Un quart Cantonnais, deux tiers Mandchous...

[Interview] Chinese Man – Autour des platines Mandchous

20 février 2013 . Un commentaire
By Vincent Vuillaume, in FR Side

Alors que la tournée du groupe vient de s’achever et qu’il s’apprête à s’occuper de ses petits poulains du label Chinese Man Records, les trois bridés de la Canebière se sont posés un petit moment avec NeoBoto pour parler musique. Planqués dans le fond tamisé d’un café parisien qui fleure bon les parties fines et le robusta, les trois hommes chinois ponceurs de platine nous racontent leur histoire.

De gauche à droite : Zé Matéo, SLY et High-Ku

Alors tout d’abord, j’aimerais vous poser deux, trois questions sur l’aspect graphique de Chinese Man. En observant vos choix depuis vos débuts j’aimerais savoir pourquoi vous avez décidé de créer tout un univers, toute une sémantique un peu orientale autour de votre groupe, aussi bien sur les artworks que sur le VJing et sur la façon dont est illustré votre site web avec tout le folklore qui est fait autour des artistes Chinese Man Records.

HIGH-KU : Je pense que le premier truc de base c’était qu’on ne voulait pas se mettre en avant comme un groupe. Ce qui était important c’était la musique, l’univers du label, mais pas ce qu’on était nous personnellement, et on a un peu appliqué ça à tout le monde dans le label. Les producteurs, comme beaucoup de DJ ou de gens qui font du son électronique n’aiment pas être mis en avant. Du coup c’était un peu plus simple de se construire un univers dont les médias auraient besoin, et puis pour la promo c’est important. Donc, plutôt que de faire une bio classique genre SLY a grandi à machin et à fait de l’art, l’autre il a fait ci, des trucs pas intéressants, on a raconté n’importe quoi et comme le nom, un peu fortuitement c’était Chinese Man qu’on avait choisi, on a développé autour naturellement.

Pour la vidéo c’était une suite logique car, encore une fois en tant que musiciens électroniques on aurait eu du mal à se mettre en scène, puis on voulait pas forcément apparaître dans nos clips. Du coup avec Fred et Annabelle, notre équipe vidéo avec qui on est amis depuis des années ça s’est aussi fait par connexion. Et comme on avait tous ces gens autour de nous qui savaient faire des illustrations et des vidéos, ça a développé un univers graphique qui, au final, a supplanté, si je puis dire, l’imagerie traditionnelle que l’on trouve chez les groupes rassemblés autour d’une seule personne ou d’un seul nom (BRAVO Général)

SLY : Et maintenant le côté graphique et vidéo se suffit à lui-même car lorsque nos morceaux sont plus ou moins avancés, on les passe directement à Fred et Annabelle et à Julien Ouikid qui fait les visuels et puis eux interprètent la musique et créent l’univers. Donc voila on travaille par couche un peu, la musique est le point de départ mais après ils sont libres d’interpréter visuellement comme ils veulent.

C’est eux notamment qui avaient pensé aux petites boules poilues du clip de Get Up nan ?

CHINESE MAN : Oh Oui !

SLY : C’est né dans leur cerveau !

Et ça a été méchamment repris, ça a beaucoup plu je veux dire.

ZE MATEO : Ben c’est là que ça rejoint un peu ce que tu dis sur l’éventuel «enfermement dans une thématique», c’est que là ça reste quand même des propositions qui sont purement folles. Ils n’ont aucune contrainte à part la musique, et ça leur offre des possibilités infinies. Comme sur le projet de l’album de Racing il y a vraiment eu un truc avec une vision un peu plus cinématographique, on a pu se permettre d’aller dans des délires plus Far West, plus saloon, etc. Et au départ aussi c’est surtout parce qu’on trouvait ça joli, tout simplement.

Là, tout le monde vous rejoint je pense.

Bon, on va se recentrer un peu sur la musique pour le coup. Même si je ne suis pas un fan des étiquettes, quand j’entends votre musique, et plus particulièrement vos samples, ça me fait beaucoup penser à des influences un peu euro-groove, ethniques, dans l’esprit des compilations Putumayo. Donc, comment vous qualifieriez, au plus près, votre musique ?

SLY : En général, on aime bien dire que c’est du hip-hop instrumental parce que dans la façon de composer c’est vraiment comme ça que ça marche. On part d’un sample, et après la section rythmique arrive tout de suite après, donc de ce point de vue là c’est du hip-hop. Après, on est pas contre l’appellation trip-hop aussi, personne n’aime ce terme mais pourquoi pas, il y a ce côté un peu plus planant que dans le hip-hop.

HIGH-KU : Bass Music aussi !

SLY : Ouais le truc qui nous définit le mieux à la limite ce serait ça parce que la basse est au centre de la musique, donc ça pourrait être du trip-hip-hop-bass-music, un truc super long. On essaie de faire du Chinese Man quoi.

Alors, une question qui rejoint un peu votre son, le graphisme et votre identité. En voyant l’évolution exponentielle des home-studios et de la facilité d’accès à la production avec un ordinateur ou une MPC, est-ce que vous vous êtes dit que cette identité ça pourrait vous aider à vous démarquer, à créer quelque chose d’unique.

