Etat des lieux de l'oeuvre d'un toulousain cosmopolite

« My Love Letters », Tilt à la galerie Celal

8 novembre 2010 . Pas de commentaire
By Sipowitz, in Urban culture

On m’expliquait à la galerie Celal que pour suivre un artiste de façon cohérente il était important qu’il ait derrière lui une évolution artistique convaincante. Le choix d’exposer Tilt appréhendé sous cet angle là , tombe sous le sens. Il y a dans son Œuvre non seulement une progression constante s’exprimant dans la diversité des supports mais elle est en plus impulsée par un principe vecteur de créativité.

Tilt a commencé dans la rue, c’est là qu’il y fait le choix de son axe de travail : les Throw ups ou l’écriture dans l’urgence d’un nom, d’une signature avec une limite de deux couleurs maximum. Ce choix a un sens. Tilt revendique la valeur de la simplicité du premier graffiti face au lettrage contemporain complexe. Il garde cet idéologie de la simplicité comme contrainte pour créer dans une direction du coup peu commune.

Après les murs de Toulouse il s’intéresse à ceux du reste du monde. Il y rencontre des femmes, elles l’inspirent donc il leur peint dessus (processus à la logique implacable), toujours dans le même style et leur compose à chacune un throw up. Puis son amour de l’écriture (et non de son sens) le mène à My love letters. Ses lettres « bubble » sont toujours là mais accumulées de manière figuratives. Cela lui permet d’enrichir son travail en y ajoutant au passage de nombreuses références à la culture populaire. Dans cette exposition j’ai donc pu croiser des Marilyn warholesques un peu abimées, un Mao Tse Toung avec comme du rouge à lèvres, quelques monochromes, une Adidas, la grosse pomme et tous nos amis Betty, Bob, Hello, Kenny, Kermit, Barbapapa, Donald»¦

Comme si le concept n’était pas assez intéressant il décide de ne pas s’arrêter là . Il prend clairement un plaisir immense à ce qu’il fait donc il s’amuse et nous séduit. Il s’essaye à la sculpture avec « Adam » en bleu et « Eve » en rose (rien de figuratif cette fois-ci dans ces Œuvres originales). Il tague des vitraux mais au lieu de blasphémer il recrée de toute pièce, s’intéressant par la même occasion aux jeux de couleurs et de lumières. Et en bon artiste graffiti, il joue avec le lieu. Sa chambre d’hôtel taguée intégralement et dans les moindre recoins est réjouissante. Du tube de dentifrice aux oreillés, de la télé à la valise et tous ses vêtements, on pourrait rester planté sur le pas de la porte un bon moment.

Rares sont les artistes issus du graffiti qui refusent tout contact avec le monde des galeries. La réelle problématique de ce passage de la rue à l’exposition ne vient pas de son existence mais du « comment » il a été effectué. Tilt n’a perdu en rien son attachement au graff « clandestin », il s’appuie dessus pour pouvoir créer.

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