On fait la paix?

Tim Burton, Seul au monde

10 mai 2012 . Pas de commentaire
By Sipowitz, in Urban culture

Dans les salles avec Dark Shadows, dans notre expectative avec un nouveau film d’animation Frankenweenie et au musée à la cinémathèque française, il est possible cette année, si vous en abusez, de faire une overdose de Tim Burton. Une profusion et une présence qui le listent dans les réalisateurs à succès encore au sommet de son énergie. Mais être productif est une chose, être bien accueilli en est une autre. En se demandant où en est l’appréhension du monde face à Tim Burton, nous trouvons un rapport à la solitude qui comme ses films est loin d’être seulement dramatique.

Seul face au monde

Cela faisait longtemps que ça lui pendait au nez. Tim Burton et son univers gothique excentrique ont lassé un (bon) nombre de ceux qui le soutenaient depuis le départ. Encore Johnny Depp? Encore un imaginaire gothique? Encore la mort? Encore un visuel d’une noirceur acidulée? L’agacement et la crainte de revoir depuis quelques films toujours la même chose, le même procédé de « burtonisation » de tout et n’importe quoi, fait prendre ses distances une part de son public et de la critique.
Des choix qui ne semblent pas jouer en sa faveur pour rattraper ses adeptes perdus dans la bataille du renouvellement. « La nuit d’Halloween a toujours été pour moi, la nuit la plus réjouissante de l’année. » déclare-t-il, alors que scandalisés on aimerait l’avoir en face pour lui dire de revoir un peu sa façon de penser. Comme tous les réalisateurs « créateurs d’univers particuliers » (on pense également à notre ami Quentin Tarantino), il s’expose au risque de la caricature de lui-même traduisant narcissisme et donc repli sur soi. Seul face au monde.


Seul dans son monde

Mais laissons murir ces théories un peu exagérées par le côté le plus obscur de nous-même, et donnons en attendant une chance au petit dernier de Tim, Dark Shadows. En effet lorsque l’on croit se faire prétentieusement une opinion de l’évolution de l’œuvre d’un artiste, il faut lui laisser la chance de présenter son dernier projet et de nous donner tord. Bingo! Ça n’est pas de la lassitude que véhicule cette nouvelle histoire de vampire mais une certaine fraicheur. Du moins un retour à ce que l’on aime chez Tim Burton, la bonne utilisation du monde parallèle dans lequel il semble vivre au quotidien. « [Enfant], je vivais déjà dans ma propre bulle bizarre. » si Tim Burton peut aisément faire partie de ces artistes qualifiés de perchés dont on se demande régulièrement « mais combien sont-ils dans sa tête? », on passe souvent à côté de ce qui fait la force de son monde à part. Principalement qualifié de gothique et macabre, on oublie trop vite que sans son petit humour grinçant, il n’y a pas cette étincelle qui crée la magie de tous ses contes de fées un peu plus sombres.
La solitude transparaît dans quasiment tous les personnages joués par Johnny Depp. Willy Wonka est rejeté par son père, Edward est rejeté pour sa différence, Monsieur Jack rejette la négativité d’Halloween, Ichabod Crane (Sleepy Holow) livre seul bataille contre la superstition en faveur de la science. Comme leur créateur, tous solitaires et exclus, ils tentent d’imposer humblement leur vision du monde, mais également tous complètement perdus, ils apportent leur caractère maladroit hilarant si bien joué par l’acteur fétiche du réalisateur. Si ça, ça n’est pas une armée d’alter-ego, Jean-Louis Aubert peut bien se faire curé.
La symbolique tombe à pic dans Dark Shadows, histoire d’un personnage condamné à rester à l’écart dont le seul objectif devient de réhabiliter sa famille déchue. Plus que jamais seuls dans leur monde Barnabas Collins et Tim Burton se mouillent pour faire revivre la grandeur de leur(s) origine(s).


Seul pour le monde

Alors ne jouons pas les pleureuses non plus, si Tim Burton a lâché quelques aficionados en route, son aura n’a rien à envier aux réalisateurs les plus reconnus de ces dernières années. Capable d’imposer à peu près ce qu’il veut à ses producteurs (3D puis plus 3D, décors et casting démesurés…), il faut bien pour cela réunir le combo magique, amour du public et reconnaissance de la critique.
Sa solitude se transforme en singularité prestigieuse, il est le seul à pouvoir offrir cette imagerie riche et divertissante au monde et c’est pour cela qu’on le remercie. C’est notamment en passant après le grand Kubrick à la cinémathèque française que l’hommage devient tout à fait officiel. Après vous être senti groupie face à la multitude d’objets inédits enfantés directement par l’artiste, on y découvre aussi toutes ses ressources cachées ou peu exposées « dessinateur, peintre, vidéaste, photographe, inventeur de sculptures bigarrées et stupéfiantes » nous explique Matthieu Orléan commissaire de l’exposition.


Par son omniprésence, ses personnages torturés et son humour délicat (il n’est pas tombé dans le panneau de l’humour lourdaud si bien fait dans les Visiteurs), Tim Burton efface le doute que nous avions concernant sa machine à créer notamment avec Sweeney Todd. Il continue gentiment sa course en solitaire avec le petit plus de donner une alternative à la clique de Twilight pour parler de nos amis aux dents aiguisées. Vivement la suite.

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