Neo Boto revient sur l'affaire
Edito #57 : Le duel entre Rap Genius et Google

Il n’est jamais bon de jouer avec Google. Grand gourou du web, la société de Larry Page et Sergey Brin est une autorité au pouvoir indiscutable. D’un intérêt devenu géopolitique, la société californienne est devenue une des nombreuses représentations de la puissance américaine. La théorie du triangle d’or et le jeu du référencement lui ont donné les clefs en main afin de faire la pluie et le beau temps sur les internets. Et lorsqu’il s’agit de clouer le bec à des sociétés montantes et naviguant dans des eaux troubles, sachez qu’elle a toujours son mot à dire, ainsi que les outils pour le faire.
C’est la triste leçon qu’a du en tirer Rap Genius, le site web se définissant tel le « Wikipedia du rap » bien que sa fonction ait aujourd’hui dépassé l’explication des textes de rappeurs. Avant d’aller plus loin, il faut garder à l’idée que le référencement est un jeu de requins. Toutes proportions gardées, on est pas loin du Loup de Wall Street. L’objectif étant d’arriver à la première position des résultats de la recherche de Google afin d’amener un maximum de trafic vers un site internet. Ainsi les pratiques vertueuses se font rares et tout se joue au tirage de maillot et aux coups de coude à l’insu de l’arbitre. Et il est clair que le dieu Google, aussi omnipotent soit-il, ne voit pas tout.
Si Rap Genius a aujourd’hui cette renommée, c’est par le biais d’alliances avec différents blogueurs musique et autres sites de partage. À leurs débuts, les administrateurs du site faisaient en sorte de faire relayer leur contenu par des plate-formes de partage bien ciblées telles que NahRight, HipHopDX ou encore Rap Radar. Le concept est simple. Il ne s’agit ni plus ni moins qu’un échange de liens bénéficiant aux deux partis. D’un côté les plate-formes de partage et blogueurs gagnent en qualité en proposant des explications aux morceaux évoqués dans les articles, et de l’autre côté Rap Genius gagne en exposition. Une pratique courante sur le web dont les experts du SEO (optimisation vis-à-vis des moteurs de recherche) vantent les mérites.
Un business tout à fait honnête et qui ne lèse personne, mais dont l’efficacité est limitée tant que l’on ne franchit pas les barrières du « politiquement correct ». Et c’est précisément l’erreur qui a été commise. Dans le cadre d’un développement encore plus prononcé de leur audience, les administrateurs ont lancé le programme « Rap Genius blog affiliate » proposant à n’importe quel blog de s’associer à eux. Le programme, instauré dans un but purement promotionnel, est dans les faits très peu regardant quant au contenu proposé sur les blogs. Exemple avec cet article sur Kendrick Lamar à la fin duquel on retrouve la tracklist de l’album de One Direction.
Une pratique qui passait complètement inaperçue aux yeux de Google, jusqu’à ce qu’un « collaborateur » ne décide de tout balancer. Le web-entrepreneur John Marbach, très curieux d’en savoir un peu plus sur ce programme d’affiliation répond présent à l’appel de Rap Genius. Après un court échange de mails, il dévoile ce qu’il appelle la « supercherie » sur son blog. S’en suit une enquête de la maison-mère, et une sanction qui tombe sans autre forme de procès. Rap Genius perd le sacro-saint classement en tête des résultats de recherche et se retrouve directement largué à la sixième page.
Un joli cadeau de Noël dont les Genius se seraient bien passés. En pleine période de fêtes, ces derniers établissent une liste de liens affiliés à Rap Genius afin d’en faire le ménage et de revenir blanchi auprès du moteur de recherche. Avant nettoyage, cette liste comptait tout de même plus de 170 000 références, ce qui donne un aperçu de l’immensité de l’opération. Plus de 3 000 pages affiliées supprimées à la main plus tard, Rap Genius se retrouve en tête des recherches de Google, comme si rien n’était jamais arrivé. Serait-ce ça, la magie de Noël ?
________________
Arnaud Sommie
@somesta





