Def Jam France, Motown France, ces noms font-ils vraiment rêver ?

Def Jam, Motown, à quoi servent les filiales françaises ?

10 février 2012 . 2 commentaires
By Esco', in Featured, US Side

Avec la récente création de Def Jam France, couplée à la signature d’IAM qui en a découlé, la question de l’utilité de ces filiales hexagonales nous brule les lèvres. Voilà qu’un matin de juillet 2006, nous apprenions, à notre corps défendant et non sans étonnement, qu’un dérivé du nom de Motown France présidé par Mélanie Georgiades, alias Diam’s, allait prochainement voir le jour sous la houlette d’Universal Music. Le but de cette opération ? “Faire émerger les artistes de demain”, nous dit-on. Quelques mois plus tard, Vitaa signait un deal sur la filiale française de l’une des plus emblématiques maisons de disques au monde. La classe… Une signature, une sortie d’album, un beau petit succès commercial en poche (l’album A Fleur de Toi s’écoulera à 400 000 exemplaires en France) et puis s’en vont. Aujourd’hui, c’est au tour de Benjamin Chulvanij, fondateur d’Hostile Records et businessman maladif, de briguer le prestigieux poste de président de Def Jam France. Et si, finalement, ce prestige dont tout le monde parle n’était qu’un alibi pour se dédouaner de ces filiales françaises qui ne font rêver personne ? Analyse d’une entreprise qui connaît de mieux en mieux la crise.

Sale temps pour les maisons de disques

Crise du disque, effondrement des marchés financiers, explosion du téléchargement, gratuité, toutes ces thématiques sont sources de cauchemars pour les patrons de labels, directeurs artistiques et autres manageurs. Face à l’expansion d’Internet, les alternatives valables pour lutter contre le piratage se font rares. A tel point que les maisons de disques qui se faisaient jadis un paquet d’argent - parfois sur le dos de leurs artistes - subissent actuellement un violent retour de bâton.
Odd Future
, A$ap Rocky, Lana Del Rey, Irma sont autant d’exemples qui laissent à penser qu’à l’heure actuelle, les artistes n’ont plus forcément besoin de l’aide des majors pour se faire un nom. Ce qui n’est pas pour rassurer ceux qui y travaillent. Les rôles s’inversent, les dominants deviennent dominés, les jeunes enrhument les vieux, et dans le cul Lulu !

Si la musique et le business qu’elle génère restent au top niveau, force est d’avouer que les temps sont durs pour ces gros bonnets de l’industrie qui se prenaient pour les rois du pétrole il y a une quinzaine d’années. Sur son fauteuil en croûte de porc, Pascal Nègre sert les fesses et déplore, des trémolos dans la voix, cette situation irrémédiable : “Certains estiment que nous n’avons pas vu la crise arriver, c’est débile. Nous l’avons anticipé. Ce qu’il y a, c’est que nous avons été sacrifiés sur l’autel de l’Internet”. Aux sombres héros, priez pour nous !

C’est bandant d’être indépendant

Revenons à nos moutons. Def Jam France, Motown France, deux appellations qui en jettent mais qui brassent aussi pas mal de vent. Si la filiale hexagonale du label mise sur pied par les génies Rick Rubin et Russell Simmons est encore à l’état embryonnaire, on a déjà pu constater l’inefficacité de son confrère qui n’a de Motown que le nom. Sans vouloir manquer de respect à notre Boulette nationale, Diam’s en directrice artistique, c’est autre chose que Berry Gordy ! Quant à Corneille et Vitaa, bien que l’un chante “avec classe”, on reste loin des Four Tops et de Diana Ross. A cela, certains affirmeront que la filiale française a enfanté son lot d’artistes (un) qui véhiculent et renouvellent l’esprit du vieux label de Détroit. On mettra ce crédit sur le compte de L’Oncle Soul qui a le mérite – il est vrai - d’avoir remis le nœud papillon et les bretelles au goût du jour. Passé cet exemple, les artistes ayant émergé de cette écurie fantôme ne courent pas les rues.

Dans un tel contexte, Benjamin Chulvanij va devoir s’activer s’il souhaite redorer le blason de ces labels francisés à la dérive. Autant dire que le défi est de taille à une époque où les maisons de disques sont loin d’avoir le vent en poupe. Sur son premier opus sorti en janvier 2002, Booba plaçait cette punchline qui préfigurait très justement la tendance à venir : “C’est bandant d’être indépendant”. Une phase qu’illustrent à merveille le collectif 1995 et cette nouvelle générations d’artistes qui ne pensent plus systématiquement à signer un contrat en maison de disques avant de sortir leurs albums.

Des décennies après leur fondation, Motown et Def Jam restent deux pilonnes indéboulonnables et uniques qui n’auraient probablement jamais dû quitter le territoire américain. A l’heure où tout s’exporte, tout se délocalise et se multiplie, ces dérivés français, allemands, japonais (oui oui, il existe un Def Jam Germany) apparaissent étrangement vieillots et poussiéreux, à l’image de la signature d’IAM sur Def Jam France officialisée en décembre dernier. Il faut parfois savoir faire preuve de chauvinisme et d’un brin d’égoïsme pour affirmer que ce qui est à soi est à soi. Nous avons notre pinard et nos baguettes, les Etats-Unis ont leur président noir et leurs labels de légende. C’est triste à dire, mais tant qu’il y aura “France” derrière, les noms Def Jam et Motown ne nous ferons jamais vraiment rêver.


2 Commentaires
  1. Cialis le 10 février 2012 à 23 h 46 min

    Hello everyone! I really respect what you’re writing here. Keep posting that way.

  2. Esco' le 13 février 2012 à 23 h 15 min

    Thanks a lot !