L'impertinent de Perpignan
Nemir, un énergumène venu d’Ailleurs
Loin des beefs sous stéroïdes et des beats sous amphétamines, Nemir transporte son auditoire, ailleurs. L’instant d’un EP à l’intitulé symbolique, Perpignan est placé sur la carte hip-hop. Wake Up et prends donc une dose jeune impertinent.
« J’viens pas d’ici les gars, moi j’viens d’ailleurs »
Nemir a débarqué dans le game en chantonnant. Auréolé du statut de vétéran avant même d’avoir sorti un album, celui qui fait ses gammes dès ses dix printemps au sein de son Perpignan natal est un énergumène à part. Hyperactif et forcené du microphone, le vainqueur du concours Buzz Booster d’il y a deux ans évolue dans une atmosphère musicale tissée d’influences variées. En témoigne la diversité instrumentale de Ailleurs, où le Jazz feutré de « Wake Up » se mêle à la Soul vaporeuse de « Dans l’Zoo » et au beat Reggae de « Freestyle ». Métaphore d’un mouvement hip-hop en phase avec ses racines ancestrales, Ailleurs s’impose comme un pied de nez jouissif aux partisans d’un discours conjuguant hip-hop avec minimalisme. « Le rap est une sous-culture d’analphabète » clamait haut et fort un Eric Zemmour au sommet de son génie créatif. « Sorry Eric, I’mma let you finish but… » -demandez donc à Kanye West ce qu’il pense du chanteur Perpignanais -.
Nemir, le DSK du Rap Français ?
Doué d’une capacité de changer de flow comme DSK change de partenaires de galipettes, Nemir réussit avec brio l’exercice de l’EP, mettant en exergue son aisance en rap comme en chant. A l’image du titre de son premier effort discographique, Ailleurs, Nemir évolue à contretemps d’une scène rap stéréotypée, préférant la sincérité au matérialisme « Vaut mieux frapper dans le vide que de baisser les armes/J’préfère être K.O. sur le ring que de jouer les artistes/Nah gros, laisse tomber c’est des ânes/J’viens appaiser les ames pas faire un titre mielleux » et les touches de sax’ et boucles de piano aux discours moralisateurs. Capable de livrer un égo-trip ultra-synthétique « Ratatat » puis de briser son aspect répétitif par un break beat des plus percutants, ponctué d’un sample bien gras de FatBoy Slim, Nemir joue la carte de la polyvalence. Un pari réussi, imputable au travail d’orfèvre de En’zoo, derrière les manettes des dix titres composant l’EP, variant les atmosphères tout en évitant de tomber dans la compilation sans queue ni tête – que ceux qui y voient une référence à Strauss Kahn quittent cette page sur le champ-.
A l’instar de notre Dominique national, visiblement en quête d’exotisme lors d’une froide soirée dans un Sofitel sordide, Nemir inspire la légèreté et l’évasion assumée vers des sphères artistiques à portée de rimes. « L’impertinent de Perpignan » est un rappeur avec le sourire, spécificité assez rare pour être soulignée. Ailleurs se teinte alors d’une couleur lumineuse et old-school, en témoigne le superbe visuel de « Wake Up », dans lequel Alpha Wann fait étalage d’un flow nonchalant en opposition totale avec la diction chaloupée de Nemir. Chaloupée qu’on vous dit.
A la frontière entre Rap et chant, rarement l’accent du Sud n’aura été si réjouissant. Adoubé par les pontes du milieu, Ailleurs est l’expression colorée d’un artiste polyvalent à la rime bondissante. Ultime étape dans l’établissement de l’identité d’un rappeur, Nemir a même eu l’honneur de participer aux désormais célèbres Partiels de Punchlines – la modestie est l’atout principal de Neo Boto, vous l’aurez aisément compris -. Le résultat est à l’image du MC : drôle, décalé, et assurément brillant. Le rap français se porte bien, merci pour lui.
-Nicolas Rogès-





