De Benjamin Biolay à Booba, Novembre passé à la loupe

Les chroniques du mois : Novembre

5 décembre 2012 . 4 commentaires
By Sipowitz, in Featured, What else ?

Benjamin Biolay – Vengeance (Naïve)

Immense. Telle était l’attente autour du sixième album du dandy nébuleux, qui aura quasiment durée trois longues années. Il faut dire que La Superbe, dernier chef d’œuvre en date de la chanson française, avait placé la barre à une hauteur rarement atteinte. Alors forcément, Biolay ne pouvait faire que moins bien… Raté ! Si la première écoute révèle un disque moins grandiose que son prédécesseur, car nettement moins tourmenté, les suivantes dessinent les contours d’une œuvre addictive, magistrale et résolument moderne. Sur la forme, Biolay prend la tangente. Quand La Superbe se lovait dans un spleen permanent, Vengeance repose davantage sur l’énergie, la spontanéité, voire l’optimisme (“Marlène Déconne”, “Sous Le Lac Gelé”). Sans jamais trop en faire, en étant continuellement sur le fil du rasoir (“Ne Regrette Rien” feat. Orelsan, monumental), B.B. réussi l’impossible pari de retomber sur ses pattes après avoir marqué l’histoire. Vengeance est l’album qu’il fallait, au moment où il fallait. Forcément inférieur à La Superbe, pensait-on ? Nous avons encore parlé trop vite. – Esco -

Booba - Futur (Tallac Records)

Le 26 novembre, le vaisseau mère Futur a frappé nos oreilles avec à son bord un commandant du nom de Booba, plus déterminé que jamais à écraser ce rap game. Une cargaison de dix-sept pistes qui s’inscrit comme l’évolution logique post Lunatic/Autopsie vol.4. de la musique d’un artiste toujours dans la tendance (américaine) du moment. « Sort un album, double album, je n’ai pas la pression », nous informe-t-il sur « Maki Sall Music ». Une phrase qui s’adresse autant à ses concurrents qu’à lui, et qui prend son sens dans le contenu de l’album tant le duc semble avoir pris plaisir à mélanger ses délires autotunés (qu’ il semble adorer) aux tracks pleines d’égotrips qui lui sont plus naturels tel « Billet vert » . Un album qui allie donc le bon et le moins bon, l’enchaînement « Kalash » , « 187 » , « O.G » ambiancera certainement vos soirées au Jack, tandis que la grosse prise de risque sur « Jimmy » (pour ne citer qu’elle) deviendra juste à la longue assez enivrante pour ne pas se faire switcher. - MJ-

Brian Eno - Lux (WARP Records)

Avec Brian Eno, une chose est sûre, on s’évade dans un voyage onirique capturé sur bande audio. Son dernier né, Lux, est issu d’une installation sonore orchestrée pour une exposition d’art à Turin, et c’est exactement le genre de nuage musical qu’on pourrait trouver chez Nature&Découverte sous le nom de Music for Galleries. En fait, Lux émane clairement du délire de son auteur qui a déjà auparavant exécuté son célèbre Music for Airports, sorte de folie musicale exigeant autant d’attention que de laisser-aller de la part de l’auditeur. Parmi les quatre sections, dont la dernière est la plus frappante : l’ambient d’Eno (qu’on pourrait vulgairement qualifier de musique d’ambiance) s’apparenterait presque à de la musique classique. Mais c’est seulement sur cette dernière track que l’on retrouve l’esprit créatif que l’on connait déjà. Le reste de l’album ne reposant que sur une boucle de piano sans cesse répétée avec plus ou moins de variations, à l’image de l’actualité de son auteur. Brian Eno fait aujourd’hui des applications pour tablette permettant à quiconque de construire des paysages sonores « Enoesque », et on ne serait pas surpris de voir débarquer un de ses fans avec une composition made-in-iPad qui aurait plus de gueule que la sienne. - Vv -

Crystal Castles - III (Polydor Ltd.)

