Bienvenue dans un monde de fous !
Les annonces du Carnage de Polanski
Dans son nouveau long-métrage, Roman Polanski met en scène quatre personnes - Jodie Foster et John C. Reilly d’un côté, Kate Winslet et Christoph Waltz de l’autre – dans un huit clos drolatique, loufoque et pour le moins absurde. En une heure vingt, le réalisateur franco-polonais embarque ses personnages – et les spectateurs - dans un maelström d’émotions similaire à du théâtre filmé. Et pour cause, avant d’être une œuvre cinématographique, “Carnage”, ou plutôt “Le Dieu du carnage”, est une pièce écrite et mise en scène par la française Yasmina Reza et interprétée par Isabelle Huppert, Eric Elmosnino, Valérie Bonneton et André Marcon. Polanski a d’ailleurs fait appel à Yasmina Reza pour écrire le scénario du film qui nous plonge, à l’inverse de la pièce, dans un décor parfaitement new-yorkais où il fait bon vivre… en apparence. Le pitch est des plus simples : Mr et Mme Cowan rencontrent Mr et Mme Longstreet parce que le fils des uns a blessé à la bouche le fils des autres. Soit. De cette simple entrevue explicative entre adultes de bonne famille, va naître un crêpage de chignons insensé sous fond de tulipes jaunes, de whisky écossais et de vomi ! Quatre personnes, une raison, un lieu. Et donc, un hypothétique carnage. Revue de ce bordel ambiant par le biais de quatre entités plus ou moins cotées.
Nom : Foster, Jodie
Nom de scène : Longstreet, Penelope
Rôle : Femme de Michael et mère de la “victime”
Métier : Ecrivain. Enfin plus ou moins…
Traits de caractère : Humaniste et intello un brin prise de tête. Impulsive et tourmentée
Spécificité : Passionnée d’art, d’Afrique et tout ce qui à trait aux injustices planétaires
Réplique type : “Elle a vomi sur mon livre »
Commentaire : Penelope, c’est la fausse calme, celle qui n’hésite pas à proposer du clafoutis pomme/poire à ses invités tout en leur rappelant, au cas ou ils auraient oublié, pourquoi ils sont là (“votre fils a défiguré le nôtre !”). Nerveuse et difficilement vivable.
Prix : 2000 $, à prendre ou à laisser
Nom : Waltz, Christoph
Nom de scène : Cowan, Alan
Rôle : Mari de Nancy, dite Touton, et père du petit monstre, Zachary
Métier : Avocat à 600%, homme d’affaire débordé et usant
Traits de caractère : Cynique, suffisant mais pas forcément antipathique
Spécificité : Sans son portable, cet homme n’est rien
Réplique type : “Désolé ! ‘Allo Walter !’”
Commentaire : Présent chez les Longstreet contre son gré, Alan n’hésite pas à montrer dès les premières minutes son désintérêt pour ces jérémiades de gamins à la noix. Ses coups de fil incessants à son collègue de boulot ne manqueront pas d’envenimer la situation et d’exaspérer sa femme qui subit plus qu’autre chose cette situation. Il finit par se détendre plus ou moins quand Michael sort son whisky 18 ans d’âge…
Prix : 6999 $, ou plus
Nom : Winslet, Kate
Nom de scène : Cowan, Nancy
Rôle : Femme d’Alan et mère du “coupable”
Métier : Aux dernières nouvelles, Nancy bosserait dans le patrimoine…
Traits de caractère : Femme apprêtée à l’estomac fragile, agréable en surface, hystérique et ordurière après un verre de whisky…
Spécificité : Vomit à intervalles réguliers
Réplique type : “Je suis contente que mon fils ait tabassé le votre et je me torche le cul avec vos Droits de l’Homme”
Commentaire : Mise sur la touche par un mari obnubilé par son métier et la sonnerie de son téléphone portable, Nancy est une femme seule sous ses grands airs de bourgeoise pincée, tirée à quatre épingles. La progression du récit et le 18 ans d’âge ne lui réussissent pas. L’hystérie la guette. Bref, pour elle aussi, c’est le pire jour de sa vie.
Prix : 4350 $, à tout casser !
Nom : C. Reilly, John
Nom de scène : Longstreet, Michael
Rôle : Mari de Penelope et père de la “victime” qui a “balancé” Zachary
Métier : Grossiste en matériel sanitaire. En clair, il vend des chasses d’eau…
Traits de caractère : Pacifiste, accueillant et serviable. Le gros nounours de la troupe
Spécificité : Comme son fils, Michael était leader de sa bande quand il était gosse
Réplique type : “Quelqu’un veut un whisky ?”
Commentaire : Constamment tourné vers le dialogue, Michael est un bon père de famille toujours près à démêler la situation quand celle-ci tend à s’envenimer. Sous ses allures de mari soumis et moutonnier se cache un bon vivant adepte de grands whiskies et de cigares de premier choix. Pas si politiquement correct qu’il le laisse entendre, il aura aussi son quart d’heure de folie.
Prix : 5000 $, à débattre
Avec “Carnage”, Polanski prouve, si l’on en doutait encore, son habileté à jongler entre les styles sans (trop) se prendre les pieds dans le tapis. Après le sublime “The Ghost Writer” de l’an passé, ce long-métrage simple et attrayant renoue avec le huit-clos et cette sensation de théâtre filmé si rare au cinéma. Certains diront qu’il s’est contenté de réadapter le travail entrepris par Yasmina Reza, quand d’autres – nous les premiers - salueront justement la qualité de cette adaptation cinématographique et de la mise en scène. Un Polanski sans prétentions, mais un Polanski quand même !



