La sagesse viendra des cieux...

9th cloud, le plus beau nuage de Marseille

11 janvier 2012 . 2 commentaires
By V for Vincent, in FR Side, Featured

Le point de départ de toute histoire, que l’on parle de conte ou de légende est souvent associé à un incroyable hasard. Une rencontre du destin que l’on ne peut imputer à personne et dont on est le seul et unique témoin. C’est au détour d’un forum que vos tympans auraient pu être délicatement frôlés par l’intelligence et la richesse musicale d’un inconnu… Vous avez surement déjà vécu ce scénario: vous tombez sur une mystérieuse mixtape dans un forum ombragé et dense, dont l’auteur s’est borné à nommer les tracks avec des numéros, et là, c’est la révélation… Mais impossible de mettre un nom dessus…

Bref, quelques semaines plus tard, ayant presque oublié la chaleur qui vous berça, alors que vous vaquez à vos occupations, vous tombez sur un nom qui résonne à vos oreilles: 9th cloud. Vous pensez presque immédiatement à une expression anglo-saxonne ressemblante « I’m on Cloud Nine » évoquant l’extase et le Septième ciel (en anglais, le neuvième nuage). Et lorsque pour la première fois A Monkey in a Yellow Hat réussit à s’insérer dans votre entrée CD vous entendez ces mots…

«Lesson four, an artist in his studio. Répétez chaque réponse aussitôt après avoir entendu le signal de départ… » et ce beat transcendant qui s’enclenche.

Avec un titre qui fait autant penser à l’univers de Lewis Carroll, l’attente d’un monde « à part » se révèle une juste prévision de ce que contient vraiment le disque. « A Blend of The Purest » et sa ligne de basse qui réveillerait n’importe quel jazzman perdu. Attendu dans le pré carré de l’abstract et de son étiquette collante c’est quand il s’en évade le plus que 9th cloud réussit le mieux. Mais ce charmant jeune homme que l’on gratifie depuis tout à l’heure sait également apposer ses différents talents sur d’autres horizons. C’est pourquoi au fur et à mesure des années, 9th cloud va développer son univers, en solo et en équipe !

Qu’il soit seul aux commandes ou accompagné de ses fidèles copilotes, 9th cloud (Fabien Fabre de son vrai nom) est un beatmaker marseillais qui fait difficilement redescendre sa tête des nuages, et vogue depuis plus d’une dizaine d’années avec aisance sur les cieux des musiques électroniques.

Musicien autodidacte très peu conventionnel - mais authentique ingénieur en audiovisuel - 9th cloud compile, triture, digère et s’approprie nombre d’influences venues aussi bien du jazz que du hip hop, sans s’éloigner jamais trop de l’electronica. Même si, plus tourné vers le hip-hop abstract à ses débuts en 2004 avec A Monkey in a Yellow Hat (album unanimement salué par la critique), 9th cloud expose ses attaches avec l’electronica et l’univers minimaliste dès 2006 avec Delicate Sound qui emmène l’auditeur dans une tourmente libre et agréable à l’entrée des portes d’un jazz club New Yorkais où on trouverait par hasard un synthétiseur trônant sans rougir à coté de cuivres poussiéreux.

Touche-à-tout inlassable, il s’est aussi rendu responsable d’incursions plus pop, synthétiques et radicales au travers de projets collaboratifs tels que Bawns en 2006 puis 4ms Latency en 2007.

Là où 9th cloud, seul, disposait ses humeurs au grès des saisons, il y eu une rencontre, une union. Le duo Half a Rainbow sublime depuis ses laptops un concentré de la musique électronique de ces trente dernières années. Nourri par l’Electronica, la Musique Contemporaine et la Cold Wave, Vompleud (Jonathan Gowthorpe de son vrai nom) rencontre 9th cloud, producteur Abstract Hip Hop formé au Boom Bap et au Trip Hop des 90s. Aux interstices de leurs influences respectives prend forme Half a Rainbow qui propose une ré-interprétation libre de notre époque, dans laquelle des références au passé se rejoignent pour être dépassées de manière inattendue et mettre en musique des émotions accidentelles et singulières.

Assumant leurs imperfections et leurs fragilités, les compositions donnent lieu en live à des jeux d’interprétation libres et multiples, en rupture avec les schémas usuels de l’électronique dancefloor retentissante. Leur naïveté apparente rend Half a Rainbow attractif pour l’oreille du néophyte, tandis que l’auditeur aguerri saura reconnaitre une habile complexité. Ajoutez à cela un graphiste pour illustrer le tout (Spazm ou Nicolas Ouvrier) et ça donne un univers visuel autour des années 60-70, appliquant des langages suisses, des formes minimales colorées, pour raconter une histoire et rendre la musique de Half a Rainbow plus scénographique. Les mots deviennent des formes, les formes des mots, et tout ça est parfaitement ludique et hypnotique.

Déjà en fin 2010 avec son EP «Round and Shiny Times», on sentait un tantinet le vent tourner. 9th cloud semblait trouver plus de liberté dans le beat électronique, sans pour autant négliger sa base musicale que constitue le hip-hop. Triturant ses machines, faisant souffrir ses racks, le magicien de la Cannebière prépare l’avenir, à grand pas.

Début 2012, pour 43 sunsets (prévu pour le 20 Janvier), le marseillais 9th cloud embrasse les mentors du hip hop et met les beatmakers en orbite pour une balade bleepée survolant un demain émouvant et robotique. Ainsi durant l’écoute de « You’ll Do The Day » et « 1951 Cloud Outlook », on sera ébahis par la tournure des compositions, rappelant par ci, par là les « feu » Abstrackt Keal Agram ou Prefuse 73 dans un style hip-hop déstructuré mais terriblement entraînant. Pas si éloigné de la maison Warp, 9th cloud distille son electronica à travers des paysages oniriques dont seules les formes sembles réelles.

On a l’impression d’être en compagnie de l’écurie Ninja Tune, tellement les sonorités de 9th cloud sont inspirées des meilleurs élèves du genre (Amon Tobin, Blockhead, Eskmo, Wagon Christ). D’arides paysages en subtiles structures sonores, 9th cloud met la lumière en musique pour éclairer la scène électronique d’une onde personnelle. Vivrevoltant entre electronica, minimal et hip-hop 9th cloud se veut être à l’origine d’une marque de fabrique tout à fait unique: la sienne.

2 Commentaires
  1. Jailbreaker le 11 janvier 2012 à 21 h 39 min

    Comme toujours super article !
    Thnks

    • V for Vincent le 12 janvier 2012 à 10 h 44 min

      Merci Jailbreaker ! 9th cloud mérite amplement qu’on se creuse la tête pour trouver les mots qu’ils faut…