Des jeux du cirque post-moderne qui fleurent bon le cuir et la moustache...
Justice au milieu de l’arène
Parmi toutes les scènes de la planète, ils ont choisi cet illustre lieu, témoin d’une gloire passée que sont les arènes de Nîmes pour amuser un peuple digitalisé, et immortaliser ces jeux du cirque post-moderne qui fleurent bon le cuir et la moustache. Les deux justiciers sont entrés dans l’arène pour imposer au monde leur vision discodéinée de la musique et ont opté pour l’écho du live. Un parti pris qui résonne presque comme une affirmation d’identité, les frenchies voudraient-ils troquer leurs habits de lumière « Surface To Air » contre le talent de Bach ? La question est posée.

The Show Must Go On
Alors déjà, pourquoi encore un live ? Au mieux, les cris hystériques de la foule parviennent à révéler un groupe encore plus barré dans sa tête, soucieux de transformer une soirée club en projet x. Mais dans le cas de Justice, les chevelus nous ont déjà fait le coup en 2008 avec Accross The Universe, en frappant direct au foie avec une prod vidéo signée Romain Gavras et un set inoubliable. On est donc en droit de se poser la question : un album live ? Encore ? Pour un groupe qui n’a «que» deux albums à son actif, ça frôle l’onanisme. Mais ce serait oublier que l’on parle de Justice.
Néanmoins, tenter de faire mieux que le «Grammysé» Across The Universe est un défi de taille, et sans docu choc signé Gavras pour séduire les amateurs de backroom électro, l’album risque fort d’être oublié aussi rapidement que l’excitation qu’il procure. Tout repose donc entièrement sur le mix, sur les transitions que Gaspard et Xavier créeront à partir de tout leur répertoire pour faire de ce set, un album à part entière. On s’est tous déjà pris à refaire le film devant nous en écoutant un vieux bootlegs live, quelle que soit la génération (que ce soit les Pink Floyd à Pompeii ou Jay-Z et Kanye à Paris) mais combien d‘albums live ont traversé les décennies ? À part intéresser les chanceux qui se trouvaient de l’autre côté de la barrière le jour J, les disques lives n’apportent rien d’autre qu’une chaleur toute particulière proportionnelle à la taille de la scène.
randomAccessmemoriesAllArenas
Mais la réalité est tout autre, un show de Justice n’est pas seulement un DJ Set pour les âmes égarées du Social Club. Access All Arenas, même s’il ne provoque pas la même sensation de viol sensoriel que son prédécesseur, s’en sort pas trop mal. Dans un monde où une simple reprise musicale constituerait presque une palpitante spontanéité, Justice ne tombe pas dans la facilité et nourrit tout son set de hits passés au hachoir et de riffs rock éparpillés sur la place publique comme des entrailles pendantes (on capte mieux la métaphore des arènes).
Dans ce sens, Access All Arenas prouve que trop de gens ont probablement rejeté trop vite le dernier album Audio, Video, Disco. Bien sûr, c’était un peu lisse par endroit (et moins bandant surtout), mais quand vous apportez de la nouvelle matière dans une arène, réussir à coller avec de vieux classiques brutaux comme «Genesis» et «Stress» est presque un exercice de style. Le constat est à peu de choses près le même que quand le public a rejeté Human After All des Daft Punk avant de se manger une méchante droite avec le Alive de 2007. Bon, maintenant on ne vas pas dire que tout le monde s’est gouré sur Audio, Video, Disco, ce serait mentir. Mais Access All Arenas donne au moins la chance à ceux qui se sont détournés de la croix, de changer d’avis sur les justiciers.

On sent d’ailleurs que Access All Arenas a été méticuleusement pensé et produit afin d’éliminer les incartades clubbing des précédents albums. Finis les coups de lèche à Uffie, Soulwax ou Franz Ferdinand, finis le molestage de Metallica, bon Simian est et sera toujours là en bon ambianceur de foule mais pour le coup, Justice a choisi d’affirmer son style unique, n’exploitant que le célèbre «Toaccata and Fugue in D Minor» de JS Bach comme magistrale intronisation. Certains le regretterons, mais Justice prend enfin le parti de sortir de son rôle de DJ traditionnel pour affirmer ses propres créations ; une justice aveugle et impartiale, pour tous.
AND JUSTICE FOR ALL
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Vincent Vuillaume
@Vvuillaume







Oh qu’elle est belle cette description d’Access All Arenas…!!! Je pense que vous avez bien résumé les choses… Justice nous a servi un live en or… Mais comme tous les lives, c’était encore meilleure à vivre… Merci Justice, vous êtes là et vous serez encore là pour longtemps…
Merci JoJo ! En effet un show de Justice se vit en face des baffles et surtout devant cette immense mur de Marshall incandescent. On peut regretter le manque d’une vidéo en + du live, mais ce n’est que pour mieux nous laisser aller à l’imaginer.