L'éloquence des gestes

The Artist : Quand l’Amérique resta muette

21 janvier 2012 . 2 commentaires
By V for Vincent, in Featured, Urban culture

Tandis qu’en 1927, les premiers spectateurs qui assistaient à la projection du Chanteur de Jazz d’Alan Crosland pouvaient ressentir toute l’émotion d’un cinéma parlé, aujourd’hui c’est en contemplant l’oeuvre de Michel Hazanavicius que l’Amérique (voire le monde) redécouvre le charme et l’éloquence du muet. Constat paradoxal, cet engouement des américains pour The Artist montre, au delà des compétences de toute une équipe, qu’il y avait matière à combler un manque grandissant dans l’industrie du cinéma hollywoodien : l’originalité. A force de formules trop souvent répétées, le rouleau-compresseur «Hollywood» vient de trouver sur son chemin une épine nommée The Artist qui pourrait bien donner l’inspiration à tous ces réalisateurs en manque d’idées.

Alors que la tournée promotionnelle de The Artist aux USA est sur le point de s’achever (en attendant les Oscars), et que le charme a opéré, on peut dire que toute l’équipe du film a parfaitement joué le jeu des médias en s’appropriant le public américain avec une facilité déconcertante. Que ce soit Jean Dujardin en imitateur de De Niro ou du chameau chez Jimmy Fallon ou bien Bérénice Béjo qui confie avoir couché avec le réalisateur pour obtenir son rôle chez Jay Leno, les médias américains ont succombé une fois de plus au charme à la française. Il faut dire que les acteurs n’ont pas hésité à se mettre en scène littéralement sur les plateaux télé ; à l’américaine quoi, vous savez cette sorte de folie US qui pousse les stars à devenir de vraies bêtes de scène dès lors qu’elles se retrouvent dans les talk-show. On pouvait tout de même sentir un petit malaise chez Jean Dujardin lors de ses premières déclarations devant les caméras, un peu comme un étudiant qui partirait chez son correspondant ricain pour la première fois, sans trop savoir où se mettre devant toute cette foule pour qui il n’était que «le petit nouveau». Un malaise qui a, petit à petit, laissé place au vrai Dujardin, l’ancien des Nous C Nous, de Chouchou et Loulou et d’OSS 117 ; lui qui a dû endosser le rôle du muet durant plusieurs mois redevient enfin le pitre qu’il a toujours été, et ça fait du bien.

Quelques mois plus tôt le frenchy décevait Ariane Massenet sur le plateau du Grand Journal en déclinant sa proposition de danse, c’est presque un gosse que l’on a retrouvé dans le Late Show de Jimmy Fallon en début de semaine dernière. Le comédien français était en effet l’invité de l’animateur américain afin d’assurer la promotion du film. Jean Dujardin semblait assez à l’aise sur le plateau. L’acteur français, interrogé sur une récente cérémonie de récompenses lors de laquelle il était assis à côté de Robert De Niro, n’a ainsi pas hésité à imiter l’acteur américain avant d’enchaîner avec une deuxième imitation, celle du chameau, qu’il a déjà eu l’occasion de faire sur les plateaux français. Il avait même promis de ne plus la recommencer mais a visiblement fait une exception pour Jimmy Fallon et ça amuse beaucoup le public ainsi que le présentateur. Une tentative pour charmer les américains ? Sans aucun doute… Après avoir discuté du film, Dujardin s’est ensuite lancé dans une petite démonstration de claquettes, qui a bluffé l’animateur. Lui-même s’est pris au jeu en essayant d’imiter la star française. On croirait presque voir Justin Timberlake alors qu’il le disait lui-même: «Je déteste faire les plateau télé, je suis comédien avant tout ! »

Après six nominations, The Artist partait comme le grand favori de cette 69ème cérémonie des Golden Globes. Sans surprise, le film a récolté quelques prix, mais pas le gros lot qui aurait fait sensation : Meilleure comédie, Meilleur acteur et Meilleure musique. Déjà récompensé au festival de Canne, The Artist semble bel et bien parti pour toucher le ciel du bout des doigts avec sa nomination aux Oscars en février 2012 (qui n’est pas sans rappeler le parcours de Marion Cotillard 2 ans plus tôt avec «La Môme»). Mais même si tout reste encore à écrire sur la suite des aventures de The Artist, il serait présomptueux d’affirmer que ce film va tout remporter. Tout d’abord parce que les Golden Globes et les Oscars sont deux compétitions assez différentes. Aux Golden Globes, il n’y a pas qu’une seule catégorie mais deux : Meilleur drame et Meilleure comédie. Cela multipliait donc les chances de The Artist de remporter ce dernier prix, puisque la concurrence était réduite, mais aux Oscars, la donne sera différente, le film risquant de se retrouver face à neuf autres longs-métrages de grande qualité comme The Tree Of Life de Terrence Malick et The Descendants d’Alexander Payne avec George Clooney.

La cérémonie des Oscars se déroulera à la fin du mois de février. D’ici là, de nouveaux éléments pourraient intervenir sur la promotion de The Artist, mais pour l’instant on peut considérer que les trois Golden Globes reçus sont plutôt bon signe. Néanmoins, tout n’est pas joué et certains semblent sceptiques quant aux chances de The Artist de rafler des Oscars. Reste que Harvey Weinstein, l’homme de l’ombre est un distributeur renommé et célèbre pour pousser ses productions aux Oscars, souvent avec succès. Pulp Fiction, Shakespeare In Love ou Le Discours d’un Roi, autant de films qui doivent leurs statuettes en partie au savoir faire de cet homme. The Artist a donc une forte chance de recevoir au moins un Oscar (on penche pour un prix du Meilleur Acteur pour Jean, qui a déjà été récompensé à Cannes et aux Golden Globes)

Liste des récompenses (en attendant les Oscars)


2 Commentaires
  1. 1/2 roussos le 21 janvier 2012 à 18 h 57 min

    Je suis peut-être un peu tatillon mais en bon cinéphile je me vois dans l’obligation de signaler que « The jazz singer » (« Le chanteur de jazz ») est sorti en 1927 et non en 1929…
    Voilà, c’est tout !

  2. Humbeline le 21 janvier 2012 à 20 h 32 min

    Merci d’avoir été tatillon, l’erreur a été corrigée.