Quand le génie inspire d'autres génies

Hommage à Donald Byrd en 10 samples

22 février 2013 . Pas de commentaire
By crazyhorus, in US Side

Décédé le 4 février dernier, Donald Byrd est probablement l’un des jazzmen qui s’est ouvert le plus aux autres musiques à l’instar d’Herbie Hancock ou Miles Davis. Trompettiste virtuose à la discographie aussi épaisse qu’incroyable, Byrd s’est essayé à repousser les limites du jazz, flirtant dans les années 1970 avec ce que l’on appelle communément le jazz-fusion, la soul, le funk mais aussi le rap (cf. le clip « Loungin‘ » de Guru) au grand dam des puristes. C’est d’ailleurs ce désir de défricher les autres musiques qui amèneront certains beatmakers à se pencher sur son travail afin de livrer au rap des morceaux qui a leur tour entreront dans l’Histoire. Rétrospective en dix samples mythiques qui nous font prendre une nouvelle fois conscience de l’héritage incroyable que Donald Byrd nous a laissé.

Sampleur : DJ Jazzy Jeff & The Fresh Prince - « Brand New Funk » (1988)
Samplé : « Dominoes » (1975)
Producteur : DJ Jazzy Jeff

Un an avant que les Jungle Brothers ne samplent ce bon vieux Byrd sur « Good Newz Comin’ » sorte de trip mandingo à la sauce américaine, c’est à Jazzy Jeff que revient le mérite d’avoir défriché le groove furieux qui sévissait sur l’album Places Ans Spaces paru chez Blue Note en 1975. Et plus particulièrement le titre « Dominoes » et ses premières mesures d’une bassline magique signée Chuck Rainey. Cette même Fender qui fera mouche plus d’une dizaine d’années plus tard sur ce « Brand New Funk » du célèbre doublon de Philly.

Sampleur : A Tribe Called Quest - « Footprints » (1990)
Samplé : « Think Twice » (1974)
Producteur : A Tribe Called Quest

Stepping Into Tomorrow reste l’un des opus les plus caractéristiques de la touche des frères Mizell. Un grain velouté, de jolies envolées cuivrées reposant sur des arrangements à la fois sensuels et funky. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’A Tribe Called Quest ne s’est pas trompé en empruntant ce boulevard instrumental qui clôt avec brio le morceau « Think Twice ». Enregistré entre les murs du studio The Sound Factory bâti par Dave Hassinger à la fin des 60′s, cette fabuleuse galette revêt la douceur bleutée d’une nuit californienne.

Sampleur : The Pharcyde - « Oh Shit » (1992)
Samplé : « Beale Street » (1967)
Producteur : J-Swift

En samplant ces quelques notes du piano de Cedar Walton, The Pharcyde s’est offert une fantastique visibilité au sein d’une scène underground californienne plus encline aux sonorités east qu’au son voluptueux du g-funk. Les acteurs l’avoueront eux-mêmes, « Oh Shit » est longtemps resté leur titre favori à jouer en live et le plus demandé par le public.

Sampleur : Black Moon - « Buck Em Down » (1993)
Samplé : « Wind Parade » (1975)
Producteur : DJ Evil Dee

Dans l’histoire du rap new-yorkais l’année 1993 marque un véritable tournant artistique. Avec Enta Da Stage, le posse de Buckshot suit de près la révolution instiguée par Enter The Wu-Tang. A eux seuls, les deux opus symbolisent l’entrée du rap east coast dans une nouvelle ère. Derrière le succès de Black Moon, DJ Evil Dee fait office d’éminence grise. Différent du traitement opéré sur « Stray Bullet » d’Organised Konfusion, le sample de « Wind Parade » a ici subi un lourd filtrage afin de faire ressortir la basse et laisser en arrière plan le reste de l’instrumental.

