Retrouvez le dessous des classiques !

Mobb Deep en dix samples de folie

26 novembre 2011 . Pas de commentaire
By crazyhorus, in US Side

Dépositaires depuis 17 ans d’un style ténébreux et réaliste inspiré des projects de Queensbridge, Havoc et Prodigy ont marqué l’Histoire du rap au fer rouge. Des haches menaçantes de « Peer Pressure » en passant par la virée nocturne sur les trottoirs de QB sur « Shook One pt.2 » jusqu’à la pile outrancière de billets verts affichée sur le controversé Blood Money, Mobb Deep est resté fidèle à ses propres codes. Aujourd’hui encore, le ressort artistique du duo repose sur les bases d’un rap « grimey » malgré le tournant opéré depuis Murda Musik en 1999. Havoc***, Q-Tip puis Alchemist resteront les façonneurs d’un son estampillé « infamous », sachant détourner une lumineuse boucle soul vers des intonations obscures à la texture poisseuse et à l’évocation symbolique rare. « Le beau est laid, et le laid est beau » comme l’écrivait Shakespeare, telle semble être la maxime à laquelle Mobb Deep a essayé de coller depuis ses débuts. NeoBoto vous propose en dix samples originaux (plus un bonus) de (re)découvrir l’essence de ce tandem mythique.

Patrice Rushen «Where There Is Love » (1982) on « Temperature’s Rising »

Au départ, la version originale d’Havoc comportait un sample d’Al Green qui a dû être enlevé en raison des droits trop onéreux. A la place, le trio Q-Tip-Havoc-Prodigy a décidé de mettre en avant cette sublime boucle smooth de Patrice Rushen agrémentée d’un hook signé Crystal Johnson, aujourd’hui connue pour ses compositions pour Jennifer Lopez, Mariah Carey, Beyonce ou encore Janet Jackson. Un échantillon qui colle parfaitement à l’atmosphère mélancolique du morceau, écrit pour Killa Black le frère d’Havoc arrêté par la police le jour même. « They really fear you, when you was at home they was pale/ That’s why they wanna see you either dead or in jail », Pee.

Esther Phillips « That’s All Right With Me » (1971) on « Give Up The Goods (Just Step) »

Voix singulière, Esther Phillips est sans conteste l’une des divas les plus sous estimées de la soul. Une carrière en dents de scie marquée par des épisodes glauques d’addictions aux paradis artificiels qui ne doit pas masquer un sens de l’interprétation exceptionnel. Malgré ses qualités vocales indéniables, c’est dans la production sophistiquée de Creed Taylor (producteur de jazz qui a notamment travaillé avec Stan Getz, Oscar Peterson, Bill Evans…) que The Abstract trouvera les premières mesures de « Give Up The Goods (Just Step) ». Un an plus tard, le même morceau sera samplé par DJ Premier sur le morceau « Whatever » de Jeru The Damaja.

The Headhunters « I Remember I Made You Cry » (1977) on « Drink Away The Pain »

Ce qui au départ devait être un groupe funk s’est avéré être un band de jazz fusion. Créé à l’initiative d’Herbie Hancock qui désirait s’orienter vers des horizons funk, The Headhunters voient le jour avec un premier album éponyme en 1973 sous l’égide de leur créateur. Si Hancock quitte le groupe deux ans plus tard, les Headhunters conservent leur nom de scène et avec lui un son jazz funk souple et élégant à l’image du titre « I Remember I Made You Cry » dont la petite envolée de Bennie Maupin sera mise en boucle sur « Drink Away The Pain (Situations) » par Q-Tip avec juste ce qu’il faut de liqueur.

The Spinners « I’m Tired Of Giving » (1977) on « Up North Trip »

Sampler une production de Thom Bell, un des principaux artisans du Philly sound, c’est un peu comme emprunter le sens de la mélodie à un Willie Mitchell. Le résultat une fois calé sur le beat puis mixé est époustouflant. C’est donc grce aux premières mesures soyeuses de « I’m Tired Of Giving » du groupe vocal The Spinners, que Mobb Deep élabore la base de « Up North Trip », titre évocateur sur la sale vie de rue. Une balade angoissante dans les bas quartiers de QB et admirablement mixée par Q-Tip. Aujourd’hui encore, les Spinners étonnent par leur longévité.


