Le livre évènement sur le mythique Do The Right Thing

Spike Lee: Doing The Right Thing

29 décembre 2010 . Pas de commentaire
By Miss Sipowitz, in Featured, Urban culture

21 ans après la sortie du troisième film de Spike Lee, Do The Right Thing, l’impact qu’il a pris sur la culture américaine (voire au-delà) permet la sortie de ce que l’on appelle un « beau livre » intitulé Spike Lee Do The Right Thing. Ecrit en anglais il est mis en page par Jason Matloff accompagné du réalisateur lui-même.
On a d’abord affaire à un objet. Sa couverture et son titre plutôt sobres cachent malicieusement une sorte de coffre aux trésors. Pour commencer, avec un format original (358 pages de 22 sur 31cm) on comprend rapidement que l’on est loin d’une analyse de film froide et distanciée. La table des matières est enthousiasmante. Elle annonce une introduction de Spike Lee, de très nombreuses photos du film puis de celles du tournage prises par David Lee (on apprécie vivement ce découpage), le script écrit de la main de Spike Lee dans son intégralité et, l’élément le plus marquant, une « oral history ». Jason Matloff a retranscrit sur papier un grand dialogue regroupant 37 participants (du réalisateur aux acteurs, des producteurs à la costumière). On se demande comment la discussion a pu être organisée mais le résultat apporte une clarté aux nombreux propos échangés.

Le livre nous offre principalement de la matière brute avec les 173 pages de script sans commentaires et les centaines de photos évoquant sans longs discours l’esthétique si travaillée du film. Sans aucun intermédiaire nous sommes intégrés directement de tous les cotés de la caméra. On se prend pour un des producteurs en lisant le script, ou pour un membre du tournage en regardant les photos et l’on pénètre même les esprits de tous les personnages clés de la fabrication du film. On vit les anecdotes et l’on comprend les intentions de chacun.

Plus qu’un cadeau de noël sympa c’est un livre lourd de significations à mettre en valeur dans sa bibliothèque.


Il aura fallu 21 ans, le symbole de la majorité américaine, pour que justement Do The Right Thing arrive à maturité aux yeux du plus grand nombre, et que l’on puisse tenir dans nos mains un petit peu des lettres de noblesses que mérite le cinéma de Spike Lee.

« Buggin’ Out’s point was just as valid as Sal’s. That’s why Do The Right Thing is complex and why people are still discussing the issues raised in it over 20 years later.” Cette phrase qu’il prononce dans la discussion révèle la nuance et la subtilité qu’il utilise pour traiter explicitement et pour la première fois des problèmes raciaux dans la vie quotidienne américaine. On savoure ici la richesse des personnages et une démarche solide laissant pourtant l’écran transpirer d’humilité. Des dimensions que l’on est loin de pouvoir imaginer lorsque l’on s’attache aux polémiques qui collent à la peau du réalisateur sois disant trop engagé, trop extrême. Nous n’avons pas à en juger, le livre se concentre exclusivement sur le cinéma.

« Pour accomplir quelque chose aux Etats-Unis, il est impossible d’être seul, il faut s’entourer de gens, d’un groupe de personnes » commente Spike Lee dans le making of de Do The Right Thing. Cette notion est très largement traitée dans le livre. Dans le dialogue il n’intervient que très peu, permettant ainsi à tout le monde d’exprimer ses ressentis propres. L’ensemble révèle un groupe fonctionnant de manière on ne peut plus cohérente. La proximité est telle que les rapports sont presque filiaux. Randy Fletcher, premier assistant réalisateur, compare d’ailleurs une dispute entre Spike et Danny Aliello (Sal) à celle qu’auraient des parents au sein d’une grande famille. La chaleur jouant quasiment le rôle d’un personnage dans le film, il est très agréable de ressentir celle de l’intimité dans le livre.

Le livre joue sur le souvenir. On a la démarche du « 20 ans après », les acteurs se souviennent mais aussi découvrent en discutant, les souvenirs des autres membres de l’équipe. Le lecteur voit resurgir ses souvenirs de spectateur. Et faisant figure d’album photo et contenant le script comme fragment authentique du film le tout n’est qu’un recueil pour la mémoire. Il met en avant une estime légitime et trop souvent tue pour ce réalisateur si talentueux. Il était temps.


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