Printemps Turc ?

Edito #27 : Le soulèvement du peuple turc

3 juin 2013 . Pas de commentaire
By Arnaud, in What else ?

Reconnue comme l’une des plus belles villes du monde, Istanbul fait en ce moment face à ses problèmes d’urbanisation. Anciennement Byzance puis la prestigieuse Constantinople, la métropole turque ne cesse de changer de visage au fil du temps. Les quartiers d’affaires évoluent et occupent de plus de place, souvent au détriment des espaces publics. Un constat que les habitants prennent très à cœur et qui vaut de nombreuses critiques et mécontentements à l’égard du gouvernement. Ainsi tout a commencé.

Depuis plusieurs jours maintenant, la Turquie et plus particulièrement Istanbul sont les témoins d’un affrontement entre citoyens et forces de l’ordre, représentantes du gouvernement en place. Des affrontements qui ont commencé après qu’un groupe d’étudiants soit venu protester contre la construction d’un centre commercial à la place du parc Taksim Gezi, l’un des derniers espaces verts de la ville. La démolition du parc et l’arrachement des arbres devait commencer dès jeudi, à l’aurore. Mais c’était sans compter ce groupe installé au pied des arbres depuis la veille et qui ne tarda pas à se dresser contre les bulldozers.

Une manifestation à l’effectif réduit mais ayant tout de même lieu sur la place principale de la ville, la Place Taksim, cette dernière donnant directement sur le Parc Gezi. Une situation géographique qui offre une exposition considérable aux manifestants. Pourtant, aucune télévision, radio ou organisme de presse turc ne rapporte les faits. Black-out total. Contraints de diffuser les images de Miss Turquie et du discours anti-tabac du premier ministre Erdogan, le manque de liberté de la presse turque est flagrant.

Malgré le mutisme médiatique, les forces de l’ordre ne tardent pas à arriver : équipées de canons à eau et de gaz au poivre et même de tanks, elles repoussent les manifestants hors du parc pour l’après-midi et prennent possession des lieux. Dans la soirée, le nombre de policiers se multiplie en même temps que les autorités ferment tous les accès à la Place : métros, routes, ferries. Des mesures drastiques qui n’empêchent pas pour autant de plus en plus de gens de rejoindre la cohorte. Et la manifestation de se propager à travers la moitié des quatre-vingt provinces du pays.


Venus de tous les coins de la ville et sans prêter attention à leurs différences d’ordre religieuses ou idéologiques, les manifestants représentent l’ensemble de l’échiquier politique, de l’extrême gauche à la droite nationaliste. Tous unis contre un gouvernement conservateur et autoritaire qui ne se soucie guère de l’avis de ses citoyens. Toujours dans la surenchère, ce même premier ministre Erdogan a d’ailleurs affirmé que les réseaux sociaux étaient « une menace », considérant ces derniers comme la plus grosse menace à laquelle a affaire la société.

Pourtant, si ce gouvernement liberticide ne se gêne pas pour imposer sa vision, il n’est pas concrètement qualifiable de dictature. Élu à plus de 58% des voix, Recep Tayyip Erdogan et le Parti pour la justice et le développement (AKP) sont considérés comme les plus populaires de Turquie. En lice pour les élections présidentielles de 2014, le groupe de presse français Le Monde rapporte qu’Erdogan vise à instaurer un régime autoritaire islamique d’ici 2023, pour fêter le centenaire de la république turque.

Si les experts affirment qu’on ne peut pas encore réellement parler de « Printemps Turc » à l’échelle des Printemps Arabes que l’on a connus récemment, il n’en demeure pas moins que cet évènement aura grandement affecté ses chances de gagner les élections de l’an prochain. Lui qui une fois élu président se voit supprimer le poste de Premier Ministre pour posséder les pleins pouvoirs, vient de se prendre un premier uppercut de la part d’un peuple qui n’a plus envie d’assouvir les désirs d’un extrémiste atteint de la folie des grandeurs.





Pour voir les photos de la manifestation, cliquez ici.

Arnaud Sommie
@somesta


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