Retour sur le premier film du street artist
Banksy, Quand s’exprime le roi du silence
L’avantage au fait de ne jamais se monter est que les rares fois où l’on se met sur le devant de la scène, on créer l’événement. Banksy maître du street art contemporain mais aussi dans celui d’entourer sa personne de mystère, s’exprime pour la première fois autrement que par ses œuvres présentes dans la rue ou dans des expositions.
Le résultat, le film Exit trhough de gift shop (sorti en salle le 15 décembre), nous offre un tout nouveau concentré de ses intentions, de sa réflexion, de sa créativité. Et contrairement à l’image qu’il peut avoir parfois de l’artiste victime de son succès qui préfère humblement se cacher pour pouvoir continuer à créer librement, on est loin d’avoir affaire à un personnage inoffensif. Il fait ce qu’il veut de son film mais surtout il joue constamment avec nous et nos attentes.
Subtilement, il décentre de lui-même, le sujet du film. Durant la première partie, il n’intervient pas et l’on fait connaissance avec le personnage principal, un homme étrange mais fascinant, le français Thierry Guetta. Sa démarche est des plus originales, son besoin compulsif de filmer tout ce qui bouge le mène à se spécialiser dans le street art. Cet homme-caméra suit comme leur ombre des street artists tels que Space Invader, Andre, Shepard Fairey, ZEVS… Au portrait personnel de Thierry se superpose un portrait de cet art de la rue d’une façon tout sauf académique et c’est une des grandes forces du film.
Banksy reste dans un premier temps absent de cette définition. Etant donné sa démarche concernant son image, on se dit que cela n’a finalement rien détonnant. Mais ça n’était en fait que pour mieux apparaître. Après avoir filmé tout le gratin du street art, Thierry Guetta n’a plus qu’une obsession, obtenir des images du maître en la matière, l’inaccessible Banksy. Soudain il n’est plus modestement effacé mais devient ni plus ni moins que le motif d’une quête. Il y répond presque par charité et les deux hommes se rencontrent. A partir de là Thierry est méprisé à mesure qu’il devient un imposteur de l’art volant les idées de son mentor pour lui-même obtenir la célébrité (plus que la cohérence artistique).
Tout est calculé, Banksy se sert de cette expérience à la All about Eve de Mankiewicz pour poser le questionnement sur l’industrialisation progressive de l’art qu’il défend et son coté hype. On regarde en fait un film catastrophe sur le monde du street art. C’est un monde dont l’impact ne cesse de croître et Banksy est le premier à poser explicitement les termes du débat qui va nous tenir en haleine durant les prochaines années, la cohabitation de la célébrité, de l’argent et du vandalisme.
Banksy réussi à répondre à son ambitieux objectif : « Je voulais faire un film qui compte autant, pour l’art du graffiti, que Karaté Kid pour les arts martiaux ».
C’est un film qui explore la perte des repères. Est filmée l’histoire de la confection du film que l’on regarde. On y voit une personne qui filme (Thierry Guetta) et qui devient ensuite artiste dans un film réalisé par un artiste (Banksy) passé au cinéma.
Banksy est loin du documentaire qui définit et délimite les termes du sujet, il ouvre les perspectives tout en offrant une forme originale et ludique. Une démarche dans la continuité de son art que l’on admirait déjà. Il y a de ces gens qui parlent peu mais qui le font seulement pour faire avancer la réfléxion. On attendra donc patiemment la prochaine intervention.




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