L'international C215 pour une exposition en forme de livre

« Community Service », C215 à la galerie Itinerrance

16 novembre 2010 . Pas de commentaire
By Miss Sipowitz, in Featured, Urban culture

Lors du vernissage de « Community service » à la galerie Itinerrance, j’ai entendu Christian Guémy alias C215, parler de sa relation avec les expositions en galerie. C’était un ressenti très personnel au-delà de tout discours théorique sur la dualité peinture dans la rue/ peinture exposée. Il disait que les expositions étaient le seul moment de sa vie où il avait l’impression de travailler accompagné de toute la pression et le stress que cette notion représente.

A partir de là j’ai pu comprendre son (non)travail.

C215 aime la rue, les rues. Il en a vu beaucoup et en a transformé énormément aussi. Il croit profondément au street art dans son sens littéral. Pour lui il exprime la fin de l’art trop conceptuel et élitiste du XXe siècle. C’est le premier art autant ouvert à toute la population humaine. De la vraie universalité. Non seulement dans la rue tout le monde peut le voir mais au-delà de ça C215 soulève une notion intéressante : « Ce que nous voyons, dans ce que nous appelons street art est d’avantage de la photographie relayée par internet que de l’art réellement vu dans la rue. » Il appuie l’importance de l’accession décuplée aux œuvres par cet outil qui fait partie intégrante de la culture street art.

Mais où est notre exposition dans tout ça ? « Community service » semble inévitablement vouloir retrouver la rue dans un effet de miroir quasi parfait avec le ressenti de son auteur. Dans le titre déjà, service d’intérêt général en français ne semble pas concerner la petite cinquantaine de personnes que nous étions ce soir là. Puis les œuvres elles-mêmes ne sont pas une adaptation du travail de rue sur des toiles, mais des morceaux de rue arrachés (panneaux, cartons, bidons d’huiles…) et posés là. La plus grande œuvre est peinte sur un mur et ne pourra visiblement pas être achetée.

Ce mouvement de résistance intrinsèque nous explique que ces œuvres si belles soient elles, n’ont pas leur place ici et que pour saisir leur essence, cette exposition nous propose surtout un livre du même nom (« community service » qui prend cette fois-ci bien son sens). Son concept est original, ce sont les photos et le commentaire des douze photographes qui ont immortalisé les œuvres de C215 dans le monde entier.

On prend alors conscience de ses choix artistiques. Des pochoirs à la technicité complexe révélant les traits essentiels de visages. Des portraits de personnes marquées voire cachées par la société. Il redonne à la ville ceux qui la définissent et les met en lumière. Il utilise le portrait car il considère que c’est l’élément qui peut parler au plus grand nombre de spectateurs quelque soit leur statut et leur bagage dans cette société.

L’œuvre ne s’arrête pas aux pochoirs qui pour chacun sont particulièrement bien pensés dans leurs environnements respectifs (personnes représentées toujours en interaction avec le lieu). Les pochoirs sont élaborés à partir de photographies. Etant donné les intensités de regards retranscris sur les murs, profiter de quelques négatifs ne serait pas de refus. Une fois intégré dans la ville le pochoir entraine encore de nouvelles œuvres avec les photos qu’en prennent toutes les personnalités présentes dans la monographie. C215 accueille alors dans son ouvrage, aux cotés des siennes, les œuvres d’une flampée d’autres artistes.

Vous l’aurez compris je vous conseillerais plutôt d’acheter le livre que d’aller à tout prix à l’exposition. Où l’acheter ? Là est l’ironie de la situation : à la galerie Itinerrance

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