Swedish-touch...
[Interview] The Amplifetes - Une lumière analogique
Quand on parle de musique suédoise on est, soit un peu largué, soit rapidement rattrapé par ces vieux démons qui vous balance en pleine face l’âge d’or d’ABBA. Pour les initiés, The Amplifetes font office de référence. Pour les néophytes, le quatuor suédois s’est fait largement piller par le monde de la pub. Musicalement situé entre l’électronique allemande et le rock anglais, c’est un soir de Février 2013 que Neo Boto a rencontré le quatuor The Amplifetes et leur a laissé la parole …
Salut les gars, alors pour commencer est-ce que vous pourriez vous présenter chacun votre tour pour nos lecteurs qui ne vous connaîtraient pas et nous dire pourquoi vous êtes irremplaçables dans le groupe.
Peter Ågren : Alors moi c’est Peter, l’homme barbu. Je chante principalement, je touche un peu de clavier et je fais aussi d’autres trucs. Forcément mon atout c’est les poils, voilà pourquoi je suis irremplaçable. Ca prend un temps fou pour atteindre un rasage si parfait.
Tommy Spaanheden : Moi c’est Tommy, je suis aux claviers et je pense être le seul à savoir faire fonctionner toutes les machines qu’ont a utilisées sur l’album.
Henrik Jonback : Jonback, bassiste depuis 20 ans et accessoirement aux claviers de temps en temps. Perso je pense que c’est mon doigté qui est irremplaçable.
Henrik Korpi : Et moi mon nom c’est Henrik, je suis le batteur. A vrai dire je ne sais pas vraiment pourquoi je serais unique dans ce groupe, mais en disant ça je pense que c’est pour ma modestie. (rire)
En fin de compte vous vous essayer presque tous aux synthés sauf le batteur en fait ?
Peter Ågren : Ouais on peut dire ça
La première chose dont on se souvient, quoi que vous disiez, c’est de votre nationalité, vous êtes Suédois. C’est un vrai vivier musical en termes de métal, de punk et d’électronique (sans oublier les groupes de pop eurovisionnés) : Teddybears, The Knife en passant par Swedish House Mafia. Comment vous expliquez cette richesse et surtout cette diversité musicale ?
Tommy Spaanheden : Un journaliste au Japon nous a posé la même question, il nous parlait des groupes de Black métal scandinave en général. On lui a répondu en un mot : liberté. En Suède, s’il te prend l’envie de monter un groupe, tu montes un groupe, c‘est accessible à tout le monde.
Henrik Jonback : Je me souviens quand j’étais plus petit, j’avais besoin de me faire un peu d’argent par-ci par-là pour m’acheter des CD ou autres, comme tous les gosses de mon âge quoi. On avait qu’à demander gentiment à la classe de musique de l’école, et on pouvait embarquer les instruments quelques heures à condition de les ramener en bon état.
D’ailleurs j’ai entendu dire que les écoles de musique étaient gratuites en Suède, c’est vrai ?
Henrik Korpi : Absolument. On est vraiment fier de notre système éducatif sur ce point
Diriez-vous qu’il y a une swedish-touch ?
Tommy Spaanheden : C’est assez dur à définir. Bien sûr il y a des mélodies typiques mais de là à parler d’identité musicale suédoise… Je dirais plutôt, au niveau des influences, que la musique suédoise est, comme toutes les autres en fait, fortement inspirée des courants anglais et américains. C’est d’ailleurs ce qu’on essaye de faire avec The Amplifetes, canaliser nos influences tout en établissant une identité proche de notre culture.
Peter Ågren : Mais on est loin d’y arriver (rire). La preuve, on essaye encore aujourd’hui.
Henrik Korpi : Il y a aussi un facteur indéniable qui influence grandement notre musique, c’est le temps. La Suède possède un climat très particulier, des températures polaires, des nuits qui s’étirent, etc… Si on habitait à Rio je suis persuadé qu’on ne sonnerait pas de la même manière.
J’ai noté quelque chose d’intéressant, j’ai lu dans une interview que le groupe était né, en quelque sorte, grâce à Myspace ?
