Et si vieillir était sexy?

Les vieux dans l’art: who’s your Daddy?

16 novembre 2011 . Pas de commentaire
By Sipowitz, in Featured, Urban culture

Si les sportifs ou les mannequins sont des kleenex, jetables dès la trentaine, et les réalisateurs des bouteilles de grand cru qui se bonifient avec l’âge, preuve en est qu’une personnalité médiatique a bien des façons de gérer le vieillissement de ses cellules selon son activité ou sa santé mentale et/ou physique. Des discussions de comptoirs acharnées tentent toujours d’élucider s’il vaut mieux être coupé dans la fleur de l’âge et au sommet de son art comme un Jim Morrison ou laisser l’âge faire son travail et tenter de survivre sur le devant de la scène comme une Madonna. Le monde de l’art pictural avec sa visibilité grandissante, ses icônes et ses précurseurs n’échappe pas au débat. Jean-Michel Basquiat cité pas plus tard qu’hier dans GQ par notre ami Jay-Z aurait eu 51 ans. Beaucoup de ses compagnons de génération ont eux survécu au choc des années 80 et occupent une place dans le monde de l’art actuel et renouvelé.
Futura, Kenny Scharf, Ron English ou Terry Richardson ont tous une barbe grisonnante ou des cheveux blancs de plus en plus présents, ils ont tous apporté leur pierre à l’édifice des 80′s et 90′s et restent tous actifs encore aujourd’hui. NeoBoto s’est demandé pourquoi ces vieux chnoques ont leur place sur les blogs ou les galeries les plus hypes du monde et a voulu comprendre leur place dans la société en les comparant à d’autres spécimens d’un âge avancé.

Futura 2000, un Patrick Bruel reconverti

Véritable légende du graff et acteur privilégié de la naissance du hip-hop, Futura 2000 ou Leonard McGurr atteindra demain ses 57 ans. Pour ses collaboration avec Africa Bambaataa ou The Clash, pour avoir été l’un des premiers à incorporer autre chose que du lettrage au graffiti, pour ses pointing men, il mérite le statut de précurseur.
Ce n’est donc pas pour son effet frénétique sur les jeunes adolescentes du siècle dernier qu’il peut être comparé à Paaatriiiiiiick, mais pour son revirement d’activité alors qu’il est rattrapé par le temps qui court. C’est une des solutions afin d’éviter une décrédibilisation en fin de vie pour avoir tenté de faire à 50 ans ce que l’on faisait à 20 ans, on peut choisir de rester dans la sphère médiatique en offrant un nouveau talent à la foule. Bruel se voit devenir ambassadeur du poker pour la masse des Français, Futura qui abandonne son surnom de jeunesse jongle entre collaboration avec du streetwear (Nike, BAPE, …) et photographie qu’il développe quotidiennement sur son site et donne une nouvelle dimension à son art. Il reste discret mais présent, vieux mais régénéré.

Kenny Scharf, un Tony Bennett parmi les jeunes

Colloc’ de Keith Haring à l’époque, il a contribué lui aussi à l’effervescence d’un art moins austère et méprisant que ce qu’était devenu ce que l’on appelle communément « l’art contemporain » depuis le début du siècle. Avec un univers de créatures fluorescentes aux visages sympathiques ou autres donuts en orbite cela fait près de 30 ans qu’il poursuit cette route. Il a fait le choix de conserver son style, et, étant incontestablement plus vivant que son ancien ami, il obtient le respect de ses cadets par ce qu’il représente. Il est invité par les jeunes dans toutes leurs petites sauteries.
La preuve la plus probante est sa place et son implication dans l’exposition Art In The Streets au MOCA où il s’est fièrement tenu aux cotés de Banksy, Invader, Os Gemeos, Retna, Kaws, Shepard Fairey… Une réplique parfaite de la démarche du vieux Tony Bennett à qui l’on rend hommage en collaborant avec lui. On le retrouve dans Entourage, en duo avec Lady Gaga ou mieux à sortir un duo de derrière les fagots juste après la mort d’Amy.

Ron English, un Morgan Freeman omniprésent

Pendant qu’Andy Warhol organisait des fêtes d’intellos new-yorkais dévergondés, Ron English en entendait les échos depuis le Texas. Malheureusement il n’y avait pas de métros avec lesquels jouer il a alors crée son style à partir de ce qu’il avait sous la main: des immenses panneaux d’affichages publicitaires. Il a donc commencé à se moquer de Mc Do, de Camel (oui c’était vraiment une autre époque), de Mickey etc. Comme beaucoup de ses collègues il a déplacé sa personnalité artistique de la rue à la galerie et rencontre depuis un succès et une crédibilité à toute épreuve. C’est celui qui a opéré la fusion entre Obama avec Abraham Lincoln. Du coup il est plus présent aujourd’hui à un âge avancé que durant sa jeunesse.
Il booke les expositions les unes après les autres à la manière d’un Morgan Freeman qui enchaine les films à rythme presque aussi soutenu que Kad Merad. Tout le monde à Hollywood a tourné avec Morgan mais c’est toujours signe de prestige. Tout comme Ron English qui est contacté par Chris Brown lorsqu’il se lance dans la dimension picturale.

Terry Richardson, un Woody Allen détraqué

Dans ce parcours du troisième âge, rendons hommage à la photographie en la personne de Terry Richardson. Le moins vieux des quatre personnages, il est pourtant celui avec le plus de troubles psychologiques liés à son nombre de printemps. Après une enfance durant laquelle il a vu son père se rapprocher de très jeunes demoiselles, il reproduit le schéma paternel.
Il profite de son aura de photographe adoré des stars pour s’obtenir les faveurs d’une Kate Moss par exemple quand notre cher Woody Allen peut se payer les services (purement artistiques rappelons-le) de Scarlett Johanson du haut de ses 70 ans. Terry arrive à capter la folie et la provocation de la génération qui le suit (doit-on vous rappeler les récents shooting d’Odd Future?). Son blog ressemble à celui d’un jeune hipster qui vient de découvrir les nuits new-yorkaises. Le talent au service de leurs névroses, tel est leur credo.
Who’s your daddy?


La peinture a eu son lot de sacrifiés sur l’autel de la drogue et de la surexposition médiatiques mais pour ceux qui s’en sont sortis, c’est comme revenir de l’île de Lost, il y a des risques de complications. C’est donc le moment de leur rendre hommage puisque malgré leurs rides ajoutant une dose d’étrangeté à leur personnalité, leur intégration dans notre ère 2.0 est plutôt honorable. Si bien qu’aucune comparaison avec Brigitte Bardot n’a été envisageable. Bravo.



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