Analyse d'un sujet tabou : les finances des rappeurs

Les rappeurs sont fauchés : analyse d’un phénomène

10 janvier 2012 . 3 commentaires
By Nico, in US Side

Impôts, pension alimentaire, hypothèques et dettes en tous genres, les rappeurs vivent bien souvent au dessus de leurs moyens. Scott Storch, Jermaine Dupri, Young Buck, Bun B, Lil Wayne, Snoop Dogg, Big Boi, Xzibit, Chamillionaire, Nas ou encore Beanie Sigel sont autant d’exemples de MCs dont le style de vie rime avec banqueroute. Phénomène timidement évoqué, pour ne pas dire tabou, l’endettement de nos amis artistes tranche significativement avec une oisiveté affichée et clamée à outrage, dans un milieu où être fauché est l’humiliation ultime. Jaloux de la qualité d’analyse de M6 et ses Enquêtes Exclusives, sur Neo Boto on a décidé de se la jouer reporters sans foi ni loi. Sans Bernard de La Villardière, rassurez-vous. Plongée au cœur d’un problème que les voitures de luxe et les diamants dissimulent piteusement.


Le manque d’éducation comme dénominateur commun


17 ans, des rêves plein la caboche, tout juste sorti du lycée et déjà multimillionnaire, Soulja Boy est un exemple probant d’un - non pas imposteur, ne commençons pas- manque d’éducation dont les conséquences se font sentir dès les premières rentrées d’argent. Experts en maniement douteux de capitaux, dans un monde où les voitures de luxe et les maisons s’entassent au rythme auquel les placements financiers s’évaporent dans une réalité imaginaire, les rappeurs se trouvent bien souvent démunis, aussi rapidement que la carrière de MIMS s’est arrêtée avant même de commencer - le bougre n’était visiblement pas si hot que ça-. Le vide intersidéral décelable dans les yeux de certains rappeurs ne traduit pas une attitude de pseudo-gangster fièrement arborée mais réellement un manque flagrant de matière grise qui peut s’avérer fatal. Citer Ja Rule comme archétype du MC décérébré serait très peu fair-play compte tenu de sa situation financière et carcérale actuelle. Comprenons bien que devenir MC ne nécessite aucun pré requis scolaire, et surtout qu’avant d’emmagasiner des millions, les aspirants Master Of Ceremony se trouvaient souvent en situation d’extrême pauvreté. Sans tomber dans des clichés réducteurs, l’école de la rue accorde très peu de temps à la classe de gestion de patrimoine.


Les rappeurs, bêtes de foire des labels


Si l’on analyse le phénomène par analogie, une ligue sportive prend davantage en considération l’entité humaine de ses protagonistes qu’une maison de disque. La manœuvre est certes intéressée et finalement plus mercantile que sincèrement généreuse, toujours est-il que des cours de gestion sont offerts aux jeunes Rookies qui viennent tout juste d’intégrer les ligues majeures, à commencer par la NFL et la NBA. Si cela n’aura pas empêché un joueur tel que Scottie Pippen de finir sur la paille, le manque d’offre de formation est une illustration probante du peu d’attention que les labels portent aux rappeurs. Le Rap Game n’a jamais si bien porté son nom, dans un milieu où les MCs semblent ne pas prendre la pleine mesure de leurs obligations professionnelles, enchaînant les procès pour évasion fiscale (Ja Rule, Jermaine Dupri, X-Zibiti, Method Man) ou non-versement de pensions alimentaires (Nas, Lil Wayne). Il y a très peu de Derrick Rose ou de Lebron James mais une centaine de 50Cent et Lil Wayne dans la rue, la NBA a besoin que ses icônes gardent une image lisse et sans bavure, à la différence des rappeurs qui glorifient un style de vie jalonné par des procédés peu scrupuleux à l’illégalité établie. Les maisons de disques n’ont aucun intérêt à ce que leurs artistes soient financièrement indépendants. Plus malléables, moins réticents à des consensus contractuels douteux, les rappeurs endettés sont aussi impuissants qu’un couplet de Birdman. C’est dire.


Quelles solutions ?


Un paradoxe. Le cercle vicieux dans lequel les MCs se sont engouffrés ne saurait être mieux défini, presque irréel et complètement risible. Admirer Young Buck s’escrimer devant des voitures de luxe alors que celui-ci est sur le point de perdre son nom de scène est un spectacle qui met en perspective le côté superficiel d’un mouvement hip-hop où l’authenticité est souvent sacrifiée au profit de la suffisance. Si Lil Wayne préférait évoquer ses nombreux procès pour plagiat ou royalties impayées plutôt que ses Maybachs et autres sujets plus légers, l’incrédulité de sa fan-abse serait certaine. Killer Mike, prix Nobel d’économie, déclarait dans les colonnes du magazine XXL (numéro Décembre/Janvier 2012) avoir compris et anticipé les rouages de la spirale infernale du profit. En investissant dans des starts-up au retour sur investissement rapide telles que des salons de coiffure ou de manucure, les MCs pourraient s’assurer des revenus constants et réguliers. A la différence des athlètes, dont le revenu est mensuel, les rappeurs sont dans l’obligation de livrer des albums et des concerts afin de constater une quelconque rentrée d’argent. Cette relative précarité est une réalité dont les impacts sont d’autant plus douloureux si les revenus sont engendrés uniquement par la musique. Une question se pose d’emblée : est-il encore possible aujourd’hui de vivre du rap ?


Producteur phare du milieu des années 2000, Scott Torch a sombré dans la drogue, dépensé son argent dans des jets privés, des villas et des voitures de luxe, allant même jusqu’à s’offrir des draps tissés d’or, pour finir ruiné, sans autre bouée de sauvetage que « Boom », la piteuse collaboration entre Snoop Dogg et T-Pain. Une descente aux enfers parmi tant d’autres qui rappelle, si besoin est, que la vie d’artiste, et plus particulièrement de rappeur ne se résume pas seulement à diffuser une image faite de richesse et d’oisiveté, sans en assumer les conséquences financières latentes. Bun B, qui a lui aussi connu de graves problème financiers avec son label Rap-A-Lot le résume de manière avisée : « N’essaye de gagner la bataille de la plus grosse chaine, ni celle de la plus belle voiture ou du plus gros fêtard. Quelqu’un l’a déjà gagnée. La compétition que tu dois espérer remporter est celle de celui-qui-sort-du-rap-game-avec-le-plus-d’argent, car il y a très peu d’artistes qui y parviennent. ».

3 Commentaires
  1. johnny got his warm gun. le 10 janvier 2012 à 16 h 29 min

    Silky Shai et Tizzy bone vous saluent bien

  2. play le 11 janvier 2012 à 17 h 05 min

    Les albums de Mann et Iyaz sont produit par JR Rotem et non Scott Storch !

    • Nico le 11 janvier 2012 à 17 h 51 min

      Merci pour cette remarque, la phrase a été modifiée :)