Omar nous a tuer

Le produit Canal + Omar remporte un césar, une surprise?

27 février 2012 . 6 commentaires
By Sipowitz, in Urban culture

« J’suis désolé, bon je vais parler de mes parents et de mes enfants, ils regardent mais j’ai envie de dire putain! », Ces premiers mots d’Omar Sy sonnent comme un coup de théâtre pendant une soirée où conventions et humour se sont une nouvelle fois embrassées lors de cette 37ème cérémonie des César.
Une victoire qui apparaît comme celle d’un outsider face au clooneysque Jean Dujardin devenu en l’espace de quelques mois une marque multinationale qui s’est battu d’ailleurs dimanche soir à Los Angeles pour formaliser son passage du régional à l’international. Mais cet engouement va au-delà de cette opposition médiatique entre les deux acteurs, chacun se sent concerné par cette réussite qui traine avec elle la force d’un homme dans l’éloquence de ce qu’il représente.
Pourquoi la réussite d’un comédien noir issu des banlieues, doit-elle forcément propulser l’intéressé en porte drapeau de ce qu’il incarne plutôt que féliciter exclusivement l’artiste qu’il est. Une effervescence qui masque une victoire estampillée Canal + qui n’a finalement rien de surprenant…

David contre Goliath, la fausse opposition médiatique

Plus de 18 millions d’entrées pour Intouchables et 2 millions pour The Artist, pour le box office les rôles du gros et du petit apparaissent comme évidents. C’était sans compter sur le fait qu’aux César les succès d’estime écrasent les succès populaires, on se souvient de l’absence quasi totale des Ch’tis lors de la 34ème cérémonie en 2009. C’est ainsi qu’émerge l’opposition entre deux hommes. D’un coté Jean Dujardin complètement lavé de son image de LouLou ou de Brice de Nice, est devenu un acteur mûr et respecté pour avoir joué dans un film muet en noir et blanc, imbriqué, et de façon crédible, dans la course aux Oscars. Il incarne la distance quand Omar Sy nous accompagne quotidiennement avec des blagues des plus beaufs aux plus subtiles dans le SAV. Le choix devient lourd de sens, en élisant Omar c’est la famille qui gagne, c’est une victoire de la proximité partagée avec le peuple. Qui ne s’est pas instinctivement réjoui, se sentant plus impliqué que jamais depuis son canapé lors de l’appel du nom du pote de Fred? La gestuelle du gagnant nous conforte dans cette sensation d’avoir affaire à un footballeur qui délivre sa petite équipe régionale qui, à l’image des différents postes occupés, le garde, le défend, le créer et l’a soutenu pour l’envoyer aujourd’hui jusqu’au but.
C’est donc avec un certain amusement qu’on note que tous les médias « urbains » se réjouissent de la victoire d’Omar Sy comme s’il était l’un des leurs. Une émotion que Jean Dujardin n’aurait jamais su créer car lorsqu’ Omar gagne, à leurs yeux c’est tout son background social et culturel qui est consacré plutôt que sa véritable qualité d’artiste. Une sorte de discrimination positive, des « siens », qui finalement met de coté l’essentiel, le talent.
Omar Sy a su s’imposer tel un David donné perdant mais avec en prime l’éthique presque victimaire du quand on veut, on peut même si toutes les chances étaient du coté du Goliath Jean Dujardin desormais bien loin de son premier 7 d’or.


Une supercherie Canal +, le faux outsider

Sous la surface de l’iceberg qu’est cette sympathique victoire du nouveau noir issu des banlieues devenu à force de travail et de talent la 3ème personnalité préférée des Français, se cache, et c’est pourtant gros comme une maison (ou dans ce cas, ça peut faire couler le Titanic) un Omar Sy, produit Canal pur et dur. Il semblerait que malgré ses allures de victoire de toute une vie, ce petit César avait tout de même quelques fées qui s’étaient penchées sur son berceau. L’équipe de bobo sur le déclin du Grand Journal dont une grande majorité du public a percé l’incapacité de se renouveler, devenu pour la plupart de ses spectateurs une bonne source de blague, compte au sein de ses troupes le très très fidèle Omar. Il passe au travers du filet des railleries car ses blagues sont toujours drôles et parce qu’on ne touche pas au SAV, mais cela n’empêche qu’il fréquente quotidiennement le même réseau élitiste que son patron Michel Denisot. Patron qui endosse aussi par le plus grand des hasards le costume de producteur de cette 37ème édition des César. En France on méprise bien volontiers l’aspect des Oscars qui contrairement à la fête du cinéma français font partir les équipes de films en campagne. Que fait-on dans ce cas de L’entrée des Trappistes documentaire Canal + diffusé à quelques jours des Césars redorant le blason des trois amis Nicolas Anelka, Jamel Debouze et (oh surprise!) Omar Sy. L’image du personnage simple et méritant est bien ancrée dans tous les esprits, sa victoire apparaîtra malgré tout comme surprenante.


