Fisto répond à nos questions pour la sortie de son premier album.

[Interview] Fisto, dans le viseur de Neo Boto

8 novembre 2010 . Un commentaire
By Esco', in FR Side

Fisto, rappeur stéphanois et lauréat du concours « Max de 109 » en 2003, sortait il y a moins d’un mois son tout premier album solo, intitulé Futur Vintage. Entre les concerts et la promotion du disque, l’artiste s’est accordé un moment pour répondre à nos questions.


Après avoir gagné le concours « Max de 109 » sur Skyrock, Sony t’ouvre ses portes. Manque de pot, tout ne se déroule pas comme prévu. Comment as tu vécu ce bond soudain entre label indépendant et major ?

Ca a été assez particulier. J’avais 25 ans, je faisais partie d’un groupe qui s’appelait Cinquième Kolonne, on avait un parti pris très sombre, très dur vis à vis des majors. En participant à ce concours, je ne cherchais pas à finir dans les finalistes mais à gratter un peu d’exposition médiatique, de la visibilité sur mon nom. Un peu en mode « Cheval de Troie », très naà¯vement quoi. Et, très vite, « Juste un Loser » est plébiscité par les auditeurs et je me retrouve exposé aux yeux du grand public avec ce morceau, avec l’image du rappeur rigolo ou du mec qui a baissé son froc»¦ Bref, pas évident à gérer ce grand écart ! Avec le recul, je ne regrette pas ce choix, même si ça ne s’est pas concrétisé comme je le voulais.

Ca fait quoi de devenir célèbre en chantant « Juste Un Looser » ?

C’est plutôt un paradoxe c’est vrai… Au final, je ne suis peut-être pas tant que ça un looser du coup ! J ai toujours été attiré par les anti-héros et dans le monde du rap o๠l’on a tendance à faire la compétition pour savoir qui a le plus gros beat ou les meilleurs feat, je trouve ça important que l’on fasse preuve de temps en temps d’un peu d’autodérision et de recul.

Si je te dis 18 octobre 2010, qu’est ce qui te passe par la tête ?

La sortie de Futur Vintage, mon premier album solo !

Ce premier solo, intitulé Futur Vintage donc, sonne comme l’aboutissement d’une carrière de dix ans ponctuée de collaborations diverses. Dix ans, c’était le temps nécessaire pour accomplir le grand saut ?

Oui, j’ai pris mon temps, depuis Cinquième Kolonne, Skyrock, en 2004… J’ai participé à beaucoup d’albums, fait des feat, des compil, j’ai monté aussi un groupe de Hip Hop acoustique qui s’appelait Sofa So Good avec lequel j’ai tourné trois ans, j’ai fait du théà¢tre en tant que comédien, une tournée en Chine de trois semaines, une création en Mongolie… Je n’ai pas chômé quoi ! On a commencé à taffer en 2008 avec Soul Square, ça nous a pris un an de taf, plus ensuite les démarches pour essayer de trouver un label, la décision de sortir un maxi avant, tout ça a retardé encore la sortie bien sur. Après, comme tu dis, c’est un aboutissement, la somme de toutes ces expériences qui font que cet album sonne comme il sonne. Je n’aurais pas fait le même il y a trois ou quatre ans ! Ensuite, je pense que je n’avais pas les épaules pour assumer pleinement un album jusqu’à il y a trois ou quatre ans.

Ton album est introduit par une réflexion philosophique du Roi Heenok. C’est un sample vocal ou tu as réellement rencontré le grand gourou québécois ?

C’est un sample, et une private joke avec PermOne, le producteur du morceau.

Côté musique, ce morceau (baptisé « Futur Vintage » justement) contraste totalement avec le reste du disque. Sur quoi as tu souhaité insister en mettant ce titre « en quarantaine » musicalement ?

On a voulu ouvrir le disque avec ce morceau, dans une vibe plus électronique, plus « Detroit » que « New York ». Déjà parce que c’est le titre qui donne son nom à l’album, et qu’il dénote du reste du disque musicalement parlant. Je voulais surprendre les gens aussi avec cet album, aller là o๠l’on m’attend évidemment, mais pas seulement. De la même façon que j’ai voulu ne pas avoir de feat français sur ce premier album, pour ne pas aller là o๠l’on m’attend, ne pas proposer quelque chose de trop évident.

Quand on écoute ton disque, on a l’impression de découvrir un mec relax, « à la cool » comme l’on dit. Cet album, c’est toi ?

Bien sur, c’est moi, je ne triche pas. Bien sur je « mets en scène » ma vie sur disque, sur scène, mais ca reste une partie de moi. Ensuite, j’ai 30 piges, pas mal de projets qui m’ont constitué, je pense que j’arrive plus apaisé que quand j’avais 25 ans.

