DJ Greem (C2C, Hocus Pocus) est sur Neo Boto
L’interview de DJ Greem d’Hocus Pocus
Après un album, 16 pièces, qui est l’un des points majeurs de l’année 2010, et une tournée rondement menée, DJ Greem, l’une des pièces maîtresses d’Hocus Pocus, revient pour nous sur le dernier projet du groupe et nous parle de sa vision du Hip-Hop…
NeoBoto: Dans votre dernier opus, on a pour la première fois un véritable rapprochement avec la scène rap française (Akhenaton, Oxmo Puccino) ce qu’on ne trouvait pas dans vos précédents projets. Quelles ont été vos motivations pour prendre ce nouvel élan artistique et comment se sont passées ces collaborations ?
DJ Greem: On n’a pas voulu se renouveler artistiquement, on a toujours aimé ces artistes, on a toujours voulu collaborer avec eux. Après c’est un concours de circonstance, on n’a pas pu réaliser certains projets parce qu’on n’avait pas forcément les morceaux, parce que l’actualité s’y prêtait pas, parce que ces artistes là étaient occupés.
Ça fait longtemps qu’on veut faire ce genre de morceau par exemple dans 73 touches, pour le morceau « 73 touches » on avait eu l’idée de faire participer Shurik’n, ça ne s’était pas fait. Mais depuis longtemps on collabore avec des artistes, déjà à l’époque de Bomb Attack, 20Syl avait fait des sons pour les X-Men à l’époque, Joey Starr avait posé, il avait fait un son pour Diam’s etc. On a toujours eu un rapport avec le rap français, un certain rap français, c’est vrai qu’I am, on les porte particulièrement dans notre cœur.
Là on a enfin une certaine notoriété qui nous a permis, plus facilement d’accéder à ces artistes là et en plus on a eu les bons morceaux à leur proposer au bon moment. « A Mi Chemin » c’était vraiment adapté à la personnalité d’Akhenaton, on a pensé qu’il allait vraiment s’y retrouver et lui a bien aimé le thème, ça l’a botté. Oxmo c’est pareil, il est venu chez 20Syl, ça s’est super bien passé, on l’avait déjà rencontré sur des dates donc ça se fait avec l’expérience et en trouvant le temps. Mais c’est vrai que c’est pas une volonté nouvelle, si on avait pu le faire sur chaque album, il y aurait eu des rappeurs français comme Disiz, comme les mecs de Sages Po’ (Sages Poètes de la Rue ndlr). Il y a des collaborations qui se font comme ça de façon underground, ou alors des instrus qu’on peut proposer à ces mecs là et il n’y a pas forcément de débouchés sur un morceau à chaque fois mais il y a des choses qui se passent
Comment conçois-tu la culture Hip-Hop française en rapport à celle impulsée aux Etats-Unis ?
On a toujours du retard en France aussi et on peut pas parler de la même chose parce qu’on n’a pas du tout les mêmes cultures, la musique a pas évoluée de la même manière, quand tu vois toutes les racines de la black music qui sont nées aux Etats-Unis et l’évolution que ça a pu avoir. En France le rap a été amené comme ça et on a essayé de le traiter à notre manière et c’est pour ça qu’il y a autant de scission avec les autres musiques. Tandis qu’aux Etats-Unis c’est un’arbre et des ramifications, c’est toujours sur les mêmes racines que nous n’avons pas. Donc en fait on est paumé et c’est pour ça qu’on a ces clichés, ces schémas et qu’on essaye de mettre la musique dans des cases.
Comment analyses-tu le rap français de l’intérieur actuellement? On peut ressentir différentes scissions parfois entre deux …
Oui il y a des scissions mais elle ne se fait pas qu’entre deux styles. Le Hip-Hop est super large et tu as le rap de rue on va dire avec des trucs un peu plus « rentre dedans » à la Booba, à la Sinik et même à la Sexion d’Assaut ça continue de cartonner.
Ensuite tu as des artistes qui sont un peu plus jazzy mais après tu vas avoir du rap plus électro ou des trucs plus « rentre dedans » rock/punk. Tu as vraiment plein de scission qui se font et c’est ça qui fait la beauté du Hip-Hop. Ensuite quand il y en a qui veulent revendiquer, qui disent « C’est ça le Hip-Hop, ça doit venir de la rue, ça doit démonter les failles politiques, du système etc. » non ça c’est un Hip-Hop. Sa force c’est de pouvoir puiser dans différentes musiques, de tout le temps se renouveler et puis de s’agrandir.