Sampleur : Lords Of The Underground - « Frustrated » (1994)
Samplé : « Weasil » (1969)
Producteur : K-Def

Le fait d’avoir su saisir au vol la fugacité de cette boucle cuivrée prouve à la fois deux choses. La première, démontre l’importance du répertoire de Donald Byrd dans la culture du sampling, la deuxième atteste tout simplement le génie de K-Def. Véritable bombe 90′s, ce titre caractérise à lui seul le style des Lords Of The Underground, ardent, fougueux et on ne peut plus unda.

Sampleur : Nas - « NY State Of Mind » (1994)
Samplé : « Flight Time » (1973)
Producteur : DJ Premier

Entré dans la légende, « NY State Of Mind » a pourtant été créé dans une petite piaule avant d’être enregistré dans le mythique studio D&D. Si la production repose essentiellement sur un sample de Joe Chambers couplé à celui de Byrd le reste fait aujourd’hui partie de l’histoire comme l’évoquait DJ Premier au magazine Complex : « If you listen to ‘N.Y. State of Mind’ you’ll hear him going, ‘I don’t know how to start this shit,’ because he literally just wrote it. Before he started the verse, I was signaling him going, ‘One, two, three,’ and he just goes in like, ‘Rappers I monkey flip’em, in the funky rhythm. » He did that in one take. »

Sampleur : The Beatnuts - « Props Over Here » (1994)
Samplé : « Wee Tina » (1960)
Producteur : The Beatnuts

Si aujourd’hui les Beatnuts ne font plus guère parler d’eux il ne faut pourtant pas sous-estimer l’importance que ce groupe a eu durant les 90′s. Révélés sur leur premier album Street Level en 1994, c’est en partie grâce à leur single « Props Over Here » que le trio s’est imposé dans le gamme. Classique 90′s indéniable, le morceau met en avant un sample issu du solo de Paul Chambers, véritable virtuose de la contrebasse et qui trente ans plus tard se refait une jeunesse en faisant vibrer les rues de New-York.

Sampleur : Pete Rock & C.L. Smooth - « All The Places » (1994)
Samplé : « Places And Spaces » (1975)
Producteur : Pete Rock

Sans conteste l’un des titres les plus connus du Soul Brother Number One, « All The Places » est facilement identifiable grâce au backing vocal issu de la triplette composée de Larry/Fonce Mizell et de Kay Haith (qui officiera la même année sur Stepping Into Tomorrow) ainsi qu’à ce riff de guitare légèrement ralenti pour l’occasion et qui donnera à Pete Rock et CL Smooth une ouverture sur un rap délicieusement cotonneux. Aujourd’hui encore cette ogive conserve d’intactes sensations.

Sampleur : Shyheim - « One’s 4 Da Money » (1994)
Samplé : « Cristo Redentor » (1963)
Producteur : RNS

A seulement 14 ans, le kid de la Wu Fam possédait déjà un flow aussi affûté que ses aînés. Bien que « ghostwrité » par RZA, Shyheim avait à l’époque de quoi mettre à l’amende les petits protégés de Jermaine Dupri avec ce premier album détonnant. Parmi les pépites disséminées tout au long de l’opus, figure « One’s 4 Da Money » produit par le très mystérieux RNS qui fait ainsi la part belle à un sample aussi somptueux que pitché du « Cristo Redentor » de Byrd. Le résultat est toujours aussi étonnant et terriblement efficace.

Sampleur : Madlib - « Stepping Into Tomorrow » (2003)
Samplé : « Stepping Into Tomorrow » (1974)
Producteur : Madlib

Lorsque Madlib propose un hommage au label Blue Note basé sur un gros travail de sampling de son catalogue la filiation semble évidente. Parmi les sélectionnés figure bien sûr notre cher Donald Byrd dont le titre éponyme « Stepping Into Tomorrow » est ici repris en réintégrant certaines variations originelles afin de créer une nouvelle mouture de plus de sept minutes durant lesquelles le thème principal défile sans jamais être maltraité.

- Pierre-Jean Cléraux -

@HHnyoudontstop

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