Interview de Yann Couedor, le mélomane avec un pinceau.
A l’écoute des toiles de Yann Couedor.
Yann Couedor est un mélomane incurable, afin de donner corps à cette passion débordante il cristallise cela par la peinture. Ce qui donne lieux à des œuvres monumentales et uniques en France dans cette mise en relief particulière de la culture afro-américaine. En Juillet 2009, Yann touche le grand public en débarquant à l’Olympia avec ses toiles et sa « Cut Collection » et depuis plus rien ne l’arrête.
Focus sur un artiste et son œuvre…
Comment s’est définie cette touche qui est présente actuellement dans chacune de tes toiles ?
Un jour j’ai pris une toile et j’ai commencé à peindre et finalement je me suis rendu compte que la composition ne me plaisait pas. Puis j’avais des bouts de papier qui traînaient par terre et vu que j’aime beaucoup la matière j’ai commencé à les coller sur la toile. Au départ je mettais un peu tout et n’importe quoi puis l’idée m’a plu alors j’ai voulu aller plus loin. C’est à ce moment que j’ai mis des articles ou des pochettes en relation avec l’artiste que je peignais.
Peux-tu nous expliquer le processus de création de l’une de tes toiles ?
Pour commencer je choisis un artiste, ce choix peut se déterminer par la sortie d’un album, d’une lecture, d’un concert, il suffit que cela m’ait touché à un moment précis. Une fois que j’ai l’artiste, je cherche une photo pour le portrait puis une fois trouvée je me mets à chercher des documents originaux sur e-bay aux enchères afin de trouver ce dont j’ai besoin comme des articles de presse, des pochettes vinyles…
A l’aboutissement de l’un de tes projets, il est directement photographié. Explique-nous l’importance de la photographie dans tes créations ?
Au départ, déjà tout seul j’allais dans la rue et je mettais mes toiles sur un mur ou autre afin de les prendre en photos et de les mettre en situation. Je trouvais plus intéressant de montrer aux gens par internet la toile dans un contexte particulier plutôt que toute seule car cela nous permet de voir l’échelle du travail. Car si tu prends la toile seule, les personnes ne peuvent pas se rendre réellement compte de la dimension de la toile.

Toi qui relayes ton travail en partie par internet, penses-tu que ton art se ressent aussi bien de manière numérique que vécu en exposition ?
Je pense qu’il y a les deux choses. A travers un écran on ne pourra jamais ressentir la même chose que pendant une exposition. C’est pour ça que je veux l’amener différemment et que pour moi la photo est un compromis pour ajouter quelque chose dans la continuité de la toile. Mais on ne pourra jamais ressentir à travers une photo ce que l’on voit en vrai car on ne voit pas le volume, la matière…
Arrives-tu à juger ton travail?
A partir du moment où je m’arrête c’est que j’ai déjà une certaine auto-satisfaction sinon je n’arrive pas à arrêter. Au moment où j’arrête c’est que je suis satisfait sur le moment présent. Après je laisse un peu de temps et parfois il arrive que j’ai quelques regrets ou de me dire que j’ai poussé un peu trop loin. Une toile c’est jamais fini mais un moment il faut dire stop ce que j’ai du mal à me dire. Mais quand j’arrête c’est que je suis satisfait sinon je n’y arriverais pas.
Parle-nous de l’impact de la musique et de la culture afro-américaine dans ton travail ?
Disons que ma passion première est la musique qui est principalement afro-américaine. C’est vraiment ce qui me motive à peindre et s’il n’y avait pas la musique je ne peindrais pas. Mon quotidien c’est vraiment la musique.
Cela ne s’arrête pas qu’à l’écoute d’un disque cela se ressent aussi dans les références visuelles. Tout ce qui est vraiment attaché à cela comme dans les clips ou quand je vais à un concert je fais attention aux décors de scène, aux tenues vestimentaires. Puis à travers les toiles je donne un visuel à ma manière pour correspondre à l’univers de l’artiste.
Outre l’aspect musical, as-tu d’autres références qui t’inspirent dans cette culture afro-américaine ?
Oui, surtout le cinéma. Car ce qui me plait énormément quand je fais mes toiles c’est la composition, c’est le cadrage. Alors quand j’ai décidé de peindre quelqu’un je me demande comment je vais le placer dans la toile, comment je vais découper son visage, comment je vais déchirer les choses… C’est quelque chose que je retrouve au cinéma avec les plans, les cadrages… J’aime beaucoup des gens comme David Fincher qui vont faire ce gros travail de photographie.
Les mouvements politiques afro-américains pendant la ségrégation et leurs personnages emblématiques ne t’influencent donc pas ?
Pas du tout, ce ne sont pas des choses qui me motivent ou qui m’influencent. Ce sont des gens que je connais et dont j’aime le parcours… Mais cela ne m’influence pas dans mon travail. C’est le fait de m’intéresser à la culture musicale afro-américaine et dans le Hip-Hop que j’ai entendu parler de Malcolm X quand j’étais gosse. Puis ensuite il y a eu les films de Spike Lee avec Malcolm X.
Tu as pu rencontrer beaucoup de personnalités grâce à ton œuvre en as-tu une que tu retiens particulièrement ?
Tout les gens que j’ai rencontrés j’ai eu la chance que ce soient des gens importants. Mes premières rencontres c’est Kanye West et Spike Lee donc c’est déjà pas mal. Après même si les autres sont un peu moins connus ça reste des gens que j’admire énormément et que je sur-kiffe comme Anthony Hamilton.
C’est un vrai moment de bonheur et là je me place en tant que fan plus en tant qu’artiste qui montre son travail à un autre artiste.
Quels sont tes projets futurs, cherches-tu une autre forme pour exprimer ce que tu sais faire ?
C’est ce que j’ai déjà commencé à faire car cette année j’ai un peu abandonné le côté « toile-toile » et exposition. Cette année j’ai fait des choses différentes comme le disque de platine de Ben l’Oncle Soul ou la pochette de disque (Emilio Rojas, Milk Coffee & Sugar ndlr). Là je travaille aussi sur un livre sur ma « cut collection » (suivre ce lien ndlr).
Pour les lecteurs de Neo Boto si tu avais une tracklist à leur faire partager ce serait quoi ?
L’album de Bilal (Airtight’s Revenge ndlr), l’album de Rick Ross (Teflon Don ndlr) mais aussi Mark Ronson (Record Collection) où même les morceaux auxquels je suis moins sensible habituellement je les trouve fort.
Pour suivre l’oeuvre de Yann Couedor: http://www.yanncouedor.com/








Ses œuvres sont magnifiques! Particulièrement celui de Spike! Je kif l’effet noir et blanc. Ça contraste bien.
[...] A noter que la cover a été réalisé par Yann Couedor dont vous pouvez redécouvrir ou découvrir l’interview. [...]