Henrik Korpi : C’est une histoire plutôt fun en fait. Il y a un avant et un après Myspace dans l’univers des groupes de musique. Quand Myspace est arrivé, c’était un peu la révolution, toutes les barrières venaient d’exploser, tu pouvais directement dialoguer avec les artistes. Alors à partir de là, tu regardes qui est ami avec qui et c’est comme ça que je suis tombé sur Tommy qui était, à la base, l’ami d’une connaissance commune quand je vivais à Londres. Après c’est basique, tu commences à discuter musique et de fil en aiguille tu te retrouves en répète avec 3 mecs que tu ne connais pas (rire) Voilà l’histoire.
Le commencement de l’histoire !
J’ai une autre question à propos de votre rapport à Myspace. Est-ce que sur ce point vous diriez que le caractère inopiné de votre rencontre est comparable aux succès qu’on pu avoir les Arctik Monkeys grâce à ce même réseau, plus ou moins social à l’époque ?
Tommy Spaanheden : Franchement je ne crois pas, il y a toujours une major quelque part. C’est une success story de plus.
Henrik Korpi : C’est à dire que l’histoire est extraordinaire derrière l’ascension fulgurante de ce groupe en termes de notoriété, mais est-ce que c’est vrai ? Voilà la question.
Peter Ågren : En tout cas même si c’est vrai, nos histoires ne sont pas vraiment comparables étant donné que nous on a gagné aucun fan grâce à Myspace, on s’est juste trouvé. Puis bon, maintenant c’est complètement différent depuis que Justin (Timberlake) a repris l’affaire… Ils ne doivent pas manquer de moyens.
Henrik Korpi : Ouais d’ailleurs j’avais vu le trailer qu’il avait sorti avant l’inauguration du New Myspace et c’est juste magique la façon dont ils ont transformé la plateforme. Même si ça ressemble étrangement à Facebook sur le plan social, c’est beaucoup plus hype, intégré avec la musique la culture, etc… Franchement je suis très excité à propos de ce truc, on doit énormément à Myspace.
Alors sortons de Myspace et retournons à vos instruments. Comment composez-vous votre musique ? Avec cette relation profondément numérique qui existe entre vous est-ce que vous composez ensemble dans un garage ou plutôt chacun de votre côté et merci internet ?
Henrik Jonback : On utilise constamment internet pour se partager des sons bizarres, des inspirations, des musiques oubliées. C’est dans la continuité de notre rencontre, mais depuis notre album on a appris à travailler autrement et pour le dernier on a plutôt été dans le travail traditionnel genre tous les quatre avec nos instrus dans une même pièce. Classique.
On entend clairement une évolution entre vos deux albums dans la façon de composer, mis à part les sonorités analogiques que l’on retrouve, on entend une construction beaucoup plus réfléchie sur Where Is The Light, limite mathématique.
Henrik Korpi : Merci beaucoup.
Peter Ågren : Les deux façons de composer ont leurs avantages. On aurait probablement pas fait un aussi bon premier album si on n’avait pas été dans cette optique de se dire « Vas-y je prends tous les sons que j’ai et on verra ce que ça donne », cette liberté est très appréciable. Cela dit, pour Where Is The Light, être tous les quatre dans la même pièce pendant des heures, on a vécu des moments inoubliables. Et puis tout va plus vite, chacun trouve son petit riff, son petit accord et l’autre suit, c’est vraiment très différent. On peut passer trois jours sur une phase de quelques minutes sans se lasser.
C’est un peu paradoxal quand tu dis que c’est plus rapide de composer tous les quatre ensemble. On parle toujours de la puissance des réseaux, les données s’échangent toujours plus vite, 3G, 4G, les débits internet et la consommation des données n’ont jamais été aussi importants et ce n’est rien comparé aux années qui arrivent.
