Tribe m’a fait prendre conscience de mon potentiel.

[Interview] Raashan Ahmad - World Ceremony

C’est à deux pas de la porte de Clignancourt, entre relants de quarts-monde et opulence parisienne que nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec Raashan Ahmad. La veille au soir, il partageait un bout de la scène du Pan Piper avec les grands refré de The Coup, entre rêve de gosse et promo d’adulte, Raashan venait présenter son troisième album, Ceremony. Déjà conquis par les charmes de la France depuis qu’il a ouvert pour Hocus Pocus et que son précèdent effort s’est vu produit sur un label frenchy, nous nous sommes efforcé d’interroger Raashan aussi bien sur ses souvenirs que sur ses futurs projets comme pour mieux cerner l’artiste et lire derrière son sourire communicatif. Aussi sympa que décontracte, Raashan s’est confié à Neo Boto.

Pour commencer, comment s’est passé le show hier avec The Coup au Pan Piper ?

C’était juste génial mec ! Tu vois, les membres de The Coup étaient comme des héros pour moi je les écoutais beaucoup quand j’ai commencé à faire du rap, et en tant que dignes représentants d’Oakland c’était mémorable de jouer ensemble à Paris. La fête de lancement de mon album était aussi géniale, j’ai passé du bon temps avec de super mecs.

Tu avais déjà partagé la scène avec eux auparavant ?

Non malheureusement. En fait si mais c’était avec mon crew Crown CIty Rockers et à l’époque c’est vrai que j’étais surexcité à l’idée de partager la scène avec Boots et DJ Pam, c’était genre : « Wah je suis à côté de Boots ! » J’étais encore au stade de groopie à l’époque (rire)

Etape identitaire obligatoire on va faire les présentations, donc pourrais-tu te présenter pour les lecteurs qui ne te connaitrait pas encore, même si le nom de Crown City Rockers doit déjà résonner dans certaines oreilles ?

J’espère bien mec. Et bien je m’appelle Raashan Amhad je suis un emcee originaire d’Oakland, passé par Boston avec mon crew Crown City Rockers composé de cinq membres. Avant on s’appelait Mission jusqu’à ce que l’on doive changer notre nom. On a sorti trois albums depuis et personnellement j’en suis à mon troisième album aussi.

Juste pour l’anecdote, pourquoi vous aviez dû changer de nom à l’époque ?

Il y avait un groupe anglais des sixties qui s’appelait The Mission UK, porté sur le vieux rock old school, ils nous ont envoyé un mail pour nous dire que Mission était leur nom et qu’il fallait que nous laissions tomber, tout simplement.

Tu es actuellement en tournée pour ton nouvel album Ceremony. Comment ça se passe avec les Crown City Rockers, tu gardes le contact avec eux ? vous continuez de bosser à distance ?

Bien sûr mec c’est mon groupe mais c’est aussi ma famille. Tu sais quand on tourne aux Etats-Unis on s’éclate comme des gosses mais ça coûte très cher de faire vivre un groupe pendant toute une tournée. De plus en ce moment tout le monde est occupé, sur des projets solo ou autre mais on arrive à garder le contact.

03 - Easy On Back ft. Sean LaMarr & Helen Kaiser (2013) by QuoiDeNeufDocteur?

Est-ce qu’on peut espérer un nouveau LP voir même une tournée européenne ?

Pour l’album c’est sûr mec, mais ce qui est dingue c’est qu’on a bossé dessus comme des fous et à chaque fois qu’on organise n’importe quoi, que ce soit un barbecue ou autre on fait de la musique. Ça fait qu’on est toujours entrain d‘enregistrer des sons, personne ne sait quand ça va s’arrêter, on pourrait presque sortir deux albums d’un coup (rire)

Quel a était ton premier rapport avec la musique ? La première fois que tu as su que tu voulais crécher derrière le mic ?

Tribe. Quand j’ai entendu A Tribe Called Quest ça m’a fait un choc. Je veux dire, j’avais déjà écouté du hip-hop avant et même si j’aime les courants comme le gangsta rap ou d’autres plus politiques, Tribe m’a fait prendre conscience de mon potentiel. Quand je voyais ces mecs sur scène je m’identifiais à eux et j’ai su dès la première seconde que je voulais faire la même chose.

J’imagine que tes parents ont aussi joué un rôle important dans ta vision de la musique ?

Absolument, mon père était DJ au New Jersey et il était un inconditionnel de jazz et de soul, il en passait tout le temps à la maison. Le truc cool c’est qu’il m’a lâché pas mal de vinyles que j’ai ensuite samplé pour mes sons.

Après The Push (2008), Soul Power (2009) qui se revendiquait comme étant « ni un album, ni une mixtape, ni un EP », et For What You’ve Lost (2010) tu reviens cette année avec Ceremony qui semble rassembler tout ce que tu as déjà vécu à travers le monde, aussi bien les rencontres que les pays. Une sorte de B.O. de tes nombreux périples à travers le monde.