Les Crystal Castles n’ont probablement jamais voulu devenir « à la mode », adulés et encore moins imités. Après un deuxième album (II) que l’on peut qualifier de relativement modéré, établissant l’équilibre entre une destruction rationalisée de la synth-pop et des atmosphères de bugs numériques, le duo canadien revient à la charge en continuant de foutre le bordel dans un style saccadé étrangement proche de leur premier effort. Mais au lieu de tirer à boulets blancs sur les synthés dans le but de récolter un patchwork électro-anarchiste avec de vrais morceaux de 8-bit dedans, (III) ressemble davantage à une station de radio pirate où grouillent les décolorations sonores. Dès le début avec « Plague », et plus tard sur « Mercenery« , on détache naturellement son esprit de toutes considérations matérielles, et on se retrouve physiquement plongé au cœur du plus mélodique des larsens. Sur « Kerosene », les bricolages sur la voix (type chipmunk) s’apparentent à un charabia sur fond de rythmes mécaniques 8-bit. Au final, (III) parvient à canaliser la désorientation de manière à ce que l’on se complaise dans cet enfer flouté. - Vv -

Guizmo – C’est Tout (Because Music)

Troisième album pour le Gremlins le plus célèbre du game et l’animal ne ralentit pas la cadence, loin de là. Un projet au titre symbolique, en forme de mise au point exhaustive d’une jeune carrière marquée par le sceau de l’incertitude. Si Guizmo s’égare dans des titres à la pertinence limitée « Trop Fraiche », « Laetitia », cet accroc aux substances illicites fait étalage de son talent de story-teller sur des pistes calibrées pour figurer au panthéon des plus belles réussites d’une carrière d’ores et déjà fournie. En témoignent les Jazzy et introspectifs « Guizmo 2, « Le Café » et « Le Bus », brillantes illustrations d’un MC naviguant entre rêves et réalités, entre la vie d’artiste et celle du jeune banlieusard de Villeneuve-La-Garenne, se défonçant au rap pour faire taire les démons cachés dans le placard. C’est Tout est à ce jour le projet le plus abouti de l’ex-membre de l’Entourage, sombre et poignant à souhait. Ouzou. –Nico-

Marvin Gaye - Trouble Man : Exepended Edition (Hip-O Select/Motown)

Devenu le chanteur RnB le plus populaire de la Tamla-Motown suite à la sortie du prodigieux What’s Going On paru en 1971, Marvin Gaye s’est attiré les faveurs de la maison mère pour la production de la bande originale du film Trouble Man d’Ivan Dixon. Un film à la sauce blaxploitation dont le seul intérêt artistique reste comme très souvent la musique. Mis en confiance par le succès populaire des travaux d’Isaac Hayes sur Shaft et de Curtis Mayfield sur Superfly, Gaye s’est taillé un petit bijou soul-jazz orchestral très urbain, épaulé par la crème des arrangeurs dont Gene Page, James A Carmichael ou encore J.J. Johnson. Quarante ans plus tard, Trouble Man revient dans un nouvel écrin, rallongé - entre autres - de morceaux inédits et d’une galette supplémentaire pour un plaisir non dissimulé. Une réédition de choix pour le moins honnête signée Hip-O Select/Motown. -CrazyHorus-

Motorama – Calendar (Talitres/Differ-Ant)

Motorama, c’est typiquement le genre de groupe issu du petit monde de l’indie pop à se retrouver dans tous les bons coups à l’heure des tops de fin d’année. A l’instar d’Alt-J (bien que l’écho de ces derniers soit nettement supérieur), de Destroyer ou Mac Demarco, les cinq russes se trouvent à la croisée des genres entre twee pop, dream pop et folk, la new wave en plus. Car à l’écoute de Calendar, c’est très clairement à Ian Curtis que l’on pense. Voire même à ce bon vieux Faris Badwan (The Horrors). Et l’on se prend alors à déplorer la relative banalité des compositions de Motorama, tant la voix de son frontman Vladislav Parshin recèle bien des trésors. Calendar est un disque en tout point plaisant, mais il aurait gagné à être un peu plus “bar à bières crasseux” que “barque sur un lac de montagne”. En clair, il manque à ce deuxième opus des ruskov une belle paire de burnes qui l’aurait rendu, pour le coup, remarquable. Le groupe est encore jeune, et tout vient à point à qui sait attendre… - Esco -

