La trilogie qui fait mal

Francis Ford Coppola est-il un vieux con?

16 avril 2012 . 3 commentaires
By Sipowitz, in Featured, Urban culture

Attention c’est tout de même de celui qui a mis en images le fait d’envoyer une tête de cheval sur un plateau en guise d’avertissement dont nous parlons. En effet Francis Ford Coppola a réussi à capter un respect éternel qui traverse les générations pour avoir réalisé les 3 films du Parrain et en a rajouté une couche avec Apocalypse Now. Seulement voilà nous voici en 2012, il est toujours vivant, toujours actif artistiquement, mais méconnaissable. Il présente cette année son dernier film Twixt qui passe, comme les deux derniers, presque inaperçu car peu distribué. Il revendique que c’est un choix de sa part laissant aux oubliettes l’homme que l’on traitait de mégalomane pour ses entreprises insensées et démesurées. Il fallait éclaircir cet étrange phénomène, plus mystérieux que son film lui-même.

Quand on est con, on est con

L’homme et cerveau à l’origine d’en tout 4 films à énorme budget et à la promotion qui n’aura pu échapper à personne fait aujourd’hui des petits films très peu couteux et autofinancés. Jusque là tout va bien comme dirait l’autre, nous faisons face à un revirement de situation intéressant à analyser. Et pourtant quelle n’est pas notre surprise lorsque l’on prend le réalisateur qui fait aussi affaire dans le milieu du vin à critiquer voire mépriser les films de studio actuels. Selon lui ces projets commerciaux ne sont plus bons qu’à faire des remake et ont perdu toute créativité. On se rapproche dangereusement de la zone du « c’était mieux avant » des vieux hommes réactionnaires.
On se rend compte que le cas est plus grave que prévu lorsque l’on découvre que comme tout vieux con qui se respecte il semble mal gérer un traumatisme vécu durant sa jeunesse: Il affirme que finalement les seuls décisionnaires d’un film sont ceux que le financent. La solution est simple, Francis décide de financer lui-même ses films comme ça plus de problèmes, il fait ce qu’il veut, mais dans son coin. Il n’est même pas envisageable de comparer le nombre de spectateurs du Parrain avec celui de Tetro son précédent film. Il partage moins, il parle aux initiés. Il veut faire des films d’avant-garde, revenir à ses débuts et renie l’exposition médiatique à outrance.
Il fait d’ailleurs un pied de nez à ses collègues Cameron, Spielberg et autres Scorcese en utilisant la 3D pour Twixt mais seulement dans deux scènes. Ce qui le dérange dans cette technologie ce sont les lunettes 3D qu’il doit juxtaposer avec ses lunettes de vue. Il raconte clairement que lors de son visionnage d’Avatar il ne mettait les lunettes que quand la 3D lui semblait bien utilisée et justifiée. Mais faites taire se rabat-joie!

Il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis

Comme on est toujours le con de quelqu’un d’autre, NeoBoto va ravaler sa fierté et tenter de trouver des circonstances atténuantes au gros réalisateur. Il s’avère que le cas ne soit pas complètement désespéré puisqu’elles n’ont pas été trop difficile à trouver. En effet, le viel homme semble savoir réfléchir et surtout prendre du recul sur son œuvre. Ses agissements non pas uniquement dictés par un rejet irrationnel du progrès, étaient calculés de longue date. L’Homme Sans Age, Tetro et Twixt ses trois derniers films après 10 ans d’absence forment en fait une trilogie à la démarche bien réfléchie.
Sa longue absence des salles de cinéma au début des années 2000 traduit tout simplement qu’il ne trouvait pas sa place dans l’industrie du 7ème art. Refaire un film à gros budget ne l’intéressait pas par peur de répétition et d’une trop grande attente du public. Il a donc laissé sa petite se faire un (re)nom et hop le revoilà avec 3 films presque cachés, comme s’il ne voulait pas qu’ils marchent. En fait pas du tout il les veux extrèmement personnels, les thèmes de la perte, du temps qui passe y sont omniprésents.
Ironiquement il n’est plus (ou moins, n’exagérons rien) vu comme un réalisateur à succès et annonce, alors que le fourbe l’avait prévu depuis un bon bout de temps, qu’il s’apprête à se relancer dans un projet de film plus ambitieux, qu’il ne pourra peut-être pas financer lui-même. Mais ça ne sera jamais le Parrain parce qu’il aura fait ces 3 fameux films entre temps.

S’il y a de la connerie en Francis Ford Coppola, elle est moins préoccupante que l’on aurait pu le penser. Ravalez donc votre haine que l’on avait habilement suscité en vous, notre homme n’a eu qu’une petite crise de la soixantaine qui lui a permis de reculer pour mieux sauter. Par pur égoïsme et en tant que consommateurs d’art et de divertissement, prions donc pour que son cœur surement trop fragile tienne jusqu’à ce qu’il puisse nous offrir son nouveau grand film, ainsi que pour qu’il évite le syndrome Terrence Malick (plus communément connu sous le nom du syndrome « j’ai voulu faire le film de ma vie et personne ne pouvait rien y comprendre »). Amen.


3 Commentaires
  1. 1/2 roussos le 17 avril 2012 à 11 h 31 min

    Un article un peu trop réducteur à mon goût…
    Comment peut-on critiquer la démarche actuelle de Coppola sans parler de ses énormes difficultés financières et de son endettement colossal dans les années 80 ?
    Coppola ne fait pas une crise de la soixantaine. Sa carrière a simplement été pourrie par le système américain pendant 20 ans et il a compris qu’il ne pourrait rien faire de convenable avec eux.
    La qualité de ses films, c’est un autre débat. Mais sa démarche est courageuse et surtout exemplaire car contrairement à d’autres il n’a pas vendu son cul !

  2. Julien le 17 avril 2012 à 14 h 16 min

    ceci-dit je reste assez d’accord avec les idées de Coppola quant au cinéma actuel avec la 3D et tout le reste. entre Avatar, les Star Wars revisités, Titanic, Alice au Pays des Merveilles, les derniers Resident Evil etc.. il y a de quoi crier à la connerie commerciale. et à la connerie du public.
    ce ne sont pas les Twilight, les Projet X, les Intouchables, les Marsupilami, les La Vérité Si Je Mens 3 etc qui vont sauver cette image.
    quant on voit que des films comme Aux Yeux de Tous et autres, en chient comme des chiens pour trouver des salles de proj’ malgré les très bonnes critiques de la presse spécialisée ou de la télé, je trouve l’avis de ce cher Francis Ford Coppola bien réaliste malgré tout ce que l’on pourra en dire.

    très bon article soit dit en passant.

  3. Julien le 17 avril 2012 à 14 h 17 min

    quand* aha