L'araignée au plafond
The Amazing Spider-Man, pourquoi ça coince?
Il n’est pas toujours évident de faire la part des choses lorsque l’on regarde une interview promotionnelle à la sortie d’un film. Acteurs et réalisateurs doivent basiquement faire aimer leur travail pour faire des entrées, leur discours enthousiaste devient alors aussi crédible que n’importe quel habitant de la maison des secrets. Cependant à la vue des enjeux imposés aux personnes choisies pour donner vie au reboot de Spider-Man, on imagine qu’il y a eu un minimum de bonne volonté. Andrew Garfield jeune premier d’Hollywood en quête de lancement de carrière se voit la chance de revêtir la combinaison moulante bleu et rouge et Marc Webb issu du monde du clip se voit donner les clés pour son deuxième long-métrage (après une comédie romantique) d’un budget de plus de 200 millions de dollars. On imagine qu’ils ont du placer la fameuse phrase « c’est vraiment l’opportunité d’une vie pour moi » en annonçant la nouvelle à leurs proches. On aurait donc pu attendre que leur chance de briller allait leur faire faire quelques étincelles et par la même occasion nous faire oublier le temps des 2H16 de The Amazing Spider-Man, le duo Sam Raimi et Tobey McGuire. Que Nenni! Alors quelles ont été les erreurs fatales qui ont empêché à l’homme araignée de nous faire pousser des ailes?
C’est nous les méchants
Si comme nous vous êtes conscients du fait que les producteurs hollywoodiens sont ancrés dans l’aire capitaliste et cherchent constamment à se faire le plus d’argent possible sur un film mais qu’il faut se remettre de ce triste fait et comprendre que cela n’empêche pas de faire des très grands et très bons films, vous pouvez aborder ce nouveau Spider-Man sans a priori. Cependant tout le monde n’a pas votre subtilité d’esprit et beaucoup mettront des bâtons dans les roues à un film enfanté par les méchants de Sony qui ont préféré virer l’équipe de la précédente trilogie parce qu’elle devenait trop chère à rémunérer. La première erreur est là, au delà du fait de cette décision, c’est son image qui va le plus desservir. C’est en effet la porte ouverte à un engagement facile contre le film de certains journalistes qui donne des critiques dignes de tirades de Yo Mama. De « reboot opportuniste » pour les Inrocks jusqu’à « Quand des centaines de millions de dollars sont en jeu, il n’y a jamais matière à rire. » pour le New York Times, les choses sont prises très au sérieux.
Quand les coulisses des problèmes de production s’imposent sur le devant de la scène, ça ne peut pas être très bon pour le film. Pourtant toutes ces négociations et autres coup bas ne sont-ils pas le lot systématique des blockbusters? On pense avec nostalgie aux moment jouissifs de la période Aquaman de Vincent Chase et ses amis dans Entourage. C’est le jeu ma pauvre Lucette…
Il y a un bug dans la Matrice
The Amazing Spider-Man n’est peut-être pas un bon film mais il représente tout de même la preuve irréfutable que nous nous trouvons bien dans la matrice. En effet, un des plus gros problèmes de ce film est qu’il recommence avec très peu de divergence quelque chose qui avait été commencé il y a à peine 10 ans, si bien que l’on se croirait à la place de Neo lorsqu’il aperçoit deux fois le même chat noir et crie au déjà vu.
Soit l’épreuve du temps soit un partie pris d’un angle clairement innovant permettent de différencier deux films traitant du même sujet (c’est en plus renouvelable à l’infini, on le voit avec Batman ou la Planète Des Singes) malheureusement ça n’est le cas ici car aucun des deux facteurs n’est réuni. En 10 ans il n’y a pas eu assez de changements pour que les décors nous dépaysent, on retrouve les mêmes couloirs de lycée, les même vues de New York et à peine un peu plus de modernité technologique dans les laboratoires d’Oscorp. Pourtant gage de nouveauté, à cela s’ajoute une 3D présente sur un nombre réduit de plans ce qui ne donne aucune texture visuelle particulière à la totalité du film. Dans un siècle ou deux on se demandera quelle mouche avait piqué tous ces gens à vouloir refaire quasiment le même film avec si peu de temps intervalle.
Je n’suis pas un héros, faut pas croire ce que disent les journaux
Sans vouloir accabler qui que ce soit, force est de constater que les quelques choix faits pour différencier les deux films en plus de n’être pas visibles ne sont pas ceux qui mettent particulièrement en valeur ce nouvel épisode du superhéros. Le leitmotiv de cette adaptation serait apparemment le réalisme. Jouer sur le coté humain du personnage, ses sentiments, ses faiblesses tout ça couplé à un autre réalisme, celui de la fidélité par rapport au comic de Stan Lee. Deux approches qui dénotent un manque d’ambition et de prise de risque. Faut-il redire que la fidélité dans les adaptations cinématographiques est dangereuse et que rares sont ceux qui, à l’image de Sin City, arrivent à s’en amuser et proposer un projet artistique fort. Ici on mise tout sur l’humanité du personnage. Il est vrai que Spider-Man est la cible idéale pour la figure de l’antihéros d’ailleurs déjà bien assez développé dans les précédents opus avec humour. Dans le film de 2012 on rit aussi mais dans le dos du scénario. Peter Parker révèle son secret dès le premier rendez-vous avec sa petite amie, à peine quelques scènes d’action plus tard, il met son beau-père dans la confidence, à un moment donné à quoi sert ton masque Spidey? Du coup il peut, et ne se prive pas, de solliciter l’aide de ses proches et comble de l’ironie dans la scène finale il se fait sauver la vie par nul autre que son adversaire. Pas trop dure la vie de héros, on finit par comprendre les envies de Kick Ass.
Le réalisme est également présent dans les réactions face à un nouveau pouvoir. Il est vrai qu’il est logique de tout casser quand notre corps accueille une force qu’il n’a pas l’habitude de maitriser comme ça l’est également de regarder sur internet et de demander à doctissimo si notre piqure d’araignée pourrait nous tuer dans les prochaines heures. Mais encore une fois ça n’est qu’un détail qui peut provoquer un rictus chez certains spectateurs mais en aucun cas donner corps à tout un film.
À en voir le discours passionné, même larmoyant d’Andrew Garfield lors de son passage au Comic Con, il est très étonnant de voir qu’ils aient pu faire si peu avec tant de cœur. L’absence de réel parti pris est le gros défaut de ce film et puisqu’une trilogie est en prévision peut-on peut-être espérer que toute l’équipe ne se lâche un peu plus pour la réalisation des suivants. L’enjeu est de taille compte tenu de la présence du spectre de la même trilogie fraichement assassinée alors qu’elle avortait de son 4ème bébé. Beaucoup de drames et de pression autour d’un projet peu désiré dont on attend le résultat financier pour se faire idée de la façon d’aborder la suite. Qui pourra décoincer l’araignée?




