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Le rêve éveillé de David Lynch

19 juillet 2013 . Pas de commentaire
By Marin, in Urban culture

The Big Dream, second album solo de David Lynch, est sorti le 15 juillet. Comment parler de cet album sans parler cinéma ? C’est le non-défi du jour. Lorsque l’on connaît les films de Lynch, on ne peut s’empêcher de les comparer à sa musique. À l’écoute de ce nouvel opus, l’atmosphère de son oeuvre se dessine automatiquement sous nos yeux. De Sailor et Lula à Blue Velvet, en faisant un petit crochet par Twin Peaks. Un night-club de campagne, un motel sordide, une vieille Buick bringuebalant sur des routes désertiques : un abandon total en plein coeur de la nuit américaine. Essai de critique cinématographique de la musique de David Lynch.

L’Amérique des road-movies…

Le postulat de base des ballades folk de The Big Dream pourrait bien être celui du film culte d’Étienne Chatiliez: « La Vie Est Un Long Fleuve Tranquille ». Loin de décrire l’atmosphère des banlieues industrielles du nord de la France, de ces morceaux découlent une lassitude existentielle comparable au titre de ce film. Les morceaux s’étalent en longueur, marqués par un effet reverb omniprésent. Nés en plein coeur du Montana, les Lynch musicien et cinéaste sont fortement marqués par la nature, situés à contre-courant d’une culture ultra-urbaine partagée aux États-Unis entre les côtes atlantique et pacifique. Alors que la scène musicale contemporaine est saturée par l’urbanisme, Lynch nous propose un retour à la country. Un genre plus proche de la culture redneck que du hip-hop. Déjà dans Blue Velvet, le cinéaste s’identifiait au personnage incarné par Kyle MacLachlan, fuyant son bled natal pour aller étudier en ville. L’existence selon Lynch n’est pas l’euphorie généralisée des grandes villes : plutôt la réalité banale d’hommes condamnés à une vie paisible… en surface. Une plongée au coeur d’un pays campagnard, religieux, puritain et rétrograde.

…à travers les dimensions du réel

Notre postulat de base est en fait vicié car au-delà du genre folk, l’album possède une dimension électronique. Et les possibilités de ce genre musical ne sont pas vraiment exploitées pour exprimer la tranquillité. La vision de Lynch au sujet de l’existence est directement héritée de son vécu. De sa connaissance de cette Amérique puritaine qui condamne à mort les criminels et enferme les malades mentaux. Lynch, lui, accepte les paradoxes. Sa réalité oscille entre une dimension superficielle (un cadre) et une autre plus profonde tenant du domaine de l’imagination et du psychisme. Existence paisible en surface que l’on peut musicalement associer à la folk; autre facette d’une existence mécanique que peuvent exprimer les larges possibilités de la musique électronique. Une vision de l’invisible exprimée par la voix modifiée de Lynch : traînante, criarde, mélancolique, détachée du réel. La mélodie de certains titres est souvent atrophiée par des effets sonores oppressants. C’est le cas de « Cold Wind Blowin’ », où se battent en duel la guitare saturée en vibratos et en reverb et les échos terribles de la voix électronique de Lynch. Exprimant le paradoxe de la réalité enfouie d’une existence pulsionnelle, responsable du meurtre, de la folie, du viol. Ultraviolence taboue mais bien réelle. Sujet de la plupart de ses films, imagée par les personnages psychopathes incarnés par Willem Dafoe ou Dennis Hopper.

La musique de David Lynch est plate et désenchantée. À court terme ennuyeuse comme un vieux Bob Dylan, à la longue envahissante. Dans le bon sens. Si un cinéaste n’est pas forcément un musicien, il n’en reste pas moins un artiste avec un point de vue et une philosophie particulière. De ses expériences de vie, David Lynch a retenu l’image fixe d’une nature paisible brouillée par les forces invisibles du coeur, celles qui échappent à la raison. Une vision cinématographique qu’il a su transposer à la musique. Car le lien qui unit les deux supports est l’essence même de l’artiste: expérience, mémoire, ressenti. Il ne fallait pas plus que ces simples attributs à Lynch pour associer le thème de la nature à la folk et celui des pulsions à l’électronique. Contrastant complètement l’esprit folk de la plupart des morceaux, dans une plénitude et un psychédélisme dignes des meilleurs Pink Floyd, surviennent de grands moments d’extase. Une plongée au coeur d’un élément primordial du psychisme des êtres humains : l’imagination. L’expression d’un « Big Dream » qui n’est autre que l’existence elle-même.

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Marin Charvet

@therealslipman

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