Voyage de l'autre côté de la rue
DJ Mehdi fout (encore) la merde
La mort est certainement pour l’artiste un moment de reconnaissance suprême. Elle peut être touchante mais aussi troublante à l’image d’un Van Gogh seulement reconnu en tant que génie après s’être coupé l’oreille et tiré deux balles dans la poitrine.
L’exacerbation des sentiments que provoque la cruauté de la mort, nous empêche d’être lucide sur le talent du garçon. La problématique est simple, DJ Mehdi est-il à la hauteur de tous les hommages qui lui sont faits : « magicien » pour Frédéric Mitterrand, « précurseur avant-gardiste » pour Rohff ou encore « pionnier » pour Disiz.
Alors soufflons un bon coup, écoutons, regardons, lisons et enfin… écrivons.
La Mafia comme famille
Son histoire prend racine en 1992, le petit Mehdi n’a alors que 15 années, avec la rencontre de l’homme qui incarne le plus les fondations de la Mafia k’1 Fry en la personne de Manu Key. Rapidement il intègre Ideal Junior (formé de Kery James, Bakar, Selim du 9.4, Jessy Money et Teddy Corona), le groupe connaît un véritable succès et les enjeux commerciaux prennent de l’importance alors que la maison de disque cherche à faire fructifier les bénéfices.
Lors de cette situation délicate pour le groupe, le beatmaker va s’associer à Kery afin de résister à cette pression économique et ainsi prendre le choix du cœur, celui de l’intégrité artistique. Une réaction qui caractérisera tout au long de sa carrière le DJ cherchant de manière constante l’épanouissement de son art quels qu’en soient les enjeux.
Architecte sonore de la Mafia, c’est avec le 113 qu’il porte son travail aux cimes du hip-hop français, une ascension symbolisée par une victoire de la musique en 2000 pour Les Princes de la Ville. Les deux premiers albums (Les Princes de la Ville et 113 Fout La Merde) donnent au paysage rappologique francophone une nouvelle teinte où l’éclectisme des productions de Mehdi se marie parfaitement aux thématiques évoquées par le groupe. Une réussite !
Dans son éternel quête d’évolution, le beatmaker comprend que pour lui la notion d’artiste est un concept mouvant qui se construit sur l’envie, l’expérience et la constante peur de ne plus être créatif. C’est cette crainte qui le pousse donc à décider de se retirer progressivement du groupe, un choix difficile à avaler pour Rim-K, AP et Mokobé et in extenso tous les membres de la Mafia K’1 Fry. C’est son besoin de s’élever au-dessus des carcans imposés par une norme qui le pousse à préserver la fraîcheur de son originalité et la chaleur de son talent. Dix ans après ses débuts, Mehdi a peur d’être frappé par le syndrome du poisson rouge…
Une introspection qui se conjugue à l’arrivée de nouveaux talents sur la scène rap qui donne, selon lui, un coup de vieux au 113 et à son travail entre les vagues sonores lancées par Alliance Ethnik, le Secteur à et la Fonky Familly.
Ceci n’était que houle lorsque l’electro française incarnée par Ed Banger déferle sur la scène internationale comme un tsunami dans l’Océan Indien. Personne n’y résistera même DJ Mehdi qui y voit une nouvelle façon d’imposer sa singularité.
Double face ?
De façon basique et parfois même de manière binaire, les néophytes aiment dire que Mehdi est passé du hip-hop à l’électro comme une sortie des ténèbres pour enfin frôler la lumière, celle d’une finalité artistique. Pour d’autres, il incarne par son ouverture d’esprit le pont entre deux univers, deux conceptions et deux communautés.
Cependant, il semble que Mehdi n’ait jamais cessé de se considérer comme un artiste hip-hop dans sa façon de sentir, réfléchir et concevoir sa musique. C’est en adéquation avec la définition originelle du genre que le beatmaker au gré des rencontres (Cassius, Daft Punk, Pedro Winter) va intégrer dans sa musique des composantes électro (de Lucky Boy à Black Billionaires) afin de composer un son hybride qui reflète profondément ce qu’il est. C’est en ce sens que Mehdi conçoit la musique, comme une découverte de l’autre, une recherche insatiable qui teinte sa vie de couleurs, de nuances et finalement qu’on intègre progressivement à ce que l’on était avant.
Pour répondre au prétexte interrogatif qui a poussé la rédaction de ce billet : Mehdi est il à la hauteur de ces hommages ?
Dans tous ces messages d’amour qui ont dégouliné des réseaux sociaux, on peut y lire plusieurs interprétations. C’est à la fois une manière sincère de témoigner sa sollicitude virtuelle et naïve pour un artiste qui a marqué des moments de vie par ses morceaux. C’est aussi une façon de témoigner son identité à « ses amis » et ainsi intégrer une sorte de grande communauté fictive (et superficielle?) des « RIP DJ Mehdi » à laquelle participe Uffie, Mokobé, Katy Perry ou encore Pharrell Williams.
Finalement l’ampleur artistique de Mehdi bouleverse totalement notre problématique :
Nos hommages sont ils à la hauteur de DJ Mehdi ?





Un Grand monsieur tant musicalement qu’humainement. Une perte important pour la musique.
Paix à son Ame.