Des parquets aux studios
Hip-Hop et Basketball : le parfait crossover
Du playground au studio, la frontière est souvent imperceptible et volontairement franchie. Sans tomber dans des clichés au caractère régressif, il ne serait pas présomptueux que d’affirmer que les voies artistiques et sportives semblent être des alternatives salvatrices, aussi utopiques qu’elles puissent paraître pour des jeunes dont l’avenir est embrumé par des perspectives réduites. Allen Iverson, Baron Davis ou Carmelo Anthony sont les exemples les plus éloquents. Le bitume et le micro, éléments d’expression au caractère vindicatif sont autant de composantes authentiques mises à la disposition d’une communauté bien souvent contrainte à user de ces vecteurs populaires pour faire valoir sa capacité de contestation. Partant, et même si le rapprochement peut être belliqueux pour les hautes sphères de ce business grandiloquent et bien souvent davantage mercantiliste qu’orienté vers la performance sportive qu’est la NBA, le rap et le basketball semblent intimement liés.
Lorsque le rap infiltre le basketball
On ne compte plus les joueurs NBA à avoir entrepris d’embrasser une carrière de MC. Si certains s’y sont essayés avec plus ou moins de succès (Shaquille O’Neal), d’autres regretteront certainement leurs ambitions démesurées (Jason Kidd, Kobe Bryant, Allen Iverson, ou Ron Artest). Qui a parlé de Tony Parker…? Faméliques et sujettes à des railleries justifiées, les pistes enregistrées par ces sportifs vantards et dénués de sens critique mettent en exergue les liens de parentés évidents entre les deux mouvements, tous deux puisant leur source dans l’adversité et le besoin de prouver une supériorité apparente.
Intronisé par Allen Iverson, le style vestimentaire, largement inspiré de la tendance dictée par les rappeurs, dérange. Surtout que beaucoup se sont empressés d’imiter celui que l’on surnomme “The Answer”, Lebron James, Paul Pierce ou Josh Howard en tête. L’ensemble des clichés réducteurs que l’on veut bien attribuer aux MCs fait rapidement son apparition sur et en dehors des terrains de basket. Les tatouages se multiplient, les chaines en diamant, casquettes, bandanas et sapes XXL sont désormais légion. Bousculé de son piédestal, fervent militant d’une NBA lisse et en adéquation avec les valeurs puritaines de l’Amérique, David Stern, le haut commissionnaire, impose un dress-code limitant les signes ostentatoires de richesse et provocateurs fièrement arborés par des joueurs revendiquant pleinement leurs origines populaires. L’image renvoyée par ces athlètes largement inspirés du mouvement hip-hop est l’objet de stigmatisations, les instances dirigeantes étant habituées et friandes de la dureté du jeu (les Bad Boys de Detroit en sont l’illustration parfaite) mais réticente quant à concéder du terrain à ce mouvement contestataire, parfois délibérément violent et misogyne qu’est le rap. Le système était pourtant gangréné depuis bien longtemps…
Ballin’ !
De la sueur dégoulinant sur le macadam du Rucker Park aux joutes verbales enflammées des battles, peu de différences. Le moyen d’expression diffère mais la rage reste la même.
Le rap se fait alors la bande-son officielle des avant-matchs suffocants et des joutes dégoulinantes de maitrise des playground aux quatre coins de l’Amérique. Réguliers sont les tournois de charités organisés par les écuries Distributing Tha Peace, Derrty Ent et So So Def, réunissant sous leur houlette un parterre de stars du hip-hop maniant la balle orange avec envie et habilité (Bow Wow, Nelly, Common, Ludacris, Chris Brown et The Game). On se souviendra également des terribles teams de streetball réunies sous la houlette des écuries Ruff Ryders et Terror Squad, martyrisant les chevilles des “ballers” aventureux.
Des émissions consacrées à la balle orange, telles que Ballin’ ou Eddy Half Time sur Canal +, accordent une place prépondérante au rap dans leurs playlists. Les amitiés entre The Game et Baron Davis, Jay-Z et Lebron James sont établies, les films mêlant rap et basketball (He Got Game, Coach Carter et Just Wright avec Common) sont fameux, si bien qu’il apparaît que hip-hop et basketball sont résolument indissociables.
Au même titre que Nelly et ses Charlotte Bobcats, Jay-Z est actionnaire minoritaire des New Jersey Nets, et aurait pu, de par son amitié revendiquée avec Lebron James, faire pencher la balance de son côté lors du feuilleton risible de cet été : “The Decision”.
Une réalité qui dérange…
Si les basketteurs assument ouvertement leur attachement à la communauté hip-hop et inversement, l’amalgame dissimule une réalité qui dérange : celle se nourrissant des clichés selon lesquels les jeunes des ghettos n’auraient d’autres ambitions, ou d’autres alternatives, que de devenir basketteur ou MC. Obama soutenait cette thèse lors de son premier discours, mi-2009, après avoir remporté les élections :
“They might think they’ve got a pretty good jump shot or a pretty good flow, but our kids can’t all aspire to be LeBron or Lil Wayne. I want them aspiring to be scientists and engineers, doctors and teachers — not just ballers and rappers. I want them aspiring to be a Supreme Court Justice. I want them aspiring to be the President of the United States of America.” (“[Les enfants] pensent peut être qu’ils ont un bon jump shot ou un flow intéressant, mais ils ne peuvent pas tous s’inspirer de Lebron James ou Lil Wayne. Je veux qu’ils aspirent à devenir des scientifiques, ingénieurs, docteurs ou professeurs, pas seulement des basketteurs ou des rappeurs…”)
Une thèse soutenue par Talib Kweli dans sa track “Drugs, Basketball & Rap”
“Niggaz gettin’ caught in the trap / For the cash it’s the drugs, basketball or the rap / There’s more to us than that”. (“Les négros se font piéger / Pour faire de l’argent, il ne reste que les drogues, le basketball et le rap / Nous pouvons faire plus de choses”)
Rap/basketball, même combat ? En capitalisant sur une authenticité revendiquée et des origines populaires communes, les deux mouvements sont des sources intarissables d’inspiration, chacun puisant et s’inspirant de l’autre. Nombreuses sont les stars du hip-hop à assister aux games NBA et nombreux sont les basketteurs à soutenir les démarches artistiques des MC’s (en témoigne l’apparition de Lebron dans un clip de Jay-Z). Si l’ensemble reste du domaine de l’entertainment, l’association cache un constat d’ampleur, celui du déterminisme social et de la capacité des jeunes issus du ghetto à s’émanciper de l’influence de leurs icônes. Il apparait alors compliqué de mettre en péril la thèse avancée par Barack Obama…
Une publicité Nike, avec Kevin Durant, Andre Iguodala, Rashard Lewis et Mo Williams qui s’improvisent MCs
Kobe Bryant et sa track K.O.B.E
Un mix de Allen Iverson, sur une track du basketteur intitulée “40 Barz”
Shaquille O’Neal dans ses exploits avec RZA et Method Man
Jason Kidd… Attention les tympans…







Damn…. Ce son avec Method et RZA, c’etait vraiment du bon ! Old Skool sessions, ça fait plaisir de réentendre ça ! Shaq est d’ailleurs le seul à avoir percé dans ce domaine en sortant plusieurs albums….Bon flow le shaq tout de même