Quel est le Hip-Hop d’Hocus Pocus et quel public touche-t-il ?
On exprime notre vécu, c’est-à-dire que dans HP il n’y a personne qui vient des banlieues, on ne va pas commencer à rapper en disant qu’on a galéré. Enfin on peut le dire justement mais d’une autre manière que les mecs qui galèrent, on ne va pas se revendiquer hardcore ou des bad boys alors qu’on n’en l’est pas. On laisse ça aux autres et justement à ceux qui sont issus de ces quartiers difficiles et qui savent le faire parce qu’ils ont le vécu, on ne va pas s’inventer une vie. En fait quand on fait notre musique on va toucher un public qui se reconnaît dans les lyrics, dans la zic et c’est pareil pour Sefyu ou La Fouine qui vont dénoncer des choses qui va toucher un autre public qui se sent concerné.
De l’extérieur on peut avoir l’impression notamment en concert que tu incarnes cette touche Hip-Hop. Quelle est la griffe Hip-Hop d’HP ?
Après cette touche Hip-Hop, il y a les deux disciplines, tu as le mcing et le djing qui sont reliés, on l’incarne forcément. C’est la base d’HP, ensuite je ne pense pas que ça soit une manière de préserver et montrer « voilà ils sont encore dans le Hip hop, il y a le dj qui scratch etc.»
On a une vision aussi de la manière de produire et de jouer qui est très Hip-Hop avec les machines qui sont toujours là avec les MPC, les samples tout ce que peut balancer Antoine et les trips grosse caisse/caisse claire, ça c’est vraiment une manière Hip-Hop d’amener la chose. Et puis même dans la façon dont on joue, qu’on a de séquencer tous les musiciens et je dis même « séquencer », c’est Hip hop.
On essaye de faire les choses très carrées et même si tu te dis il y en a plein qui viennent nous dire « J’aime pas trop le Hip hop mais j’aime bien parce que là c’est même plus du Hip hop c’est du funk etc. », pour nous ça reste Hip-Hop la manière qu’on a de structurer de faire le live, de faire intervenir 20Syl et moi qui scratch.
20Syl et toi êtes les fondateurs de C2C, comment vis-tu tes projets en parallèle. Ressens-tu d’une certaine manière une façon différente d’envisager ton travail entre les deux groupes ?
Dans Hocus Pocus on a pris un nouveau pli pour bosser c’est-à-dire que la plupart du temps c’est quand même 20Syl le moteur. Il va faire la plupart des maquettes, des textes et ensuite nous on va s’articuler autour et on va amener notre savoir faire pour compléter et finaliser les morceaux. Dans C2C c’est plus un travail collectif où on est tous les quatre dans la pièce. Chacun intervient, soit on vient avec nos compos, soit on compose sur le tas où quelqu’un va laisser tourner une batterie et on va tous sur les platines faire de la recherche. C’est une manière plus collective de bosser, qui est un peu plus longue parfois que pour Hocus Pocus parce que justement on a différentes entités artistiques qui se confrontent. Il faut à chaque fois restructurer, c’est-à-dire qu’avec les musiciens on pose nos trucs et puis c’est fait, tandis que nous on doit d’abord chercher des idées musicales et ensuite les remodeler, les rescratcher, c’est un peu un travail en deux temps.
Le temps et comment on organise nos plannings ? L’album de C2C ça fait super longtemps qu’on doit le sortir. Mais HP a pris la priorité parce qu’on a commencé à embrayer sur Place 54, ça a marché du coup on était attendu pour faire un autre album. Atom et Pfel ont fait Beat Torrent ; ça a bien marché pour eux aussi, donc là on a un peu du mal à trouver un planning commun pour se caler. Mais dès qu’il y a une pause on essaye de défricher tout ce qu’on a pu bosser de notre coté parce que quand il y a des pauses dans les lives que ce soit HP ou Beat Torrent on essaye de tafer sur des petites compos et ensuite on se les fait écouter et dès qu’on aime quelque chose on se le met de coté et on sait qu’on y reviendra qu’on le bossera à plusieurs.
La sortie du prochain album de C2C est donc prévue pour 2011.