The Trammps « That’s Where The Happy People Go » (1976) on « Animal Instinct »

« That’s Where The Happy People Go » est l’exemple parfait de ce que peut devenir la couleur originelle d’un morceau dans les mains d’Havoc. Car ce titre des Trammps composé et produit par Ron Baker est, comme son nom l’indique, loin d’être cette tension dramatique que l’on ressent sur « Animal Instinct ». Car The Trammps est un groupe funk, et ce titre en apparence angoissant, cache en réalité un crescendo délirant après cette introduction quelque peu lugubre. L’art du sampling c’est aussi ça, transformer la matière.


Gary Burton « Las Vegas Tango » (1971) on « Can’t Get Enough Of It »

Avant d’être utilisé sur le ténébro-psychédélique Temple Of Boom de Cypress Hill, le riff de Gary Burton a sévi sur le titre « Can’t Get Enough Of It ». Gentiment amputé de sa dimension planante que Muggs et Alchemist exploiteront un peu plus tard, ce riff s’affirme ici avec plus d’énergique, en venant appuyer un beat qui claque comme du bois sec. Le morceau original est un régal, avec le légendaire vibraphone hallucinogène de Gary Burton, on entre dans un trip teinté de jazz élégant.



Ecstasy, Passion & Pain « Born To Lose You » (1974) on « The Realest »

EP&P fait partie de ces groupes funk ayant surfé sur quelques tubes parmi lesquels « Tough And Go » et « Ask Me » issu d’un premier opus éponyme de 1974. C’est aussi sur cette jolie galette du groupe fondé par Barbara Roy, qu’Alchemist trouvera cette bass line épurée qui introduira le morceau « The Realest ». En confiant une infime partie de la production au beatmaker de Beverly Hills, Mobb Deep élargit sa palette créative avec brio tout en conservant sa teinte originelle.


The Stylistics « You Make Me Feel Brand New » (1973) on « Block Life »

Parmi les éminents groupes de soul vocale, l’Histoire retiendra les Stylistics qui illustrent magistralement le son made in Philadelphie. Très vite, le groupe sera épaulé par le producteur Thom Bell dont le génie propulsera le band de Russell Thompkins vers le haut des charts US. « You Make Me Feel Brand New » représente à la perfection la sensibilité musicale du groupe, entre arrangements subtils et falsetto frissonnant. Les premières secondes de ce titre maintes fois repris donneront à Havoc l’inspiration pour le mélancolique « Block Life ».


Toshiyuki Honda « Thunder Kiss » (1981) on « Backwards »

En étant allé chercher ce groove implacable sur le morceau « Thunder Kiss » du saxophoniste Toshiyuki Honda, The Alchemist prouve deux choses. La première : qu’il est un fin dénicheur de samples, la deuxième, que son sens de la production est inaltérable. Bien que non retenu dans la discographie officielle du groupe, « Backwards » n’en demeure pas moins un titre plus qu’appréciable grce à cette fusion jazz-funk dont l’efficacité n’est plus à prouver.


Randy Brown « Too Little In Common » (1978) on « Favorite Rapper »

Après son escapade au sein des Newcomers au début des années 1970, Randy Brown fait cavalier seul durant la fin de la décennie. L’occasion pour lui d’enregistrer cinq albums entre 1978 et 1981 dont Welcome To My Room (1978) paru sur le label éphémère de Russ Regan, Parachute Records. Sur « Too Little In Common », Havoc trouvera ce placage de piano résigné signé Carl Hampton et qu’il mettra en boucle sur « Favorite Rapper », autre morceau méconnu du crew de QB. Entre la soul suave de Randy Brown et le caractère sévèrement burné de la production d’Havoc, l’écart est gigantesque, mais ça fonctionne.


Bonus

Herbie Hancock « Jessica » (1969) on « Shook Ones Pt.2 »

C’est sans conteste le morceau le plus fameux des jeunes loups de QB mais aussi celui dont le travail sur le(s) sample(s) est probablement le plus intéressant. Si nous possédions les ¾ des samples utilisés sur ce classique intemporel, une boucle a cependant obsédé des centaines de cats. Ce piano entêtant qui représente l’me de « Shook Ones Pt.2 » a été récemment trouvé par un certain Branco sur un forum US, qui a reconnu dans le « Jessica » d’Herbie Hancock cette partie restée énigmatique jusque là. En jouant avec le pitch des notes de piano, Havoc a réussi un coup de maître qui résonnera pour l’éternité.


*** Jusqu’à Hell On Earth les productions sont signées Mobb Deep. En réalité, Havoc s’est très vite accaparé le matériel pour créer des beats jusqu’à monopoliser le poste de beatmaker. Pee a dà» composer avec et se concentrer sur ses textes et son flow.

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