Retour sur le film événement de ce début d'année

Women Are Heroes: JR et ses droles d’héroïnes

14 janvier 2011 . Pas de commentaire
By Miss Sipowitz, in Featured, Urban culture

JR est souvent défini comme un photographe français. Il a remarqué très tôt, avec les banlieues parisiennes, le décalage existant entre les médias et la réalité. Depuis, comprenant que ce phénomène s’établissait à toutes les zones de conflits mondiales, il rencontre la réalité pour jouer le rôle de contre-pouvoir avec ces médias. Il rencontre des gens, il les prend en photo et affiche les clichés avec leur aide, en dimensions démesurément grandes dans les rues. Comme un cri pour montrer ce qu’ils sont vraiment, ce qu’il a pris le temps de partager avec eux. Après avoir appliqué cette démarche à la cité des Bosquet, au proche orient, il s’est attardé sur le thème des femmes qu’il a rencontrées au Brésil, au Kenya, au Cambodge et en Inde. Ses photos ont parcouru le monde mais selon lui, on parlait trop des photos elles-mêmes et pas assez des femmes. C’est pourquoi depuis avant-hier nous pouvons voir en salle son premier long-métrage Women Are Heroes.

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Deux notions simples dans le titre. Laissons, contrairement à JR, la galanterie de coté et intéressons nous d’abord à l’héroïsme. L’analogie n’est pas fantaisiste. On nous montre des personnages tout à fait communs, anonymes. Ils font face à une situation traumatisante et obtiennent le statut de surhumains (on se souvient de la piqure d’araignée, ou du crash de la météorite sur la Terre ici c’est par exemple la perte d’un mari, d’un fils ou d’un frère dans une favela). Ces femmes sont surhumaines et JR leur offre leur costume en développant des doubles d’elles-mêmes en papiers de plusieurs mètres de haut. Leur pouvoir devient leur regard.
L’artiste a choisi une comparaison subtile car les super héros n’utilisent pas le misérabilisme ils n’inspirent pas la compassion, ils imposent le respect et suscitent l’admiration. On peut être touché par les histoires sans que le pathos soit le cœur du film.

Women Are Heroes n’est pas une ode stéréotypée aux femmes comme mères, comme origine du monde. Les hommes n’y sont pas exclus ou diabolisés.
La diversité des situations allant de femmes rejetées de leurs cellules familiales pour avoir refusé de se soumettre, aux femmes luttant pour une cause au coté de leur mari empêche une généralisation grossière. Toutes ces femmes ne se connaissent pas et sans aucun doute, elles ne seraient pas toutes d’accord entre elles.

JR nous les présente mais ne les magnifie pas. Sa démarche respire l’honnêteté car il nous montre tout le processus de création. Nous regardons pour la première fois un making of élevé au rang d’œuvre artistique. Les femmes racontent leurs histoires sans excès de détails avec une distance laissant place à la pudeur. Mais elles parlent également de ce qu’elles pensent de la démarche de JR : « Ses œuvres ne vont pas améliorer ma condition, mais si des gens voient ma photo, ils vont s’intéresser à moi, se poser des questions sur moi et je serai fière ».
Toute une scène n’est autre qu’un débat sur l’intérêt de la présence ou non des photos dans le quartier de Kibera au Kenya. Rien ne nous est caché, cela donne moins de contrôle à JR et plus d’égalité et de légitimité aux personnalités rencontrées.

Le tout donne une œuvre d’un genre nouveau. Il construit un documentaire sans avoir recours à la fiction pour atténuer son coté parfois peu divertissant. Il nous éblouit à l’aide de procédés esthétiques et narratifs formant un ensemble cohérent. La caméra semble performer une chorégraphie sur la bande son signée Massive Attack. Les couleurs sont époustouflantes, la lumière des gros plans est simplement belle, même la méthode du « time laps » (l’accélération des images) souvent en plan fixe semble renouvelée en faisant le tour du Cristo Redentor à Rio.
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JR montre grâce à ce film qu’il est un artiste qui partage son art non pas une fois son œuvre finie mais pendant qu’il la crée. On perçoit ce besoin de ne pas créer tout seul mais au contraire avec une foule qui enveloppe, qui inspire. Une des scènes les plus fortes du film est celle de la contemplation à Kibera du travail accompli par tous, des photos d’yeux sur des wagon en mouvement se superposant à des photos fixes du reste des visages. Il réussit à nous faire comprendre qu’il puise son énergie créatrice dans ce genre de moment.

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