James Delleck nous parle de sa vision du Hip Hop.
[Hip Hop by...] James Delleck
Rappeur reconnu au sein du groupe « alternatif » Le Klub des 7, James Delleck trace, depuis quelques années maintenant un parcours solo atypique. Pour ce « Hip Hop by»¦ » premier du nom, l’artiste a pris sa plus belle plume pour nous parler, sans concessions, de son art de prédilection.
« C’est un mouvement socioculturel né en Amérique à la fin des années 80 etc etc ». Héhé non je déconne, je ne suis pas Wikipédia !
Le Hip Hop est considéré comme une « culture » parce qu’englobant plusieurs disciplines (le graffiti, la musique, la danse, les vêtements, le DJing, le Beatbox etc) mais chaque pays, à des périodes bien différentes, a assimilé tout cela. Le Hip Hop français n’est pas le Hip Hop américain, ni celui d’Amérique du sud, ni celui d’Angleterre. En France, pour moi, l’esprit pluridisciplinaire du Hip Hop n’était là que dans la première partie des années 90. Nous ne sommes donc pas une nation Hip Hop comme souvent les gens aiment à le penser. Nous sommes une nation de « rap français » !
Je m’explique :
Très vite des codes intrinsèques à la France sont venus parasiter l’état d’esprit Hip Hop original d’Africa Bambaataa (partage, entraide, expérimentation, peace, unity, improvisation). Pour plein de raisons qui pourront être analysées par un sociologue que je ne suis pas (exemple : nos banlieues). Quant à aujourd’hui, je défis quiconque de me prouver le lien d’affection artistique entre un grapheur, un rappeur français, un beatboxer ou un danseur. Tout le monde travaille dans son coin et n’a, en aucune manière, l’impression d’appartenir à une grande famille, celle du Hip Hop français. Je veux démontrer par là qu’en France, le Hip Hop n’existe pas. C’est le « Rap Français » qui existe !
L’exercice du « Hip Hop by»¦ » est donc de parler de « mon » parcours là dedans»¦
Issu de Vitry-sur-Seine, en bon adolescent que j’étais, cette culture nouvelle, contestataire et rebelle m’a tout de suite happé à la fin des années 1980. J’ai donc commencé à danser, puis à tagger un peu, puis très vite à rapper à l’à¢ge de 15 ans, en 1989/1990. Puis, 10 ans plus tard, fin 1990, tout cela tournait en rond. Le sampling qui est pourtant la base du rap était sclérosé.
Il y avait des trucs qui se samplaient : le Jazz, la Soul, le Rhythm & Blues et il y avait le reste que l’on ne touchait pas, parce que c’était « de la merde » (la Pop, le Rock, l’Electro etc). A cette époque, ce conformisme m’avait gonflé au point de me tourner vers de la musique plus électronique. Exemple, en 1999, je suis le premier rappeur a avoir sorti un maxi sur lequel j’avais un titre (« D-teck-T ») o๠un rappeur français posait sur de la Drum and bass ! Depuis, je n’ai jamais cessé d’être libre et de prendre MA liberté. Pas de barrières de thèmes, ni de compositions, ni d’image, ni d’humour, ni de clip !
Mon parcours l’atteste. Je suis un mec issu du Hip Hop qui maintenant fait de la musique en rappant (ce qui est très différent). Je ne ressemble à presque plus rien d’un rappeur, puisqu’être rappeur en France, dans l’imaginaire collectif, c’est être une « caillera » qui montre ses muscles, crachant par terre avec ses potes de cité en parlant fort avec un accent sensé accentuer leur virilité. Ils ne parlent que de braquages, de putes, avec des « H » aspirés pour se différencier du bon français. Tout est trop sérieux, trop premier degré, sans recul sur la vie. Ce sont des caricatures vivantes. Attention : certains font de très bonnes reprises de sons américains, et ça sonne bien. Mais je ne veux pas être un suiveur, attendant la dernière tendance venue des States. Mon Hip Hop, tel que je le conçois, expérimente, mélange, invente, innove, bouscule, provoque !
Le rap français ? Une soupe mélancolico-américano-dirty south avec une touche d’eurodance auto-tunée. Non non, c’est un fait : je ne fais plus partie de cette famille depuis bien longtemps. Je suis un cousin éloigné ayant crée une nouvelle lignée en laissant la consanguinité misogyne du rap français s’auto-reproduire pour mieux s’abrutir. Ce style de musique n’est dédié en France qu’aux 12/18 ans. C’est si réducteur et tellement plus beau et difficile de vouloir parler à tous. Dans le fond, ou dans la forme, je n’ai plus rien à voir avec ça. Ma base est celle du Hip Hop, et je ne la renie pas, mais cette mascarade informe je n’en suis plus. Je suis rentré en dissidence pour me retrouver en 2011 avec MA musique. Quel bonheur ! J’ai creusé mon sillon « rap alternatif » dès 2000 avec d’autres artistes qui me doivent et à qui je dois aussi beaucoup. Un parcours initiatique qu’on fait des gens comme Oxmo Puccino, Disiz, TTC, La Caution ou Svinkels par exemple. Ils ont LEURS musiques. àŠtre singulier est une qualité honteuse dans nos sociétés modernes et assimilatrices. J’essaye humblement d’avoir toujours cette même démarche en me levant le matin. Maintenant, je ne fais plus de beats ou de lyrics mais des textes qui forment des chansons. Je fais des chansons, des mélodies, des gimmicks, des textes, des refrains, simplement de la musique. Et c’est sà»rement dans ce bac là que vous trouverez mon prochain album, L’Impoli, en 2011.
J’en suis au stade de ma progression musicale o๠après avoir beaucoup compliqué mes compositions (Le Cri Du Papillon), je me tourne actuellement vers quelque chose de plus épurées. J’ai essayé comme un peintre de simplifier mon trait, de ne garder que l’essentiel. D’avoir une simplicité imparable, sans fioritures superflues, autant dans mes textes que dans mes nouvelles musiques, sans mots compliqués ni beat sur-triturés.
Pour moi le Hip Hop c’est juste un vieux pote que je continue à aimer de loin malgré ses défauts. Il est comme une meuf qui ferait toujours les mêmes erreurs héhéhé. Je ne suis plus d’accord avec lui parce qu’il tourne en rond artistiquement et socialement mais ça ne nous empêche pas de nous revoir encore autour d’un coca.
James Delleck





James, je t’aime.
Il sort quand ton disque, parce qu’il faudrait que je l’ai vite…
Le disque est prévu pour la première moitié de 2011. Entre janvier et mars probablement.
Pour patienter, voici le premier clip : « Ta Gueule » !
http://www.dailymotion.com/video/xdq45n_clip-ta-gueule-de-james-delleck_music
Une interview de James comme on les aime. C’est tout toi tout ca!
Et qu’est ce que je suis d’accord avec toi ! Merci
comme si tu pouvais comparer le hip hop à une meuf…. nonmais ça vas pas….