Une certaine idée du palmarès parfait

Festival de Cannes : un palmarès pour les gouverner tous

17 mai 2013 . Un commentaire
By Esco', in Urban culture

Des kilos de poudreuse (dont deux rien que pour notre Beigbeder national), 8 000 litres de champagne, des dizaines de 95/D pour un total cumulé de 208 de Q.I., une Miss Météo plutôt fraîche et au milieu de ces sodomites mondains, quelques films. Mais quels films. Une bonne brochette d’habitués de la Croisette, mais une sélection étonnement pop et excitante. Tout ça avec Steven Spielberg comme président du jury, lui qui n’est pourtant pas un adepte du festival compte tenu de son cinéma trop peu élitiste pour nos petits intellos. Cannes 2013 semble un grand cru, un constat que l’on pourra confirmer ou non lorsque toutes ces petites sucreries auront déferlé sur nos écrans. En attendant, voyage dans la filmographie de nos petits chouchous de cette édition et tentons de dresser un palmarès de rêve.

Palme d’Or
Barton Fink, Ethan et Joel Coen, 1991

Palme d’or, Prix de la mise en scène et le Prix d’interprétation masculine pour John Turturro. Un trust des prix jamais vu et qui aura poussé Gilles Jacob, le responsable du festival, a interdit le cumul des récompenses pour un même film. De quoi peut bien parler le chef d’œuvre des Coen ? L’angoisse de la page blanche ? Le snobisme des intellos ? Une réflexion sur la culpabilité dans la religion ? Plus de deux décennies après, toujours aucune réponse. Mais une certitude. Barton Fink est un mètre étalon de plongée infernale dans un esprit labyrinthique, tout ça par la grâce d’une mise en scène totalement mentale. Quelques pieds au dessus de Shining, qui était pourtant déjà sacrément haut.


Grand Prix
Pusher 2
, Nicolas Winding-Refn, 2004

Le sommet du papa de Drive et Bronson. Sans Gosling, mais avec Mads Mikkelsen, brute épaisse au grand cœur. Avec la trilogie Pusher, le danois ausculte de manière quasi documentaire le monde du crime de son pays, venant titiller les mythiques films de gangster de Coppola ou Scorsese. Le deuxième volet du triptyque, drame shakespearien, vient creuser au plus près de l’humain et de son aliénation aux valeurs inculquées par son environnement. Tuer le père pour devenir un adulte, assumer ses responsabilités de chef de famille en reniant tout ce qui nous a construit, autant de thèmes imprimés sur la pellicule par un Winding-Refn qui ne fait ici que parler de lui et de son cheminement de réalisateur. Toucher du bout de doigts l’absolu en parlant de soi, la marque des grands.

Prix de la Mise en Scène
Paolo Sorrentino pour Il Divo, 2008

Le réalisateur le plus rebelle et rock and roll du moment et par la même le petit chouchou de Thierry Frémaux, le programmateur cannois. Prix du jury en 2008, nous décidons de lui accorder le prix de la mise en scène. Une réalisation virtuose, qui colle aux basques de feu Giulio Andreotti, homme politique inoxydable impliqué dans un nombre incalculable de scandales en Italie. Une idée à chaque plan, une caméra virevoltante et des incrustations à l’écran, Sorrentino fait de son film politique un mix entre cartoon et western. La politique comme chasse à l’homme permanente et jeu de faux-semblants. On attend la version française.


Prix d’interprétation féminine, et masculine

Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw et Joaquim Phoenix pour Two Lovers, 2008

Prix de gros pour ce casting foudroyant, trois acteurs magnétiques au sommet de leur art. Un James Gray qui délaisse pour la première fois le polar pour adapter Les Nuits Blanches de Dostoïevski et son canevas de mélo séminal. Un Joaquim Phoenix qui transperce la pellicule de sa fragilité, perdu entre le grand amour qu’il ressent en vain pour Paltrow et la facilité d’une relation arrangée avec Vinessa Shaw. Un film baigné de spleen, hanté par le suicide et la confrontation entre la raison et la passion. On souhaite bien du courage à Marion Cotillard pour relever le gant dans The Immigrant.

Prix du scénario
Robert Towne pour Chinatown de Roman Polanski, 1974

Oscar du meilleur scénario pour le néo-noir qui prend un malin plaisir à faire de ce bon vieux Jack Nicholson un punching-ball vivant. Intrigue tortueuse, paranoïa galopante, femmes fatales affolantes et détective cynique, tous les codes du noir sont passés à la moulinette de la machine Polanskienne. Une vision dépressive, déceptive de l’amour et des relations humaines comme seul le polar sait si bien les brosser.
On parie que son film en compétition, Le Vénus à la fourrure (huit-clos dans un théâtre parisien avec Amalric et Emmanuelle Seigner pour héros), risque d’être beaucoup moins funky.

Prix du Jury
Alexander Payne

Un jury qui récompense l’ensemble de l’œuvre d’Alexander Payne. Malheureusement pour lui, son cinéma doux-amer et ses chroniques légères mais touchantes ne sont pas un genre très prisé de Cannes et il risque de rester un moment absent des palmarès. Un oubli réparé avec notre trophée à nous qui récompense l’un des derniers grands moralistes des Etats-Unis. Monsieur Schmidt, Sideways ou dernièrement The Descendants, soit autant de personnages attachants dont le cheminement personnel viendra dire des choses profondes sur le genre humain et les dérives de notre société.
Road-Movie en noir et blanc prenant le pouls de l’Amérique profonde, son Nebraska risque d’être un moment fort de la compétition.

Un Jarmush qui s’essaie au mélodrame vampirique (Only Lovers Left Alive), un Sorrentino qui fait montre d’une ambition folle dans sa peinture d’une Rome spectacle de la décadence et de la chute inexorable de notre système (La Grande Bellezza) et un Alexander Payne creusant toujours plus loin ses obsessions avec Nebraska, les raisons de s’enthousiasmer sont légions. Une infime chance de récompense mais une attente monstre pour le Only God Forgives du duo gagnant de Drive Winding Refn/Gosling qui s’annonce comme un monument de revenge movie Hardboiled, une déflagration filmique qui va définitivement poser le papa de Bronson comme le tonton du cinéma mondial. Beaux sujets, même sensibilité classique que Spielberg et des acteurs d’exceptions, les deux grands favoris de cette édition sont le mélodrame historique de James Gray (The Immigrant) et le biopic Folk des Frères Coen (Inside Llewyn Davis). En espérant que le grand Steven ne nous offre pas une Palme chiante comme la mort dont Cannes a le secret.

- Tranquillo Barnetta -

Un Commentaire
  1. Cook le 17 mai 2013 à 20 h 58 min

    Excellent article ! Et la chute avec tranquillo barnetta! :)