Avec cette double symbolique qui se cache derrière ce fameux prix, on est loin de la considération censée être centrale du véritable talent dont a fait preuve Omar Sy dans Intouchables. On se retrouve propulsé au cœur de la fausseté d’un rallye dans le 16ème où l’invité le plus remarqué restera le jeune sénégalais adopté pourtant éduqué dans le moule de la haute bourgeoisie mais dont la représentation de ses origines prendra toujours le dessus pour une bonne dose de bons sentiments à la limite du malsain.

- Sipowitz et Ju’ -


6 Commentaires
  1. cluddah le 28 février 2012 à 11 h 53 min

    Certes il travaille pour Canal + depuis plusieurs années , cela n’enlève rien à son talent . De plus ce n’est pas comme si il avait été parachuter et qu’il n’avait fait aucun film avant . Via cette article, j’ai l’impression que vous ne vouliez pas qu’il gagne , vous semblez deçu ,on parle un peu trop d’ou il vient , mais pas assez jusqu’ ou il va aller .Et si il n’avait pas gagner , on aurait encore sortit le discours  » la France n’est pas prete a voir un Noir gagné un César, et tout le couplet sur la banlieue » ( je rappelle que Neuilly c’est la banlieue aussi). Saluons le talent, et kiffons juste ce moment . Ca fait du bien dans la période dans laquelle nous sommes .

  2. No-one le 29 février 2012 à 18 h 43 min

    Je pense qu’il y a du bon comme du mauvais. Certes ce film n’est pas un navet, mais le jeu d’acteur n’y est pas exeptionnel. C’est l’image véhiculée autour qui a été primée et non le jeux d’acteur de son premier rôle. Cela n’enlève en rien au talent d’Omar, mais le dénouement de cette hisoitre semblait être tracé depuis bien longtemps.
    Rappellons que ce qui est primé est le meilleur interprète masculin, et non l’interprète qui a rassemblé le plus grand public. On finit par s’y perdre. Bienvenue chez les ch’tis a rassemblé des millions de téléspéctateurs, mais cela signifie t’il que Danny Boon méritait un césar? Je ne crois pas.

  3. Sipowitz le 29 février 2012 à 23 h 24 min

    @cluddah: Nous sommes sincèrement très heureux qu’Omar ait gagné ce César tout comme nous pensons qu’il le mérite. La réaction face à sa victoire, notamment celle des médias dits « urbains » nous a interpelés et c’était simplement une réflexion et une analyse sur ce que cela représente que nous avons voulu relayer, plutôt qu’une prise de position sur la légitimité du prix pour tel ou tel acteur.

    @No-one: Le succès populaire est selon moi toujours à prendre en compte, c’est une première preuve qu’une œuvre ou un jeu d’acteur a su plaire dans une certaine mesure. Cela ne donne pas le droit d’office à un César mais de l’estime sans aucun doute, ce qui aurait du se traduire par des nominations pour les Ch’tis. Je pense qu’Omar Sy primé et les multiples nominations d’Intouchable allaient dans le bon sens.

  4. cluddah le 1 mars 2012 à 18 h 25 min

    Vous avez une bonne analyse , et c’est vrai que de mon coté des infos me manquent , je ne suis pas , en effet , aller voir ce qu’en disait la presse dite « urbaine » . Je me suis uniquement basé sur votre article et quelques articles journaux ou télévisés . J’aime la vision que vous portez sur différents sujets , c’est pourquoi je me suis permis de réagir sur celui ci , qui me paraissait dur à l’encontre d’ Omar Sy .

  5. SoWhat le 1 mars 2012 à 18 h 42 min

    Le fait que Canal + apparaisse comme étant le club phare du snobisme français n’est pas vraiment nouveau (pour le vérifier, il suffit simplement de se brancher sur les invités du Grand Journal qui ont quasiment tous un lien avec la famille canal). Au final peut importe les rôles de chacun dans cette attribution du césar, Omar Sy a été récompensé et ça nous a tous fait plez

  6. Sipowitz le 1 mars 2012 à 19 h 45 min

    @cluddah: Merci pour le compliment et nous sommes contents que tu te sois permis de réagir :)