Major Lazer peut-il sauver l’univers ?

Sorte d’afro-G.I. Joe inspiré par Chuck Norris et Dukk Nukem, Major Lazer dévaste les soundsystems à grands coups de beats surpuissants, d’une voix gutturale et d’un sens du groove qui déboîte les rotules. Tous les clichés enfumés du ragga digital sont poussés à leur paroxysme, et enrichis au grime et à l’électro stridente. Venu bouffer du clubbers, le major sera-t-il à la hauteur de la terre ?

Le postulat de départ se voulait pourtant fédérateur en rassemblant toutes les communautés enfantées par le reggae et les champs de pavot. Trop mainstream pour les steppers, pas assez violent pour les teens abusés physiquement par le Harlem Shake, Major Lazer évolue depuis 2008 dans un flou artistique total drainant avec lui l’ombre du label Mad Decent et sa trap music parasite. Véritable Pot-pourris musical à faire pâlir Snoop Lion, Major Lazer veut être fumé comme un calumet de la paix entre deux cultures dissidentes, être le Jah de tous ces esprits embrumés entre le dancefloor et Kingston Town. Que tu sois jeune fumeur d’herbe folle ou adepte de vodka/RedBull le moombathon du major ne fait pas de distinction et est susceptible de te péter à la gueule.

Les origines du mal

Des années après que l’apocalypse zombie ait ravagé la galaxie, le Major Lazer parti s’isoler après avoir ramené l’ordre et la paix sur terre. Avec l’aide d’un mystérieux homme de l’ombre du gouvernement appelé Cinco, il a été cryogénisé en tant que garant du bien être dans le futur.

Après des années de paix sur la planète, une nouvelle menace commença à obscurcir l’horizon, et le commando fut réveillé par le Comité des Cinq, ce groupe intergalactique étant confronté à un adversaire que seul le Major Lazer pouvait affronter : son ancien supérieur le commandant Général Rubbish. Rubbish venant de surgir du fin fond de l’espace où il était caché avec une nouvelle arme, le Terror Lazor, avait pour objectif de capturer tous les alliés de la terre et en faire des esclaves, afin de prendre le contrôle intergalactique et détruire la terre.

Face à la diminution des ressources pour défendre la Terre et ses alliés, le Comité des Cinq sorti le Major Lazer de son sommeil cryogénique. On lui assigna une partenaire, une tueuse connue sous le nom de Knife Fight. Ensemble, ils ont pour mission de délivrer l’univers, à partir du 19 février 2012.

A l’épicentre du puzzle, un homme Diplo (aka Thomas Wesley Pentz) DJ préféré d’Hollywood Boulevard, habitué à graisser les fadders de Beyonce à Britney Spears en passant par Kanye et Radiohead, sans inhibition : qu’on parle hip-hop, rock, électro ou reggae la bête noire n’a aucun égard pour les conventions, passant le plus clair de son temps à couper/copier/coller tous les samples qui passent à portée de ses doigts. Les contours et la philosophie de Major Lazer sont donc nés dans la tête de ce prestidigitateur des temps modernes, qui a vite été rejoint par son alter ego anglais Switch au cours de l’été 2008 au studio Tuff Gong de Kingston, sanctuaire du roots, Back To Basics ! (on comprend mieux pourquoi Snoop Lion lui a sauté dessus pour produire sa prochaine réincarnation)

C’est donc ici, en plein cœur de la vibe rastafari que les deux producteurs ont décidé de faire fi des barrières entre un style et un autre, entre une époque et la suivante pour tenter d’atteindre l’universalité. Le premier impact à voir le jour, Guns Don’t Kill People, Lazers Do! suce la tendance des précédents singles en vrai disque de dancehall numérique, manipulant les codes et les genres (certains diront avec mauvais goût) pour faire suer les foules. L’auditeur libre pourra y déceler quelques évolutions musicales naturelles mais la raison reprend vite le dessus et on se rend compte qu’au-delà d’une vindicte roots ultra-étalée sur les artworks, les racines et l’essence même du reggae sont ensevelies sous un apanage dance fluo.

