Quand Bernard Pivot se met à la culture hip-hop

Ce qu’il faut avoir lu sur le hip-hop

18 mai 2012 . 3 commentaires
By crazyhorus, in Featured, What else ?

Alors que les rock critics s’accaparent la moitié des rayons de librairie consacrés à la musique, les ouvrages sur le hip-hop doivent en revanche s’immiscer entre un énième livre sur Johnny et un bouquin pas plus épais que du papier-cul consacré à Justin Bieber. Dur. Pourtant avec un peu de chance, il se peut que votre regard dépité tombe sur une première de couverture arborant cinq lettres familières. Quelle veine ! Pourtant, les travaux voués à la culture hip-hop existent bel et bien malgré un manque de visibilité chronique qui n’étonne déjà plus. Voici donc une sélection bibliographique non exhaustive (exclusivement des livres en français) consacrée à un sujet intarissable inscrit en lettres d’or dans notre culture.

Jeff Chang. Can’t Stop Won’t Stop. Paris : Allia, 2006, 665 p.

Préfacé par une des légendes du mouvement, DJ Kool Herc, Can’t Stop Wont Stop est sans conteste la référence sur le hip-hop jamais traduite en français. Activiste, journaliste, co-fondateur du label Soleside en 1991 (DJ Shadow, Blackalicious…), Jeff Chang connu aussi sous le blase de DJ Zen a entrepris une œuvre passionnante, autant dire une somme. De 1968 à 2001, Chang passe au crible le contexte politique, social et culturel de chaque décennie afin de prendre toute la mesure d’un mouvement artistique inédit depuis l’apparition du rock. Sur plus de 600 pages parfaitement documentées, l’auteur revient sur la genèse et les temps forts d’un double H protéiforme, des graffs de Fab 5 Freddy au flow fleuve de Rakim en passant par les swipes et back-spin de la breakdance des 70′s. A lire absolument comme la plupart des ouvrages édités chez Allia.

Olivier Cachin. L’offensive rap. Paris : Découvertes Gallimard, 1996 (rééd. 2001), 112 p.

Aujourd’hui quasiment introuvable et édité à deux reprises en 1996 (première édition) et 2001, ce petit livre d’une centaine de pages est un ouvrage de pédagogie sur le sujet. Ecrit par Olivier Cachin, journaliste incontournable et créateur de la fameuse émission RapLine ainsi que de deux magazines phares que sont l’Affiche et Radikal, L’offensive rap retrace la grande Histoire du rap à grands coups de photos et de textes. Parfait pour se construire une première base d’une culture musicale qui ne demandera qu’à s’agrandir par la suite.



Pierre Evil. Gangsta-rap. Paris : Flammarion, 2005, 430 p.

Rares sont les livres qui touchent à un sujet bien précis lorsque l’on parle de rap. Avec Gangsta-rap, Pierre Evil (NRV, Chronicart) s’est employé à décrire le côté sulfureux du rap West coast via six portraits de légende (Ice T, NWA, Ice Cube, Dr Dre, Snoop Doggy Dogg, 2Pac). Les amateurs d’anecdotes en tous genres seront vite comblés par cet ouvrage parfaitement bien documenté et extrêmement vivant qui fait revivre les grandes heures d’un genre souvent dénigré mais pourtant incroyablement créatif. Incontournable.



S.H. Fernando Jr. The New Beats, musique, culture et attitudes du hip-hop. Paris : Kargo & l’Eclat, 2000, 408 p.

Si vous avez toujours eu envie de partir en tournée avec le Hit Squad au début des 90′s, ou si votre souhait le plus cher a toujours été de traîner aux côtés de Rick Rubin et Russel Simmons, ce livre est fait pour vous. Synthèse parfaite sur les tenants et les aboutissants du rap US jusqu’aux débuts des années 1990, The New Beats s’articule à la fois sur un véritable travail d’historien et de journaliste, alternant analyse fine et témoignages bruts on ne peut plus évocateurs. Bien qu’exclusivement concentré sur le rap new-yorkais ce livre n’en reste pas moins passionnant comme l’atteste sa « note sur l’underground », vision d’un rap cristallisé en proie à l’opportunisme et à son rapport aux masses.

Thomas Blondeau, Fred Hanak. Combat Rap, 25 ans de hip-hop/Entretiens. Bordeaux : Le Castor Astral, 2007, 214 p.

Avec sa préface criante de vérité signée Olivier Cachin, Thomas Blondeau et Fred Hanak (anciens journalistes à Radikal) ont concocté un premier volume d’entretiens consacré au son américain. RZA, DJ Shadow, Slim Thug, J Dilla, George Clinton, Jay-Z ou encore The Roots, la liste des interviewés se fait le miroir d’une sensibilité multiple. Sans jamais verser dans l’entretien bateau, les deux auteurs réussissent à obtenir les bonnes réponses tout en introduisant chaque invité par un résumé fouillé de leur parcours artistique. A noter qu’un deuxième recueil destiné au rap français a lui aussi vu le jour.