Ça fait plaisir à entendre ce genre de phrase, c’est tout à fait ça ! C’est exactement ce que je voulais faire mais c’est génial de te l’entendre dire. Il représente particulièrement mes dernières années de voyage. J’ai vu tellement de belles choses que je voulais tout mettre à l’intérieur de cet album. Mais je ne voulais pas qu’il reflète seulement ma vie, plutôt toutes ces rencontres et cette humanité que j’ai côtoyées avec ces personnes qui ne parlaient pas la même langue et n’avaient pas la même culture que moi.

Rien qu’à la tracklist on sait tout de suite qu’on est en territoire conquis : côté prod on trouve 20Syl de C2C, Ta-ku, Mr. President et derrière le mic Homeboy Sandman (le protégé de Stones Throw), Geoffrey Oryema, Rita J et Ty pour ne citer qu’eux. Tu aimes être entouré on dirait ?

Absolument mec, mais le truc que j’aime surtout c’est les nouvelles directions artistiques que t’offrent toutes ces personnes. Quand Mr President s’est pointé chez moi avec l’instru de «Mama Nature», je me suis dit direct que jamais je n’aurais pu produire un tel son moi-même et pourtant j’étais sous le charme total. C’est vrai que j’aime être entouré, particulièrement par des gens talentueux que je respecte, ça te projette dans des recoins où tu ne serais jamais aller et je pense que ça rend ma musique, et la musique en générale, plus intéressante. J’ai toujours voulu que ma musique ne sonne pas comme telle ou telle autre, je veux forger ma propre identité et en l’occurrence pour moi, mon identité c’est celle du monde entier.

07 Raashan Ahmad - Out Of Bounds by Jakarta Records

Je n’ai pas encore eu l’occasion de te voir en live mais tu as la réputation d’être un artiste très attaché à la scène avec des shows particulièrement soignés.

C’est vrai, dès le début avec Crown City quand j’essayais encore d’être un emcee je regardais plus les concerts avec un regard de musicien. J’ai observé des mecs comme KRS One et j’étudiais leurs mouvements, la façon dont ils s’emparent du mic et comment ils vivent à travers lui. J’aime cette sensation quand tu te retrouves face à une foule qui ne te connait pas, qui ne t’a jamais entendu et que tu parviens ensuite à transcender l’énergie de la salle.

Tu sembles avoir un rapport très privilégié avec la France. Tu faisais la première partie d’Hocus Pocus en 2010 (20Syl a d’ailleurs produit «No, No, No» et «Mariposita» sur Ceremony), tu as multiplié les collaborations avec Jazz Liberatorz, Soul Square, For What You’ve Lost est sorti sur un label français Trad Vibe Records (dirigé par DJ Moar). Comment expliques-tu cette relation intime ?

J’avais collaboré à l’époque avec DJ Moar sur une tournée de Crown City et je ne savais rien sur lui, je n’attendais à rien de spécial jusqu’à ce qu’on se retrouve à jouer des chansons des Jazz Liberatorz en live. 20Syl lui est venu me voir à l’un de mes show, on a tout de suite sympathisé, je lui demandé ce qu’il faisait durant les quatre prochain jours, il m’a dit OK et on est monté dans le bus direction studio. Encore une fois on revient à cette idée de partage des cultures et c’est vrai que je me suis senti particulièrement proche des français avec qui j’ai travaillé.

Comme on arrive à la fin de l’interview, quels sont les artistes hip-hop que tu écoutes le plus dans la nouvelle génération ?

J’aime beaucoup Kendrick Lamar et son crew Black Hippie, en particulier Ab-Soul, y’a aussi Freddie Gibbs et Madlib, leur projet commun est très bon. En fait il faudrait que je check mon portable pour vraiment te dire ça (il prend son téléphone). A ouai y’a aussi Danny Brown, Joey Badass et plein d’autres que j’ai pas eu le temps d’apprécier pour l’instant.

Et pour finir quel est le dernier concert que tu as vu et qui t’as mis une claque ?

(Il réfléchit quelques instants) Je dirais Lee Fields, tu connais ce mec ? Lui est son groupe sur scène c’est juste de la folie, ils m’ont littéralement hypnotisé. D’ailleurs à ce sujet il y a une véritable différence entre les nouveaux chanteurs de soul et les anciens, ceux qui ont vraiment vécu les choses qu’ils chantent ; Lee Fields fait partie de ceux-là.

Merci beaucoup, Raashan. J’ai été honoré d’avoir partagé ce moment avec toi, et je te souhaite tout ce qu’il peut t’arriver de mieux pour la suite !

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Vincent Vuillaume
@Vvuillaume

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