Eperdue et perdue
Foals – La flamme des grands brûlés
On les a vus partout, multipliant les lives par-ci par-là, se faisant reluire la réput’ par toute une partie de la presse musicale éperdue, et perdue dans ses références hasardeuses. Il n’empêche, à l’heure où les « band » de rock naissent plus vite que les kids issus de la PMA, les Foals ont réussi l’exploit (en seulement trois skeuds) d’être presque aussi attendus que le retour de l’éternel mais vieillissant Ziggy Bowie, allant même jusqu’à obscurcir le come-back hasardeux des bibelots de My Bloody Valentine.
Mais avant de nous noyer plus densément dans le sujet, reposons les bases pour ceux qui auraient loupé un épisode. Origine du crew ? Oxford. Petite bourgade qui porte dans son sillage comme un voile nuageux de fin du XXème siècle. Une cité dont le rayonnement illumine rarement l’hémisphère de la pop moderne. Quoique, ce serait cracher dans la soupe que de ne retenir que ça, la sonnette est tirée tous les dix, quinze ans. Et encore… La dernière fois, le groupe s’appelait Radiohead. Mais c’était une autre histoire.
Antidotes et feux sacrés
Foals c’est avant tout cinq gaillards à la pilosité frénétique touchés par la grâce et par les mains baladeuses de Robert Smith (The Cure) : un chanteur/leader charismatique à la mèche impeccable, originaire de Grèce qui fut un temps classé 27e personnalités la « plus cool » par le magazine NME, Yannis Philippakis. Un bassiste épileptique, Walter Gervers. Entre eux, un guitariste longiligne Jimmy Smith, un drummer fou Jack Bevan et le synthé analogique d’Edwin Congreave. Cinq têtes blondes qu’on a souvent cru trop propres sur elles et qui nous prouvent avec Holy Fire que la flamme sacrée d’une gratte saturée n’a jamais était aussi puissante que quand elle est portée par un grec.
Sorte d’hybride musical trop bien coiffé et trop vite enfermé dans les dédales sombres du Math Rock, Foals a toujours eu de l’adré et des revendications à porter. Le premier essai Antidotes (2008) résume à lui seul la mentalité du groupe, pour faire court c’est une oeuvre épineuse et un peu brouillonne qui mixe des guitares indie-pop sur une batterie désarticulée qu’on a aujourd’hui tendance a appeler Math Rock (en gros de l’indie à contre temps et un peu plus accéléré d’où son côté « Mathématique »), qui a gentiment été remercié sur Total Life Forever (2010). Après des mois d’une tournée harassante, le groupe se lance dans la composition de son second album et se découvre un vrai talent pour pomper la candeur des remplisseurs de stade que sont U2 (« Spanish Sahara », « Alabaster », « 2 Trees »). Les garçons parlent eux-mêmes d’un “suicide commercial”. Moins évident, plus complexe, introspectif et dense qu’Antidotes, Total Life Forever séduira pourtant les fans et atteindra la huitième place des charts britanniques. Tout en gardant cette intemporelle marque indie qui transporte l’auditeur au gré du vent, rapprochant l’océan qui sépare Chicago de Bristol et Berlin, les cinq anglais venaient enfin de mettre un nom sur toutes ces influences qui avaient tendance à les noyer un peu : Foals pouvait enfin se dire qu’il faisait du Foals.
“En entrant en studio pour le nouvel album, on se sentait investi. On avait assez confiance en nous pour se dire qu’on pouvait tout faire. Peu importe les structures des chansons qu’on allait écrire, leur orchestration, leur son, on savait que ça sonnerait comme du Foals. On s’est dit qu’on pouvait faire ce qu’on voulait, que tout était permis, que tout était possible, que rien ne sonnerait faux”
Yannis Philippakis
On pouvait donc s’attendre à poursuivre dans cette voie sur un disque appelé, en toute simplicité Holy Fire, mais à la première écoute de la berceuse funk qu’est « My Number », inutile d’avoir recours au prosélytisme pour réaliser que les garçonnets viennent d’accoucher d’un de leurs titres les plus grand-public à ce jour, un vrai sésame pour bandes FM. Et pourtant la première partie de l’album laissait pourtant présager un cru plus racé à l’image de l’assoc’ «Prelude» + «Inhaler» qui fait partir Foals dans un trip rock-aérien franchement prenant où Philippakis commence enfin à lâcher le masque du hipster et donne une nouvelle dimension à sa barbe qui tient désormais plus du pelage de bucherons que du duvet.
Dommage cependant que ce regain de violence-couillue ne dure que quelques tracks, enfin bon il en faut pour tout le monde. A travers de nombreuses références flatteuses et autres courbettes à l’égard du pop-rock des 80′s, ça sonne encore comme du Foals, et ça c’était pas une mince affaire compte tenu de la vitesse à laquelle pousse la concurrence (la recrudescence des groupes en « The » n’a jamais été aussi forte). En ressortent des ballades dépouillées et pleines de passion comme « Stepson », « Moon » et « Late Night » où Yannis, en plein oedipe s’adresse à sa mère : “et maintenant maman, tu m’entends crier ton nom ?”
Sur ce troisième album donc, la voix de Philippakis extériorise une chaleur constante au sein d’un ensemble délirant et chaotique. De sa bouche, le jeune Anglais laisse sortir la vérité nue – une autre forme de libération pour celui qui avoue se cacher d’habitude derrière des dizaines de masques et crypter ses paroles derrière de belles formulations.
“Je suis très attiré par l’idée que notre groupe puisse imploser. Je n’aime pas me dire que Foals puisse continuer comme ça plus longtemps. On va faire un quatrième album mais après, on verra. Personne ne veut voir des types ravagés sur scène. Les gens veulent voir un groupe dans sa pleine jeunesse. Je suis fasciné par l’idée de la combustion. Je veux voir combien d’énergie on peut brûler, autant physiquement que spirituellement, jusqu’à ce qu’il ne nous reste plus rien. Et quand il ne nous restera plus rien, on se dira : c’était sympa, à plus tard.” Holy Fire !
Yannis Philippakis
A la fois brut de décoffrage et à fleur de peau, Holy Fire peut paraître parfois décousu, tant on y trouve autant de grosses grattes (« Inhaler ») et de futurs tubes radio-formaté (« My Number ») que de grands moments de rock expérimental (« Providence », zénith de l’album). Les fans se retrouveront dans ce LP qui illustre, encore une fois l’alchimie du groupe. Les détracteurs verseront une larme de regret, et les autres se boufferont le single vingts fois avant de changer de came. En dépit d’une formule qui s’est peu à peu standardisé, le ras-de-marrée Foals s’est réenclenché et la flamme continuera de brûler jusqu’à ce qu’un nouveau jeune quintet venus de la mer baltique arrive et leur pique la place.
Vincent Vuillaume
@Vvuillaume