Antoine Garnier. Souffle : au cœur de la génération hip-hop entre New-York et Paris Vol.1 1986-1996, New-York. Paris : Alias, 2003, 300 p.

« Pour ceux qui prennent le train en marche, voici l’histoire de la gare en construction », Oxmo Puccino. Voici ce que l’on peut lire sur la quatrième de couverture de ce premier volume écrit par feu Antoine Garnier dédié à la ville de New-York. Fruit d’une longue expérience personnelle au cœur de La Mecque du hip-hop, ce carnet de voyage se fait l’écho des vibrations qui ont ébranlé la planète rap entre les années 1980 et les années 1990. Une plongée fascinante dans les fondations d’une culture mondiale en devenir dont Garnier a été le témoin privilégié. Méconnu, cet ouvrage mérite aujourd’hui que l’on s’y penche avec le plus grand intérêt.


Thomas Gaetner. Hip-hop, le rap français des années 1990. Paris : Fetjaine, 2012, 296 p.

Ils sont rares les ouvrages consacrés au rap français. Tellement rares que lorsqu’on en tient un on ne le lâche plus. Journaliste à Télé 7 Jours, collaborateur pour France-Soir, Rap Mag ou Shoes-Up, Thomas Gaetner a entrepris la rédaction de ce livre afin de faire partager sa passion pour le rap français. Et pas n’importe lequel car il s’agit de ce qu’on appelle communément « l’age d’or », c’est à dire la période couvrant toutes les années 1990. Fruit de longues heures d’entretiens avec les principaux acteurs du moment, ce livre forme une jolie synthèse de l’esprit créatif d’une époque dont on sent pointer chez l’auteur une certaine nostalgie. Solaar, Ministère AMER, Assassin, NTM, La Cliqua, 2 Bal 2 Neg, Ideal J etc, autant de figures incontournables que l’on retrouve ici en compagnie d’illustres oubliés réhabilités le temps de quelques pages. Après plus de 20 ans de recul, l’Histoire du rap français peut enfin être écrite.

Joey Starr et Philippe Manœuvre. Mauvaise réputation. Paris : Flammarion, 2006, 307 p.

Plus de 300 pages, c’est à peu près ce qu’il fallait pour raconter le parcours de Didier Morville aka Joey Starr. Epaulé par Philippe Manœuvre pour la rédaction, Mauvaise réputation raconte à la première personne la vie de déglingué de la moitié du plus célèbre groupe du 93. Dans un style fluide blindé d’humour et d’anecdotes cocasses, cette biographie revient sur des moments à la fois douloureux et improbables voire absolument hallucinants (cf. son service militaire calamiteux en Allemagne). Mais le gros du livre reste sans conteste son implication dans la culture hip-hop, seule constante d’une vie bien remplie dont le point d’orgue reste la prestation scénique. Joey Starr « dont la mâchoire en or est une promesse de puissance est de gloire » comme l’écrit si bien Joy Sorman, mais ça c’est une autre histoire.

3 Commentaires
  1. Thomas Mighty Mos' Dub le 18 mai 2012 à 22 h 31 min

    très interessant comme article ! j’ai lu combat rap, les interviews sont super mais racontent surtout la vie des rappers, mais cette liste va me permettre de remplir ma bibliotheque =)

  2. La Grande Athéna le 26 mai 2012 à 19 h 48 min

    J’approuve cette liste mais il en manque deux pour ma part.
    D’abord le livre « Les 100 albums essentiels RAP » d’OLIVIER CACHIN dont la préface a été écrite par Joey Star. Edition Scali.

    Mais il manque SURTOUT un livre qui parlent des rappeuses; donc je propose… « Fly Girls » de Sté Strausz (rappeuse) et Antoine Dole (écrivain). Edition Au diable vauvert.

    • crazyhorus le 28 mai 2012 à 21 h 50 min

      Je valide le deuxième ! En revanche le premier est beaucoup trop subjectif même si intéressant pour ce qui est de certains albums. Son principal défaut reste sa sélection discographique qui laisse vraiment à désirer (comme le dit Starr dans la préface d’ailleurs). Le livre est aujourd’hui difficile à choper en raison de problèmes concernant l’édition, un deuxième volume devait suivre comme cela était indiqué à la fin… Pour ceux qui voudraient l’acheter, il faudra débourser une centaine d’euros… Je l’avais acheté à sa sortie j’avais été déçu malgré une très belle mise en page.