En 2011, après avoir perdu Taylor « Switch » Dave pour cause de «différents créatifs», le major est promu ministre de la défense en charge de l’entertainement. Diplo est rejoint par les DJ Jillionaire et Walshy Fire (de Black Chiney) qui vont en profiter pour cracher du rhum ambré sur les braises encore chaudes laissées par les exactions du major.

«Free The Universe !», Major, yes major

Le premier plan d’attaque du major était pourtant simple… Débarquer dans l’atmosphère le 5 Novembre 2012. Mais faute de stock suffisant d’herbe et de cartouches pour tout le monde, il a dû repousser ses plans plusieurs fois pour finalement se mettre en pilotage auto jusqu’à mi-avril et organiser les rendez-vous dans le studio : pas moins de 31 featurings pour 14 tracks, quand on vous dit que c’est la foire… Il y a les habitués du comptoir Santigold, Vybz Kartel et Flux Pavilion, rejoints par d’autres guest stars intrigantes pour gonfler la tracklist : Bruno Mars, Peaches, Wycleaf jean, Ezra Koening et même ce bon vieux Shaggy.

Après l’excitation de la première lecture, le constat est mitigé. Ok ça envoie du gros son à watt qui colle dans la tête et infecte durablement l’inconscient, mais ça manque de finesse. L’odeur de l’ersatz flotte dans l’air, en particulier sur un ou deux titres EDM massivement Screamy, mais c’est la capacité du blond aux yeux bleus à concevoir de mémorables tracks de pop moderne qui entretient l’intérêt autour du projet.

Diplo excelle dans l’art de souligner les liens entre les penchants numériques du dancehall des 80’s et la lourdeur de la dance-music actuelle. Et quand il se rapproche de l’Amérique du Sud, qu’il fasse équipe avec des vétérans comme Elephant Man, Vybz Kartel, Busy Signal ou avec le dubstepper Flux Pavillion (qui va souiller le nom de Jah en blendant le classique « M. Marshall » de Johnny Osborne avec une bonne tranche de bass-dropping), le résultat est extra-terrestre. Les collaborations avec Ezra Koenig de Vampire Weekend (« Jessica ») et Amber Coffman de Dirty Projectors (« Get Free ») sont clairement là pour les fans d’easy-listenning, histoire de squatter les bandes FM. Dans le même temps, « Reach For The Stars » prouve que Wyclef Jean se plaît à faire du sur-place, et « Bubble Butt » est une track limite jetable avec Bruno Mars et Tyga qui sonne comme si il eut fallu moins de temps à l’écrire qu’à la produire. Des featurings inégaux qui prouvent que tous les cartons d’invits ont bien été distribués, mais que certains invités sont venus les mains vides.

Major Lazer - Watch Out For This (Bumaye) feat. Busy Signal, The Flexican & FS Green by Major Lazer [OFFICIAL]

Les puristes devraient probablement se tenir à l’écart de ces prétendues contrées jamaïcaines au goût plus proche d’Ibiza que de Kingston. Autant les débuts de 2009 étaient amusants et on pouvait croire à la blague, autant la suite pousse le délire encore plus loin, si bien qu’on frôle par moment le souk ou le carnaval de Rio, au choix. Le major, malgré un sens de la fête inhumain et même si il fait indéniablement le taff devra attendre de se faire remixer une bonne douzaine de fois avant de trouver la voix de la liberté galactique et botter le cul de tous ces zombies (pour preuve « Jah No partial » qui après avoir été tripoté par les plus pervers trouve le salut sous les mains de Skream)

Pour continuer la lecture… Cache ta tête

Que l’on se cache derrière un masque ou derrière un graphiste un peu zélé (ici le cartoonesque Ferry Gouw), le choix est le même : Mettre en avant l’œuvre avant la personne. Des Kiss à Gorillaz en passant par les Daft et MF Doom l’œuvre sémantique originale (pour ne pas dire l’univers complètement ché-per) a toujours été plus dense et intéressante que son auteur. Un peu de story-telling pour romancer le truc et l’idée derrière toutes ces pirouettes devient claire : divertir le spectateur par tous les moyens, ce qui est typiquement le cas pour Major Lazer qui n’hésite pas à jouer de la playmate en treillis quand le show ralentit et à accompagner un bon drop avec une phase de booty-shaking hypnotique.

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Vincent Vuillaume
@Vvuillaume

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