Retour sur Michel Gondry par NeoBoto

The Green Hornet, un aboutissement pour Gondry ?

25 janvier 2011 . Pas de commentaire
By Miss Sipowitz, in Featured, Urban culture

On dit souvent qu’un film de commande et grand public tel que The Green Hornet, représente une parenthèse dans la carrière d’un réalisateur comme celle de Michel Gondry.
Pourtant grâce à l’introduction subtile de l’humour qui lui est si cher, dans un film de super héros (Jim Carrey dans Eternal Sunshine Of The Spotless Mind, Alain Chabat dans la science des rêves, Jack Black dans Be Kind Rewind et maintenant Seth Rogen) ou encore à son utilisation créative de la 3D dont il déclare être chanceux d’y avoir eu accès, il nous montre que c’est tout à fait l’inverse. The Green Hornet n’est pas un accident de parcours, il contient le fruit de ce que Michel Gondry a réussi à accomplir jusqu’à présent dans sa plus grande diversité.

Un caméléon s’adapte et se transforme selon le milieu dans lequel il évolue. Pour Gondry c’est le milieu qui s’adapte et se transforme à son contact. Neal Moritz le producteur du film très ancré dans le genre du blockbuster (il est le producteur notamment de Fast And Furious ou de Je Suis Une Légende) est le premier impressionné par Gondry qui s’essayait pour la première fois à ce genre de film et à ses codes : « Il est venu nous rencontrer et notre première réunion a été époustouflante. Il nous a montré comment il imaginait réaliser une scène de combat. Fondamentalement il tournait deux acteurs se battant durant une semaine. Et dans le même plan, l’un des personnages se battait en accéléré et l’autre au ralenti. C’était quelque chose que l’on n’avait jamais vu auparavant. ». Il met sa patte dans chacun des genres de films auquel il s’adonne. Et dans chacun d’entre eux, il réussit à convaincre les adeptes et les connaisseurs des différents styles. On ne rappellera pas l’ampleur du succès d’Eternal Sunshine Of The Spotless Mind avec son oscar en 2005, étant pourtant loin d’être son meilleur film.

Même si sa touche d’onirisme présente dans beaucoup de ses travaux, peut être très plaisante, on le préfère par exemple (et ça n’est pas forcément incompatible) dans son lien à la culture afro-américaine. On ressent dans ses films le cap qu’il a franchi dans sa compréhension. Pour cause celle-ci s’est faite de l’intérieur avec son documentaire sur le concert Block Party réalisé en collaboration avec Dave Chapelle. Il considère à partir de ce moment là qu’il peut parler de notion de communauté et d’une culture qui n’est pas la sienne au départ. Et en effet il crée une relation avec ce pan de la culture américaine en parlant par exemple de Fats Waller, When We Were Kings ou de Boyz’ N The Hood et en prenant Mos Def comme acteur principal de Be Kind Rewind, ou en réalisant le Clip Heard Em’ Say de Kanye West.

Toute cette imprégnation d’une culture si riche se ressent dans The Green Hornet. Au lieu de ne donner qu’une image stéréotypée des quartiers comme zone à risque, il se moque de son anti super héros qui s’y rend pour provoquer l’action sans y réfléchir, devenant lui-même un archétype que décrit une Cameron Diaz intelligente. Et pourtant cette culture ne se trouve pas derrière les vitres de la super voiture, symbolisée par la bande que les deux acolytes vont combattre, mais au sein même de la voiture, à l’intérieur. On a au début du film un clin d’œil à Digital Underground avec The Humpty Dance qui passe dans la limousine mais surtout le clou du spectacle vient de la scène hilarante où les deux personnages se répartissent les rôles pour rapper et chanter Coolio - Gangsta Paradise .

Il reste dans des références très populaires se faisant comme principe de renoncer à tout ce qui pourrait apparaître comme du snobisme. Il a toujours voulu faire des films populaires, commerciaux, s’intéressant seulement aux personnes qui ne font pas partie d’une élite. En ce sens The Green Hornet est un aboutissement dans sa démarche.

La marque aujourd’hui d’un grand réalisateur français (du moins d’un réalisateur qui tente d’innover et d’apporter artistiquement) réside presque dans sa capacité à se détacher de la France. En effet tous les Gaspard Noé, Kim Chapiron, Romain Gavras et autres s’acoquinent avec le monde anglophone allant jusqu’à ne plus réaliser leurs films dans leur langue maternelle. Michel Gondry leur a ouvert la voie en réalisant dès 1993 des clips pour Bjork ou Lenny Kravitz et en déclarant:

« Je ne me suis jamais senti à ma place dans le cinéma français »

Ce que l’on apprécie chez lui c’est son éclectisme tout simplement parce qu’il est du à une profonde ouverture d’esprit qui décuple la productivité et la créativité artistique. Il affirme qu’il lui faudra encore plusieurs films pour pouvoir définir son cinéma et sa « fameuse patte ». Il a sans doute raison et cela pour notre plus grand bonheur.

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