En vérité tu n’es pas complètement seul sur cet opus. Othello du groupe Lightheaded et Raashan Ahmad, notamment, posent sur ton projet. Comment se sont passées ces connexions entre Saint-Etienne et les Etats-Unis ?

Tu oublies aussi Dajla, la chanteuse, et Dj Format qui remixe un titre sur le maxi. Othello ça s’est fait par internet, par contre Raashan Ahmad on a échangé des mails puis on s’est rencontrés en France lors de sa tournée, on a joué ensemble plusieurs fois, shooté un clip»¦ C’est devenu un pote ! Ca fait partie des MC’s que j’affectionne pour leur coté humain, quand tu les entends rapper tu sais qu’ils kickent avec le sourire quoi.

Il y a un gros côté retour aux sources sur ce disque : scratches, dialogues de films, samples multiples, jazz feutré etc. Soul Square et DJ Atom ont assuré l’ensemble de la production, comment définirais tu leur travail et votre collaboration en général sur Futur Vintage ?

Pour moi c’est autant leur album que le mien ! Ils ont joué un rôle important dans la cohérence du disque, l’unité. Même si j’avais le choix final, ils avaient leur mot à dire sur la réalisation. Et DJ Atom m’a vraiment aidé à me dépasser. On a fait l’album chez lui, à Nantes, dans son home studio. Je participais au choix des phrases à scratcher, aux orientations données au mix, c’était un vrai travail en binôme. Ce que j’ai kiffé à la base chez Soul Square c’est que leur son représentait un peu la synthèse de plusieurs éléments musicaux de ma carrière : le coté boombap, scratches, samples de Cinquième Kolonne et le coté jazz feutré, mélodique, de Sofa So Good. Du coup, c’était le terrain de jeu idéal pour moi.

Dis moi, la chanson « Lettre De Non Motivation », ça ne serait pas un « Juste Un Looser » version 2010 ?

Un peu… Je me suis retenu longtemps de faire des morceaux cyniques, avec de l’auto dérision pour ne pas encore une fois être associé à « Juste un looser ». Puis, au milieu du processus d’écriture de l’album, j’ai eu un déclic, j’ai pondu quatre/cinq morceaux dans cette veine et ça m’a débloqué, tout comme ça a apporté de la fraicheur aux thématiques traitées. Atom et Arshitect de Soul Square m’ont beaucoup encouragé à revenir avec des textes avec de l’humour. C’est vrai que c’est un peu ma marque de fabrique, mais j’ai mis du temps à me détacher de la peur du regard des gens : « Ah tiens, il nous refait un morceau marrant ». Avec le recul, je crois que c’est une facette de mon style.

Si tu devais garder un seul morceau, lequel choisirais tu ?

Dur de choisir. Je suis attaché à beaucoup de morceaux, même si c’est souvent difficile de réécouter mes disques après coup. Et puis ça dépend des moments. Tout de suite, je dirais « Music », qui reste associé à un moment précis de ma collaboration avec Atom. On avait fait plein de versions de ce track, sans être convaincus, et là le moment magique : je revenais de Chine, j’avais tourné trois semaines, j’avais le texte et le flow bien en tête. Atom branche le micro et les amplis, je fais chauffer ma voix»¦ et bam ! En one shot, c’était la bonne prise. C’est aussi le premier track o๠Atom a fait des scratches. Quand il a commencé à taffer ce refrain scratché, je me suis dit « Ah ouaaaaiis ! Merde ! « .

Le futur t’effraie t-il ?

Pas forcément. Il m’effraie beaucoup moins qu’avant, je pense être plus en phase avec mes aspirations aussi. Après, comme tout être humain, j’ai une appréhension quant à la vieillesse, la mort, mais je crois qu’au final « le coté obscur » qui m’a habité longtemps a perdu du terrain. J’essaie de vivre pleinement ce que je vis, puisque souvent la peur du futur peut occulter les moments heureux du présent. Ensuite, je ne suis pas forcément très optimiste non plus quant à l’issue de notre civilisation. Je pense qu’on arrive à une fin de cycle.

Puisqu’on a « One life to live » et que l’on va tous mourir demain, quels seraient tes derniers mots ?

Restez curieux et ouverts !

Fisto, Futur Vintage, album disponible dans les bacs partout en France, et sur Itunes, Amazon à partir du 9 novembre 2010.

http://www.myspace.com/therealfisto

http://www.facebook.com/fistooner

http://fisto.bandcamp.com/

Un Commentaire
  1. Nico le 10 novembre 2010 à 21 h 59 min

    Fisto a clairement sortit l’un des albums de l’année, sans aucune doute.
    Interview impeccable en tous cas, on espère en lire d’autres du même accabit!