Onra, un beatmaker qui monte.

[Interview] Onra - French Musical Invader

14 février 2011 . Pas de commentaire
By crazyhorus, in FR Side, Featured

Depuis son premier album Chinoiseries paru en 2007, Onra est un beatmaker mystérieux qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Plongé dans la fièvre créatrice accompagné de son inséparable MPC 1000, cet artiste mobile trace un sillon musical singulier d’où émanent les influences de grands producteurs comme Madlib, J Dilla ou plus récemment Dam Fûnk. Un style éclatant qu’il s’emploie à distiller à grands coups de basse tellurique mutlichrome lors de ses concerts sur les différents continents. NeoBoto a décidé de revenir sur son parcours et ses projets futurs.

-Avant de parler de tes réalisations, peux-tu nous raconter comment tu en es venu à la production ?

J’y suis venu naturellement en tant que fan de Hip-Hop depuis l’age de 10 ans. J’ai aussi gribouillé quelques rimes quand j’étais plus jeune, puis j’ai acheté ce logiciel hyper cheap qui s’appelait Ejay, qu’on pouvait trouver dans les grandes surfaces… Ça a donc commencé comme un jeu, puis j’ai évolué avec le temps, et j’ai commencé à acheter du matos un peu plus sérieux…

-Quelles sont tes influences musicales majeures ?

Les grands producteurs Hip-Hop que tout le monde connait comme Jay Dee, Pete Rock, D.I.T.C, Premier, Madlib, etc… Eux m’ont inspiré la musique que je fais aujourd’hui et la technique que j’utilise.

-Le rap occupe t-il une place particulière chez toi ?

Bien sur, comme je l’ai dit précédemment, je suis fan de rap depuis l’age de 10 ans, depuis 1990/1991. C’est comme çà que j’ai découvert la musique. Avant le rap, il n’y avait pas de musique, et une fois que j’ai découvert ce genre, il n’y avait rien d’autre qui m’intéressait… Ça a été le cas pendant longtemps jusqu’à ce que je m’ouvre à d’autres styles musicaux via la production.

« Écouter de la musique chinoise pendant des heures et des heures, c’est saoulant »

-Évoquons maintenant ton travail. Beaucoup de gens ont commencé à te suivre grâce à ton album instrumental Chinoiseries (2007). Tu as de la famille au Vietnam il me semble. Est-ce que cet opus possède une saveur particulière pour toi ?

Je n’ai pas de famille au Viet-Nam. J’ai grandi entre la France, la Cote d’Ivoire et l’Allemagne. Je n’ai pas eu non plus d’éducation asiatique, je ne parle pas et avant ce premier voyage, je n’y étais jamais allé. Je dois beaucoup à cet album, même si je suis incapable de l’écouter aujourd’hui, je l’ai fait rapidement, je ne pensais pas que çà allait susciter autant d’intérêt.

-Toujours sur ce même album, tu as samplé de la musique vietnamienne des années 1960-1970, période faste semble t-il, avant que le gouvernement communiste contrôle étroitement la création artistique après la chute de Saigon en 1975 (ndlr : devenue Hô Chi Minh Ville en 1976). Qu’est ce qui te plait tant dans cette musique que la majorité d’entre nous ne connaît peu ou pas du tout ?

Pour la plupart, j’ai samplé des morceaux chinois, de disques chinois, mais édités au Viet-Nam. Il n’y a pas grand chose qui me plaise dans la musique chinoise de cette époque, si ce n’est les sonorités et l’originalité. Il y a énormément de similitudes entre les artistes et les titres qu’ils interprètent, c’est très rébarbatif. C’est souvent les mêmes thèmes et mélodies. Je dois t’avouer que j’ai fait cet album dans la douleur, car écouter de la musique chinoise pendant des heures et des heures, c’est saoulant. Si tu passes un disque de Soul ou peu importe le style musical juste après, tu as l’impression que c’est le plus beau morceau de tous les temps.

-J’imagine en effet. En 2010 tu as sorti Long Distance. Un projet à des années lumières du précédent. Comment est né cet album ?

Il a commencé avec le morceau « My Comet » qui est sorti au printemps 2008, j’ai dit au label à l’époque, que je travaillais sur un album complet dans la même vibe, et Long Distance est sorti deux ans plus tard.
J’ai des gouts musicaux hyper éclectiques, je ne veux surtout pas qu’on me catégorise dans un sous-genre. Je suis un producteur Hip-Hop aux multiples influences.

-On a aussi fait quelques rapprochements avec Dam-Funk et son électro-funk largement inspiré par le boogie funk des années 1980 et ses grandes figures comme Leon Sylvers III, Zapp ou The Gap Band. De ton côté tu as samplé des artistes comme S.O.S Band ou Carol Williams. Es-tu un mordu de cette période musicale très marquée par ses sons synthétiques ? Quels sont tes gouts en la matière ?

Oui j’adore ce style là, tout comme j’adore d’autres styles complètement différents. Même si j’ai eu l’occasion de m’y intéresser il n’y a qu’à peu près quatre ans. Je suis tout de suite tombé sous le charme. Des groupes comme SOS Band, Change, Zapp, Cameo, BB & Q Band, Kashif, Howard Johnson, Midnight Star, etc. Il y en a des tas..

-Tu es d’ailleurs bien entouré : Reggie B, Olivier Daysoul, Buddy Sativa, Walter Mecca et T3 de Slum Village. Comment es-tu rentré en contact avec ce dernier et pourquoi un membre de Slum Village ?

Je suis fan de Slum Village, j’aurais aimé travailler avec n’importe lequel des trois membres originaux. J’étais en contact avec lui sur Myspace, je l’ai recontacté, çà s’est fait très rapidement et très brièvement.

-Tu es quelqu’un qui voyage beaucoup il me semble, quel est ton meilleur souvenir de concert ? Où est-ce que le public est le plus réceptif à ta musique ?

J’adore jouer en Pologne, c’est là où le public est le plus réceptif. Je reviens d’une tournée américaine de six semaines, et c’était également très intense.

-Peux-tu nous parler de tes futurs projets ?

Je travaille sur Chinoiseries 2, qui sortira dans quelques mois, après je ne sais pas, j’ai pas mal d’opportunités, pas mal de projets que j’ai déjà commencé…

-Avant de terminer, pourrais-tu nous dire ce que tu écoutes en ce moment (nouveautés ou non, toutes musiques confondues) ? Quelle est ta dernière claque musicale ?

Tame Impala, un groupe de rock australien qui a sorti un album cette année, intitulé Innerspeakers (Modular Recordings, 2010). Çà, çà m’a vraiment mis une claque.

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