London Baby!
La cérémonie des J.O., la pause Bisounours
On avait pourtant l’impression que le monde, passionné par le sport à grande échelle proposé par les J.O. pendant deux semaines tous les quatre ans, n’avait que faire des cérémonies d’ouvertures, un détail face à ce que l’on attend de voir par la suite.
Mais a priori il est de bon goût de dépenser 34 millions d’euros et de recruter Danny Boyle pour 4 heures de spectacles qu’ont suivis au moins un milliard de personnes éparpillées sur toute la Terre. Alors bon, il fallait peut-être étudier d’un peu plus près l’intérêt de l’événement, et en plus ça parle des Beatles.
Visitez Duloc, c’est un monde parfait
Quel joyeux bazar que cette cérémonie britannique. Structurée et organisée parfois de façon un peu étrange, le Royaume-Uni était le parfait candidat pour enchainer après une cérémonie chinoise si impressionnante de rigueur et de folie des grandeurs. Loin de vouloir surenchérir les Londoniens ont voulu rétablir un état d’esprit plus détendu, plus humain. Et dans cet ensemble volontairement imparfait (les danseurs ne sont pas toujours ensembles sur les temps? c’est pas grave!!!) il n’y a pourtant aucune fausse note quant à l’aspect magique et heureux du spectacle.
L’objectif était de passer en revue quatre siècles d’Histoire britannique, on nous montre donc un paysage digne de la conté qui laisse place ensuite à la révolution industrielle, genèse de notre monde moderne. Et c’est tout. Car pour ce qui est de l’aspect historique pur, tout le reste aurait pu fâcher, l’Angleterre restera la plus grande puissance coloniale du monde et en parler alors que la plupart des pays en ayant été victimes vont défiler quelques minutes plus tard aurait été de bien mauvais goût.
Alors logiquement on saute cette étape et on se rabat sur la culture rayonnante, James Bond, Harry Potter, Mr Bean (le nouveau trio gagnant), et bien sûr la pop anglaise. C’est l’avantage quand on fait partie du club des occidentaux, notre culture n’est pas plus riche qu’une autre mais on l’a imposée dans le monde entier donc on peut en parler non seulement sans paumer tout le monde mais surtout en faisant rêver.
Toujours en opposition à la politique zéro défaut de Pékin 2008, on fait ici attention aux détails mais pour désuniformiser le tout. La diversité raciale est bien sûr ultra présente, si bien qu’un des pontes de la révolution industrielle (au XIXème siècle, oui oui) était bel et bien joué par un acteur noir, un monde parfait on vous dit! On peut apercevoir également dans la bande de jeunes qui traversent la musique britannique des années 50 à nos jours, une jeune fille qui danse tout comme les autres mais en fauteuil roulant. Le pompon vient du geste fait envers 500 des ouvriers qui ont construit le stade olympique invités à participer à la cérémonie en tant que témoins du dernier passage de la flammes olympique.
Tu veux la drogue?
Vous l’aurez vite compris, ce monde artificiel fort agréable a des ficelles un petit peu grosses et pourrait pour certains friser le ridicule. « On n’est pas chez les Bisounours ici » est une expression qui vente très peu les mérites d’un monde aseptisé.
Alors pourquoi cette cérémonie ne déchaine pas les passions et ne se trouve pas décriée par la presse du monde entier? La France en tête (et on a pourtant perdu ces jeux de façon un peu amer face à nos amis d’outre manche) ne tarit pas d’éloges au sujet de la performance du réalisateur de Trainspoting. Le célèbre journal L’Equipe la décrit comme « exceptionnelle d’audace, de poésie et d’humour » et c’est pourtant une rédaction qui, on l’a vu, ne se prive pas d’émettre des avis négatifs (Nasri en direct du fond du trou peut en témoigner). Alors comment expliquer, sans mauvais jeu de mot, que tout le monde accepte de jouer le(s) jeu(x)?
Les temps sont durs, surtout en Europe, il suffisait de regarder Anne-Claire Coudray présenter le 20h juste avant l’ouverture des 29èmes jeux olympiques de l’ère moderne vendredi dernier pour comprendre que les Espagnols vont droit dans le mur et que les Allemands ont l’impression de se faire piller. Il n’y a plus de sous et l’on se retrouve très simplement dans la situation du drogué de base. Victime d’une vie miséreuse, elle le devient encore plus lorsque le pauvre ami dépense ce qui lui reste pour s’offrir un voyage hors de la réalité. Le Royaume-Uni qui n’échappe pas à la crise et la déprime médiatique qui va avec, dépense donc, dans l’absolu sans grande logique, des sommes astronomiques pour rêver, s’évader l’espace de quelques heures.
Alors de gros sacrifices (pas seulement financiers) sont faits pour cette dose de bien-être artificiel. On a déréglé Big Ben (qui a sonné à 8H12 le 27 juillet) et on a fait jouer la Reine pour la toute première fois en soixante-neuf ans de règne dans une fiction aux cotés de Daniel Craig. On n’est vraiment pas loin de Requiem For A Dream.
Ce qui pouvait passer au départ pour un joyeux camp de vacances pour tous les sportifs de la terre, se révèle finalement lourd d’un sens sombre et alarmant. Cependant vous êtes autorisés à continuer à vous voiler la face sur la situation est apprécier en toute simplicité le joli travail réalisé par Danny Boyle entre humour anglais et références musicales, vous passerez sans aucun doute un très bon moment. Nos amis british semblent être de mèche avec le comité olympique pour accueillir les jeux à peu près tous les demi siècles (1908, 1948, 2012) on aura donc tout le temps de se rendre compte de la dégradation de notre vieux continent en 2056 lors d’une nouvelle cérémonie.