Peter Ågren : Ca dépend de plein de choses. Nous sommes quatre entités qui s’associent et pourtant chacun à son opinion et l’opinion de chacun compte. D’autres groupes n’ont pas du tout la même relation et le même mode de fonctionnement. Mais je comprends les mecs qui se sentent bien la dedans, la preuve, on l’a fait nous-mêmes. Tu peux te dire que ton son est super, que tu l’as fait tout seul dans ton studio et que tu vas l’envoyer à un autre pour qu’il pose des voix dessus et ainsi de suite, c’est une relation très intime avec l’internet en fait (rire) Mais le truc aussi c’est que pour ce deuxième album, on commençait vraiment à bien se connaître et on avait envie de partager ce ménage à quatre !
Vous avez un son particulièrement analogique, à tel point qu’à certains moments on ne sait plus trop si vous utilisez de vrais instruments ou si tout part d’un synthé. Quand je vous écoute je n’arrive vraiment pas à faire la différence.
Tommy Spaanheden : Ce serait assez facile à résumer en fait, il y a à peu près 99% de synthétiseurs analogues. Après on a chopé pleins de pédales et autres boîtiers qu’on avait trouvé à droite à gauche pour expérimenter. De temps en temps il y a une vraie basse, il y a aussi un piano acoustique et un orgue. Je crois que c’est tout pour les «vrais» instruments.
Henrik Korpi : Il y a une batterie aussi !
Et est-ce que vous allez utiliser les mêmes instruments pour le live ?
Tommy Spaanheden : Ce serait tout simplement impossible.
Henrik Jonback : Ce qui est sûr c’est qu’il n’y aura aucun instrument acoustique, ce sera complètement électronique. On utilise quelques samples pour donner une vibe acoustique mais c’est tout.
Ça doit être un super mélange ! D’ailleurs, est-ce que vous pourriez nous dire quel genre de matériel vous avez utilisé pour ce nouvel album ?
Tommy Spaanheden : Des claviers Yamaha CS01, CS05, CS15, Korg MS20, Roland SH2, des pédales Moog, des Basses Fender et tout un tas d’antiquités qu’on a ramassé un peu partout.
J’ai lu un peu partout que vous étiez tombé, durant l’enregistrement de Where Is The Light, sur une table de mixage qui a appartenu aux Pink Floyd. Tout simplement, qu’est ce que ça fait de frôler l’imaginarium des Pink Floyd du bout des doigts ?
Peter Ågren : D’abord on s’est senti honoré, et ensuite on s’est aperçu qu’en plus elle sonnait super bien. On a eu une relation très spéciale avec cet instrument, presque possédé.
Est-ce que l’un de vous a accroché un poster de David Gilmour sur le mur pour le fun ?
Henrik Korpi : On y a pensé mais on n’a pas osé (rire) Cela dit cette table de mixage n’a pas appartenu qu’aux Pink Floyd, plusieurs artistes ont travaillé dessus aussi comme Joy Division, Kate Bush, c’est vraiment un super instrument.
Un bout d’histoire si on peut dire.
On sait que vous avez, par le passé, écrit aussi bien pour Grandmaster Flash que pour Madonna ou Peter, Bjorn & John. Est-ce qu’il y a des artistes (de préférence actuels mais vous faites comme vous voulez) avec qui vous aimeriez collaborer ?
Henrik Korpi : Bien sûr. Personnellement en premier je pense à Prince, c’est un artiste dont je suis complètement fan depuis toujours. Je préférerais travailler avec un artiste comme lui qui a une vraie expérience, qui a tout connu et tout le monde, ce serait unique. Billy Corgan (Smashing Pumpkins) aussi j’avoue, mais je ne pense pas que ce soit possible.
Tommy Spaanheden : Aphex Twin serait un choix judicieux je pense.
Et côté hip-hop est-ce que certains noms ont retenu votre attention ?
Henrik Korpi : Franck Ocean, même si je trouve qu’il est plus chanteur que rappeur au sens propre du terme. Il a un talent incroyable, j’ai adoré l’album c’est le nouveau Marvin Gaye, rien que ça ! Il apporte un nouveau message, sans parler du fait qu’il ait fait son coming-out je trouve que c’est un personnage authentique. Il envoie un message d’unité à l’urban culture traditionnelle.
Merci à The Amplifetes et à Believe Digital
The Amplifetes
Where Is The Light - AMP Music
En live au Nouveau Casino le 15/04/13






