Le californien n'a jamais aussi bien porté son nom
Jason Goldwatch en cinq clips

Producteur, photographe, réalisateur et surtout taulier de Decon, Jason Goldwatch a toujours baigné dans l’univers de l’image et de la musique. Avec un paternel photographe et passionné de SF, le rejeton a attrapé le virus extrêmement tôt à un tel point qu’adolescent il réalise ses premiers clips pour les groupes de rap locaux. Aujourd’hui son activité n’a guère changé mis à part que les artistes qu’il croque dans sa caméra se nomment The Roots, Kid Cudi, Aceyalone, Chali 2na, Jay Electronica, Alchemist, Jay-Z, Common, ou encore The Dilated Peoples. Car derrière ce nom qui ne vous dit peut être pas grand chose, se cache un artiste convoité tant pour son imagination que pour ses mises en scène. Autant vous dire que de trancher dans son œuvre est une tâche particulièrement délicate. Voici donc une sélection de cinq clips triés sur le volet dont le point commun est l’originalité.

Un des aspects qui caractérisent le mieux la musique de Roc Marciano est sans conteste sa dimension cinématographique. Doué d’un sens du dépouillement et d’un gout immodéré pour l’esthétique poussiéreuse, c’est en toute logique que le natif de Long Island s’est tourné vers Jason Goldwatch afin de réaliser ce clip particulièrement poisseux. Avec ce grain vintage qui rappelle un peu la texture de la pellicule Kodachrome, Goldwatch offre un visuel conforme à l’univers de Marciano. Murs décrépis, buildings arrogants et calibre froid, le clip de « 76″ est un concentré d’errance urbaine dont la mise en scène n’a que pour unique objectif de traduire en images l’univers dépouillé de Marciano.
Evidence - Solitary Confinement

Après voir accompagné les Dilated Peoples depuis leurs débuts en leur fournissant bon nombre de clips ( « Work The Angels« , « The Platform« , « Worst Comes To Worst« …), il n’est bien-sûr pas étonnant de retrouver Jason Goldwatch aux côtés d’Evidence. Avec « Solitary Confinement », EV met en scène son propre personnage en proie aux affres de la solitude et à l’angoisse du questionnement existentiel. Ambiance pesante. Goldwatch renvoie a des références picturales évocatrices qui viennent souligner les tourments d’un homme seul qu’une bouteille de Jack Daniel’s ne parvient pas à combler. Krondon quant à lui, fait écho à ce désespoir, tête de mort sous le bras tel un spectre shakespearien. Côté réalisation, cette dernière fait la part belle aux plans fixes et à une image ralentie, raccord avec le slow flow et à la production vaseuse du duo Sid Roams. Quoi de mieux que l’isolement dans un désert brûlant pour une véritable introspection. Le résultat est saisissant.
The Alchemist - Flight Confirmation

L’affinité qui règne entre le producteur de Bervely Hills et Jason Goldwatch n’est aujourd’hui plus à prouver tant les deux sont en phase. Pour ce clip faussement amateur et totalement psychédélique, le concept consiste à intégrer diverses images aussi improbables les unes que les autres afin de conférer à l’ensemble une impression de collage surréaliste. On y croise des gros culs (beaucoup), Danny Brown, Schoolboy Q, plusieurs extraits de films (dont une scène culte de « Trainspotting »), un gif de Kanye West, sans compter la tête d’Alchemist en lieu et place de l’énorme poitrine de Victoria Zemanova aka la laitière du Caucase. A visionner en boucle.

Si le concept du duo Gangrene (Alchemist/Oh No) est assurément bien pensé, quoi de mieux qu’un bon visuel pour concrétiser tout ça. Sorti sur leur premier Ep, « The Sickness » offre tout ce qu’on pouvait espérer d’une production estampillée Decon Media. Installés de manière plutôt rudimentaire dans un taudis aux abords de la Salton Sea (lac salé de Californie tristement connu pour être un dépotoir à pesticides) Alchemist et Oh No remplissent l’espace de leur vocabulaire crado entrecoupé d’images répugnantes de cadavres en décomposition. Dans ce paradis pour asticots, Goldwatch a créé un univers où la vermine côtoie aussi bien les mouches à merde que les plaies infectées les plus répugnantes. Une esthétique de l’immonde qui au final se laisse apprécier et qui colle parfaitement à ce délire malsain. Une merveille de « dégueulassaries ».

Prenez deux types (ici 88-Keys et Kanye West), grimez-les en papys, collez à leurs vieux slips deux nanas bien bidochées, ajoutez quelques pilules bleues et vous obtiendrez le clip de « Stay Up ». Bien que beaucoup moins stylisé que les réalisations précédentes, le ciment de ce clip repose entièrement sur l’humour de la situation et surtout sur sa fin. Décalage oblige, voir des viocs se frotter aux croupes de filles faciles a comme quelque chose d’improbable. Ici le travail de Goldwatch reste sobre, peu d’extravagance hormis le maquillage, le réalisateur semble vouloir s’amuser avant tout et divertir le public, sa prétention ne va pas au-delà.




