Va falloir s'vider la tête, effriter, quitter la pièce...
5 Majeur – Coups d’pouce et doigts d’honneur

Ça commence souvent comme ça. Un jour après les cours tu rentres, tu poses ton sac avant de choper ce bon vieux magnéto huit bandes et tu commences à poser sur un instru. Après avoir ruiné ton Clairefontaine en écrivant tout ce qui te passait par la tête et quelques dizaines de prises plus tard, tu commences à te dire que t’en es capable. C’est quand ça commence à influencer ton humeur, au moment où tu comprends que tu as besoin d’écrire que tout s’éclaire enfin : tu vas vivre de ça. L’histoire du 5 Maj c’est l’union de cinq paroliers qui n’ont jamais lâché le stylo.
Un dé à cinq faces
« Chaotique et passionné » (dixit Heskis), voilà comment pourrait se traduire toutes les étapes qui ont donné vie à ce 5 Majeur, de la rencontre à l’enregistrement. Tout remonte au moment où cinq visages en-casquettés, perdus entre rimes et phases en viennent à se rencontrer. D’un côté de la France on trouve deux sages poètes, Human et Heskis (Hors II porté), de l’autre deux amateurs de beats lourds, Vidji et Kéroué (Fixpen Sill), deux formations qui ont déjà l’habitude de squatter les open mic et qui commencent doucement à se faire, si ce n’est connaître, écouter. L’histoire aurait pu s’arrêter là mais c’était sans compter sur le meilleur ami des insomniaques : Youtube, qui au milieu des lolcats a mis sur le chemin de quatre doigts un majeur bien tendu qui hume le Fennec. En effet, Nekfeu, icône méchée d‘1995 et du Screw, va venir fermer la boucle de ce 5 majeur plein d’ambition et s’avérera par la suite un atout de poids dans l’exposition du groupe. Un coup de fil, plusieurs packs et quelques grammes de verte plus tard les cinq fantastiques ont emmagasiné assez de rimes et d’inspiration pour envisager créer un ensemble cohérent, neuf titres kickés en 24h et calibrés pour la street qui donneront vie au premier EP éponyme du groupe (toujours disponible gratuitement à cette adresse)
« On ne se connaissait pas tous et pourtant il s’est tout de suite produit quelque chose. Il y a eu une alchimie vraiment forte. On était tous un peu dingue je crois. Et c’est sur un coup de tête qu’on a décidé d’aller s’enfermer dans le bunker de Vidji pour enregistrer des sons. Cinq jours qui se sont passés entre le moment où on s’est rencontré et celui où on a fini d’écrire et d’enregistrer les neuf chansons du premier projet. Donc si je devais définir le 5 Maj’, je parlerais surtout de passion et d’immédiateté. Tout s’est construit dans l’instant et de façon quasi chaotique. On a vraiment fait ça juste pour nous. Le premier bébé du 5 Maj’ a donc été enregistré en peu de temps, et ça se ressent. »*
Heskis
2013, dérapage contrôlé
En 2013, après que les formations aient chacune évolué et profitant d’un attrait certain du public sur l’hémisphère 1995, les cinq visages du 5 Maj ne sont plus seulement un groupe de kickeurs inconnus, leurs phases sont désormais parvenues aux oreilles de ceux qui suivent de près la suite du rap français. Un style classique mais efficace qui n’a pas manqué de marquer les esprits des nostalgiques du temps où Pete Rock était le seul à se faire appeler « The Creator ».
Malgré quelques absences dues à l’over-booking du Nek, le 5 Maj trouve quand même le temps de se réunir l’espace de deux semaines dans une demeure Nantaise pour trouver l’inspi et accessoirement chiller au calme. Problème, le collectif semble ne pas trouver son aise en l’absence de stress puisqu’il glandera pépère pendant une semaine avant de trouver son rythme. C’est comme ça, certains squattent pendant un mois dans un studio pour atteindre la perfection numérique alors que d’autres marchent à l’instinct et ne trouvent la justesse que dans l’urgence. Un condensé d’adrénaline couplé à un nuage de mots et d’hyper-productivité appelé Variations, la bête est lâchée le 27 Mai.
Quelques variations…
Après le sample de Matrix sur l’EP éponyme, c’est sur l’entretien musclé entre Denis Hopper et Christopher Walken dans True Romance que les cinq ont décidé de commencer le trip. Les treize pistes s’enchaînent, presque sans surprise tellement on sent que les prods sont signées par des amateurs de boom-bap, de sampling et de caisse-claire kickée. Un seul featuring avec le poto Alpha Wann sur « Fini d’hiberner », seul compagnon de galère à entrer dans le second exposé du 5 Majeur, on a l’étrange impression de souvent voir les mêmes têtes. Les phases et les techniques se ressemblent, l’interprétation aussi, les thèmes varient peu ce qui apporte au projet une uniformité et une régularité aussi appréciable que critiquable pour un album ironiquement appelé Variations. « Les Dés sont jetés, Dérapage Contrôlé » et « Gère Tes affaires » sortent du lot avec leur hargne textuelle mais l’amateur de chill remarquera tout de suite le très smooth “Chillance” qui clôture l’album et nous transpose direct dans un american dream New-Yorkais. Come back in the 90′s, skate flashy et ghettoblaster chromé sous le bras, là où le sable californien laisse sa place à une bouche d’égout fumante de la 15ème avenue.
Variations est sans conteste un projet passionné, collectif et réfléchi, à l’image de la vie de ses protagonistes, le seul bémol résidant dans un certain manque de prise de risque. A l’instar des dernières sorties du rap-jeu céfran, les prods du 5 Maj sont assez catchy pour faire headbanger n’importe quel amateur de beat syncopé mais c’est après plusieurs écoutes que le paquet cadeau commence doucement à s’effriter. En même temps, le 5 Majeur n’a jamais eu la prétention de ré-inventer le monde, juste la bande-originale de quelques bribes de vie, nostalgiques d’une époque qu’ils n’ont pas connu et qu’ils aimeraient vivre.

*Propos recueillis par Konbini
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Vincent Vuillaume
@Vvuillaume