Murs & 9th Wonder - The Final Adventure (Jamla)

Après l’avoir quitté fin septembre avec This Generation en compagnie de Fashawn, nous retrouvons Murs à peine deux mois plus tard pour un nouvel album. Une fois de plus, le natif de Mid-City s’est acoquiné avec un autre artiste du rap game en la personne cette fois-ci de 9th Wonder. The Finale Adventure est l’intitulé de cette cinquième collaboration entre les deux lurons qui, comme vous l’aurez compris, clos la saga Murs/9th Wonder entamée en 2004 avec Murs 3:16 : The 9th Edition. Après un dernier opus très orienté west-coast (Fornever), les deux acolytes sont revenus aux fondamentaux et nous livrent une fois de plus un projet court puisque seulement 10 morceaux sont à se mettre sous la dent. Mais contrairement à This Generation paru quelques semaines plus tôt, Murs a trouvé la bonne formule grâce notamment à un 9th Wonder plutôt inspiré. Les prods sont plaisantes, les samples bien trouvés, les lyrics et le flow efficaces, en somme la formule idéale pour conclure en beauté l’aventure Murs/9th Wonder. - Rémy -

Pac Div - GMB (RBC Records)

Deuxième test pour le trio Pac Div qui nous revient avec son sophomore album GMB, un an tout juste après la parution de son premier essai The DiV. Pour ce nouvel opus, rien ne change ou presque, Like et Swiff D s’occupent une nouvelle fois de la plupart des productions histoire de ne pas changer les bonnes vieilles habitudes. Côté featurings, nos amis nous offrent des invités un poil plus prestigieux que le prédécesseur (Blu, Kendrick Lamar, Kurupt, Mac Miller). Malheureusement, cet effort n’aura servi à rien, car après un « debut album » quelque peu décevant, Mibbs, Like et BeYoung font encore pire avec GMB. Mise à part l’incroyable « Truth » et quelques titres accrocheurs qui se comptent sur les doigts d’une main, on ne retiendra finalement pas grand-chose de ce second opus très loin de nos espérances. - Rémy -

Roc Marciano - Reloaded (Decon)

Il y a deux ans, Roc Marciano nous offrait une œuvre à la beauté froide et cinématographique teintée d’un sens de la production encore frais mais déjà accompli. L’effet Marcberg n’a d’ailleurs pas tardé à se faire sentir. Acclamé par le public et les acteurs de l’underground, aussitôt courtisé par une tripotée d’artistes dont Evidence, Gangrene, Large Pro ou Random Axe, le natif de Long Island récolte encore aujourd’hui les fruits de son labeur. Avec Reloaded, Roc Marcy remet donc gentiment le couvert aux côtés d’Alchemist, Ray West et des Arch Druids. Réitérant la même recette que sur son précédent album, le MC parvient une nouvelle fois à toucher sa cible. Productions épurées, samples bien sentis, grain poisseux et délicieusement grimey, ce Reloaded s’avère être un excellent cru. -CrazyHorus-

The Weeknd - Trilogy (Republic Records)

L’album Trilogy était très attendu de chaque côté de l’Atlantique, projet qui mériterait plus le titre de compilation puisqu’il regroupe simplement ses trois premières mixtapes. House Of Balloons sortait du brouillard en mars 2011, un bijou catégorisé R’n'B mais n’abordant pourtant pas le genre de la même façon qu’un R.Kelly. La voix angélique de l’artiste nous transporte ainsi sur « The Morning » ou encore « High For This ». Seulement cinq mois plus tard, la révélation avec Thursday, l’hymne du jeudi. On en apprend un peu plus de l’homme derrière les ballons, qui se lie avec Drake pour le titre « The Zone » et apparaît plusieurs fois à ses côtés sur scène. Un visage accompagne enfin cette voix qui nous fascinait autant que nous intriguait. Enfin, le 21 décembre 2011, Echoes Of Silence la consécration, le monde sait enfin qui se cache derrière The Weeknd. Une très bonne reprise de « Dirty Diana » de Michael Jackson, quelques mots en français sur « Montréal » ou encore la track « Next » lui ont permis de se mettre dans la poche toutes les jeunes filles qu’il croisera. Trois petites chansons rajoutées, à la hauteur des vingt-sept autres, et presque une année plus tard vous voilà en train d’acheter Trilogy. 120 000 copies vendues les deux premières semaines, c’est un bon résultat quand on sait que presque toutes les tracks étaient en téléchargement gratuit il y a encore quelques mois. - Adrian -

