Talib Kweli est de retour avec Gutter Rainbows

[Review] Talib Kweli - Gutter Rainbows

25 janvier 2011 . Pas de commentaire
By crazyhorus, in Featured, US Side

Premier constat lorsque l’on s’intéresse au parcours du fondateur de Blacksmith Records : Talib Kweli est quelqu’un qui aime les choses bien faites. Le brooklynite est pour ainsi dire l’archétype du rappeur intelligent aux messages fédérateurs et clairvoyants. Il est vrai que sur ce terrain là, Talib est un as. Un crack du maniement des mots, un professionnel de l’universalisme et de la bien-pensance dans ce qu’elle contient de positif. Sa discographie est à peu de choses près la définition même de la constance et avouons que chacune de ses sorties s’accompagne d’un enthousiasme immodéré. A juste titre la plupart du temps. Un peu à la manière d’un Common ou des Roots, Talib Kweli fait partie de ces artistes qui comblent leur auditoire d’une fois à l’autre, ce qui a le don de mettre en rogne la concurrence et parfois même les gens qui l’écoutent.

La régularité c’est bien, l’évolution c’est mieux.

Toujours en regardant dans le rétroviseur, on s’apercevra que les projets discographiques de Kweli sortent généralement avec une régularité irréprochable, que chaque album solo comporte ses deux clips eux aussi impeccablement réalisés, sans que rien ne vienne chambouler l’organisation infaillible du rappeur. C’est beau, propre, riche visuellement et en plus de cela Monsieur porte à chaque fois les vêtements les plus classes du monde. En contrepartie, depuis Quality (2002), Talib fait du Talib. Jusqu’au jour où ça ne suffit plus…

Et si Gutter Rainbows et son artwork multicolore sonnait comme un point de non retour, qu’adviendrait-il ? Il était certain qu’en sortant son quatrième effort après un Eardrum au sommet, Talib Kweli serait attendu au tournant et jugé en conséquence. A ce niveau là, la moindre erreur se paye cash. Il arrive une période, dans n’importe quelle vie d’artiste, où se réinventer devient difficile. Le brooklynite semble subir cette réalité aujourd’hui, après bientôt dix ans de course en solitaire et trois albums qui auront vu défiler les personnages les plus emblématiques de la scène Rap et R&B. L’histoire de Gutter Rainbows est des plus banales. Trois mois et demi avant la sortie, l’artiste lance l’information. Arrivent ensuite pochette et tracklist, puis rapidement le premier single (« Cold Rain ») embraye le pas. A deux ou trois semaines du jour J, c’est au tour du clip, puis du deuxième… Jusqu’à la date fatidique ou, finalement, il ne se passe pas grand chose hormis la routine qui avance à pas de loup. Régularité, précision, organisation laissent place à la redite, aux formalités, à l’accoutumance. Toujours la même chanson, toujours la même danse. Telle est l’impression laissée par ce nouvel album. Talib Kweli ne surprend plus, comme un clown à qui l’on aurait retiré son nez rouge.

Comme une impression de déjà vu

Gutter Rainbows, c’est comme d’habitude mais en moins bien. Il va de soi que malgré ce qui a pu être dit précédemment, le disque est de qualité à l’image du premier extrait, « Cold Rain », et de ses notes de piano entêtantes signées Ski Beatz. Citons également le magnifique « So Low » pour son côté gospel funèbre, le punchy « Ain’t Waiting » ou encore ce langoureux final – « Self Savior » - produit par Maurice Brown sur lequel on retrouve le californien Chance Infinite. Tout un panel de sucreries auditives enrobées dans un écrin charnel quelque peu insipide. Ce dernier né pêche d’un manque flagrant de fraicheur et d’originalité. A l’image du morceau « Palookas » dont le casting 100% new-yorkais laissait présager le meilleur (Sean Price invité sur un instrumental de Marco Polo), Gutter Rainbows n’est qu’une succession d’instants sans réelles saveurs, un arc-en-ciel aux couleurs blafardes dans un ciel tristounet. Même constat côté MCing où Talib s’aligne sur le modèle de ses beats : plats, communs, ternes mais sympathiques !

En définitif, pour se faire une idée de cet opus, il suffit de jeter un œil sur son visuel et d’analyser ce qui en ressort. Rapidement, on fera la découverte d’une œuvre à la beauté abstraite, usée et décolorée par le temps. Un paysage suranné, un arc-en-ciel sans éclats.

-Esco’-

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