Deux rois pour une seule couronne
New York Knicks vs Brooklyn Nets : battle of NY ?
Ces derniers temps, on a beaucoup parlé des Brooklyn Nets. Enfin, disons du moins qu’on a beaucoup parlé de Jay-Z aux Nets. Encore plus rentable que la série des « Martine », celle des « Hova » a squatté l’actu basket : « Jay-Z à Brooklyn », « Jay-Z dans NBA 2K », « Jay-Z au Barclay Center »… Il n’y en avait que pour lui ! Et ses Nets, donc...
Mais aventurez-vous donc sur le terrain de la balle orange avec un local de la Grosse Pomme, vous pouvez être sûr qu’il vous sortira de sa besace un jersey plus orange et bleu que black and white.
Alors que les noms des deux équipes sont sur toutes les lèvres outre-Atlantique, la question est légitime : les prochains affrontements entre Knickerbockers et Jay-Ziens Nets ressembleront-ils plutôt à un vrai derby des familles ou à une fête des voisins ?
Des parcours bien différents
« New York city nigga I don’t like no team but the Knicks » (Lloyd Banks)
On aurait difficilement pu choisir meilleur décor pour notre histoire. Ladies and gentlemen, welcome to New York City aka La Mecque du basket ! Si Rucker Park ou La Cage sont les équivalents b-balliens d’Harvard et Stanford, il n’existe qu’un seul et unique grand temple sur la planète : le Madison Square Garden. Là où tous les miracles se sont produits. Voilà plus de soixante ans que le parquet des Knicks raisonne au son des prières de son clergé. Willis Reed, Walt Frazier, Earl The Pearl Monroe, Phil Jackson, Bernard King, Patrick Ewing, John Starks… autant de légendes à l’origine de messes magistrales en parfaite communion avec l’un des publics les plus exigeants du sport américain. Les Knicks sont à New York depuis toujours. Les Knicks sont New York.
« I’m moving the Nets to BK » (Jay-Z)
Au sud de Manhattan, Brooklyn, nouveau berceau des « filets » (le nom de la team rend vraiment super bien en français). La franchise des Nets a connu des débuts pour le moins difficiles en ABA (une ligue rivale de la NBA à l’époque de grand-papy) : une première année dans le New Jersey avec une affluence qui atteint rarement quatre chiffres, un déménagement à Long Island pour y découvrir un parquet impraticable, ou encore un refus signé Lew Alcindor (connu plus tard sous le nom de Kareem Abdul Jabbar) de ramener son immense carcasse et sauver les meubles. Il faut attendre les années 70 pour que la lumière céleste se pose enfin sur les Nets, avec l’arrivée du plus populaire des joueurs de l’époque, Julius Erving. Une lumière qui s’éteint presque aussi vite qu’elle n’est apparue, suite au départ précipité de l’idole de NY. S’ensuit une longue traversée des abysses. La flamme de la victoire ne se retape en effet l’incruste que bien plus tard, dans les années 2000, durant la dynastie de Jason Kidd… fantastique meneur qui finit lui aussi par faire ses valises, replongeant l’équipe du New Jersey dans l’obscurité. Jusqu’à ce que le fameux phare de BK n’éclaire à nouveau sa voie.
Deux franchises sur-médiatisées
« The price is up and down like the New York Knicks » (Cormega)
Qui dit rivalité dit déchainement des passions. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle est bien présente. Pour les Knicks, ce n’est pas compliqué, elle est omniprésente, peu importe les saisons ! Il n’y a qu’à observer Spike Lee, fidèle parmi les fidèles du Madison Square Garden et détenteur d’un siège attitré, même s’il ne daigne jamais y poser son auguste fessier…
« Sitting’ courtside, Knicks and Nets give me high five » (Jay-Z)
Au sud aussi le ramdam est là, comme à la grande époque de Julius Erving ! Les terres légendaires de Brooklyn ont su accueillir leur nouvelle franchise comme il se doit, le président russe Prokhorov a sorti la planche à billets et ce bon vieux Jay-Z s’est occupé du reste. Partenariats, inauguration de la salle, design des vêtements, nettoyage des sièges après les matchs… Hova s’occupe de tout qu’on vous dit !
Tenir la distance
Comme le dit le dicton, une fois que les spots braqués sur vous, faut pas se foirer et offrir un spectacle qui en vaut la peine. Car même la plus grande des rivalités n’intéresse personne lorsque les résultats et le show ne sont pas au rendez-vous. Même un Boston-LA passe presque inaperçu lorsque les deux meilleurs ennemis font du surplace en 2006.
Aujourd’hui, le moins que l’on puisse dire, c’est que les deux équipes new-yorkaises sont en forme ! A l’heure où ces lignes sont écrites (1h52 du matin), les Knicks sont premiers de la conférence, suivis de près par des Nets en embuscade, à la quatrième place.
Est-ce suffisant pour qu’une rivalité s’installe ? « J’espère que ça va le devenir », déclare Deron Williams, le meneur de jeu de Brooklyn. On ne peut en effet en parler qu’au futur, car comme le souligne le pivot des Knicks Tyson Chandler : « une rivalité se construit en playoffs. Honnêtement, j’ai plus d’animosité envers le Heat et les Celtics que les Nets ».
Intégrer le paysage
« I’m a street corner nigga, New York Knicks loyalist » (Nas)
Si les Knicks ont de fortes chances de conserver leur base de fans même en cas de saison ratée, la marge de manœuvre est plus mince pour leurs voisins. En cas d’échec, ces derniers regretteront sûrement d’avoir quitté leur paisible New Jersey pour la dure vie de la grande ville. Squattant le territoire de chasse gardée des orange et bleus, les fans New Yorkais qui ont rejoint leurs rangs ne les soutiendront pas bien longtemps si les Nets ne pètent pas le score. C’est certain, pour eux, ce sera quitte ou double : soit ils s’imposent comme une locomotive de la ligue, soit ils en deviennent la risée.
« Leavin ‘em layed out, dead, in just a sport, ’cause we ain’t playin up here in New York » (Ja Rule)
Les Nets font donc face à deux défis de taille, intimement liés : s’affirmer en leader tout en entrant dans le cœur des habitants du quartier. Pour cela, les billets verts, le strass et les paillettes ne suffiront pas. On ne survit sur les parquets de Big Apple qu’en se défonçant des deux côtés du parquet, quitte à y laisser ses tripes. La balle est donc dans le camp des joueurs.
Mais le marketing a toujours sa carte à jouer. Pas à coup de Jay-Z, de maillots noirs et blancs ou de concerts au Barclay Center. En étant bien plus vicieux. Les New Yorkais ont adoré le bon nombre de gloires locales qui ont évolué sous leurs couleurs des Knicks, comme Bernard King (qui a débuté sa carrière… aux Nets), Stephon Marbury ou actuellement Carmelo Anthony. On ne peut que conseiller aux Nets de débusquer une pépite 100% new-yorkaise. Facile à dire, certes. Mais quel meilleur moyen de vous faire aimer une équipe que d’y faire jouer votre frère, votre cousin, votre pote… l’idole de votre ville ?