Vitalic - Rave Age (Citizen Records)

3 ans de silence (et un EP) se sont lentement écoulés depuis l’excellent Flashmob de l’ami Vitalic (alias Pascal Arbez), et pourtant on pourrait presque croire que les tracks de ce Rave Age (prod by Stéphane Alf Briat (Air, Phoenix) ne sont rien d’autres que des chutes de studio datant de 2009. Pourtant ça commençait plutôt pas mal avec «Rave Kids Go» et «Stamina» qui réussissent le pari-fou de marier à la fois les Chemical Brothers et Prodigy. Mais bon, en pur produit clubbing, Rave Age s’adresse avant tout aux amateurs de Vodka Redbull en dégustation chez Colette. L’electro-disco-patte-d’eph de Flashmob laisse ainsi la place à un cocktail agressif de New Rave sur lequel ne rechigneraient pas les électro-mafieux Crookers. En fin de compte, c’est un peu ça le problème de ce skeud : quand on l’écoute, on a l’impression de déjà connaître les références de l’artiste, du coup, on a du mal à voir l’album autrement que comme un simple blindtest. Rave Age c’est un peu le chocolat alcoolisé à la prune de ton coffret Suchard : tu savoures les yeux fermés ou tu craches en skred. - Vv -

Wu-Block – Wu-Block (E1 Music)

De prime abord, l’association entre deux des collectifs ayant contribué à façonner le son New-Yorkais des années 90 fait saliver. Emmenés par Sheek Louch et Ghostface Killah, D-Block et le Wu-Tang croisent les armes le temps d’un disque flairant les ruelles sombres New-Yorkaise, plongées dans une atmosphère poisseuse et oppressante. Véritable revival 90’s, Wu-Block assume son côté old-school que certains qualifieraient de ringard et propose un recueil bien venu de ce que le Rap made in East Coast a de plus authentique à proposer. En témoigne le superbe « Drivin’ Round », sublimé par la voix vaporeuse de la Diva Badu ou les exercices de style « Crack Pot Stories » et « Take Notice ». Brutal et sans concession. Ghostface prouve une fois de plus qu’il n’a pas son égal lorsqu’il s’agit de sublimer de banales histoires de rue par des lyrics imagés à la teinte forcément obscure. –Nico-


Les notes de la rédaction


4 Commentaires
  1. NWA le 5 décembre 2012 à 20 h 29 min

    Salut,
    Il manque la chronique de Girl On Fire d’Alicia Keys.
    Sinon, prévoyez-vous de faire un article sur elle comme vous le faites souvent lorsqu’un artiste renommé (ou talentueux) sort un nouvel album ?
    Ps: Booba mérite un zéro, non, en fait il ne mérite même pas d’être chroniqué…

  2. Jonatan le 6 décembre 2012 à 10 h 28 min

    Mais je ne comprends pourquoi Booba obtient 3,5 alors qu’aucune note ne dépasse 2,5 en bas.
    Personnellement je lui met 1

  3. Esco' le 7 décembre 2012 à 11 h 16 min

    Effectivement, si l’on fait le compte de nos notes respectives, la moyenne de Booba doit tourner aux alentours de 2/5. La note à côté du texte correspond en réalité à la note du rédacteur de la chronique.

    Pour ce qui est d’Alicia Keys, nous l’avons rien prévu de particulier sur elle, autant qu’elle retourne faire de bons disques :p
    Ravi de voir que Booba fait autant débat !

  4. Jonatan le 7 décembre 2012 à 22 h 41 min

    Merci pour les explications.
    Le sujet Booba est épineux, avec beaucoup de « Groupie du Net » qui manquent d’objectivité, et parfois de culture musicale ouverte.
    J’ai trouvé le Duc très en dessous du niveau qu’il affichait sur « Lunatic »
    Mais chacun est libre de se faire sa propre opinion :)