mais l’ensemble s’avère bien plus complexe et offre un panel de sonorités tellement variées que l’auditeur ne sera sûr que d’une chose : il aime ça. - V.v -
Yo La Tengo - Fade (Matador)
Près de 30 ans d’existence, des acoquinades avec Sonic Youth et les Feelies et pourtant les Yo La Tengo ont décidés de remettre leurs expérimentations et leur légendaire propension à transformer leur musique en fourre-tout au placard. Les habitués regretterons peut-être mais les nouveaux auditeurs seront immédiatement conquis par la relative homogénéité de ce rock alternatif inépuisable, qui emprunte autant à Stereolab qu’aux Cocteau Twins. La plus grande différence entre Fade et leurs précédents albums (certains trouveront que c’est une bonne chose, d’autres rechigneront), c’est la longueur de l’album. Fade atteint timidement les quarante-cinq minutes, ce qui sonne comme un bouleversement majeur de la part d’un groupe habitués aux arrangements de plus d‘une heure depuis le milieu des 90’s. - V.v -
Les notes de la rédaction