SLY : Ben par vraiment, nous nos ambitions au début c’était de faire juste cinq ou six exemplaires et de faire tourner ça un petit peu autour de nous dans le milieu DJ. Donc finalement il n’y avait pas de plan de carrière si tu veux. Mais d’un côté oui on s’est rendus compte très vite que faire notre musique tout seul et le reste aussi ça pouvait être une échappatoire au format habituel qui est de signer en major, faire son album, sa tournée, etc… Donc forcément quand t’es indépendant et seul, t’es plus libre.

HIGH-KU : Je pense en effet que c’est plus dans la manière dont le collectif s’est formé à la base. On a naturellement dû s’intéresser à des domaines auxquels ne s’intéressent pas forcément les groupes habituels, notamment tout ce qui est promo. Donc forcément du coup, n’ayant pas de pression en se disant « on veut vendre des disques », n’ayant pas de plan de carrière on a pus développer un truc derrière avec tellement peu de stress, en incluant tout notre second degré, nos blagues de merde que du coup ça a créé une identité, mais je pense qu’elle s’est faite inconsciemment. Au final elle est très forte et tellement marquée avec l’univers graphique et la musique qu’il y a forcément une petite revendication sur la manière dont on aime faire notre musique, mais ça s’est fait naturellement.

ZE MATEO : Je pense que l’émancipation de la prod avec ce matériel là, le fait que tout le monde puisse composer ou produire chez soi je trouve ça génial. On redonne le pouvoir de création à l’homme. Après, ça reste le même problème quand tu veux faire de la bonne musique. Nous, au début, on avait pas tout ce matériel là, on composait vraiment avec des petits bouts de plein de choses récupérés dans des vinyles pour vraiment obtenir le son qu’on voulait. Je pense que le fait que ça se démocratise ça rend plus compliquée la création. C’est à dire que tout le monde peut faire un morceau en assemblant des lignes de batteries, mais au final l’objectif c’est de faire un morceau qui défonce, qui plaise et du coup nous on a réussi à le faire avec peu de chose au début, et on essaie de continuer en utilisant au mieux la technologie à laquelle on a accès aujourd’hui.

Et c’est tout à votre honneur.

Alors, au niveau composition, recherche de samples, dépeçage de 33 tours, vu que vous êtes une bande de potes DJ/beatmakers vous êtes plutôt en mode jam, impro avec de vrais instruments ou plutôt chineurs de samples ?

SLY : Ben c’est un peu les deux. La méthode de composition c’est un des trucs qui a le moins de changé entre les débuts de Chinese et maintenant. C’est vrai que Matéo et High-Ku sont surtout des chineurs de vinyles, ils fouillent et il y a toujours un moment où on se retrouve tous les trois pour écouter tout ça. Mais il y a un peu ce côté jam quelque part parce qu’une fois qu’on a choisi notre sample principal, on fait tourner une basse/batterie, beaucoup de MPC ou de platine et la phase d’improvisation arrive naturellement.

Et il vous arrive d’utiliser de vrais instruments pour vos prods ou vous restez quand même dans le triptyque classique de la platine et de l’ordi ?

SLY : On utilise un peu les claviers, mais quand on a besoin de vrais musiciens on fait appel a de vrais bons musiciens. Mais là du coup, c’est une partie qui est arrivée un peu après. Quand on fait appel à des musiciens c’est que le morceau est déjà très avancé. Donc c’est vrai qu’on reste plutôt sur platine, sampler, clavier pour faire nos mélodies.

ZE MATEO : C’est aussi les rencontres qui font qu’on a des propositions. Nous on avait des idées assez précises sur nos morceaux, puis après le fait de faire des sessions en studio avec des musiciens ça permet de créer d’autres choses et de demander à des personnes comme General Elektriks, parce qu’on sait qu’il est super fort en clavier, de nourrir le morceau avec des nappes ou des choses comme ça, ça permet de développer à chaque fois le morceau et de le faire grandir jusqu’à ce qu’on trouve vraiment le truc parfait.

Et ça pour le coup, ça va aussi avec ce que tu disais tout à l’heure sur l’émancipation, notamment dans les nouvelles technologies, de pouvoir faire de la musique à distance. C’est à dire qu’avant tout le monde devait se retrouver dans un studio pour enregistrer, le truc avait été répété, etc… Et depuis les années 90 avec le fait que ce soit enregistré et maintenant internet, ben tu sais que tu peux envoyer ton morceau sans la piste de batterie et demander à un batteur de jouer dessus, il te le renvoie, tu fais des retouches, etc… C’est sûr que c’est une autre façon de composer.

Je vous pose cette question parce que je trouve que les instruments sont vraiment le découlement naturel de votre musique. A la vue des samples que vous utilisez et des influences que vous avez, l’ensemble ne sonne pas du tout électronique. Je le ressens plus comme quelque chose de très manuel, très chaud avec des instruments à cordes etc…

SLY : On aime ce son là, le son analogique. Même quand on utilise des samples, le choix des samples c’est souvent des sons analogiques, acoustiques qu’on triture éventuellement donc oui c’est une continuité logique du travail des musiciens.

Bon pour le coup on va revenir sur vos opus précédents.

J’ai souvent lu dans vos interviews que vous considériez vos deux premiers projets (Groove Sessions 1 & 2) plus comme des premiers pas et que ce n’était pas réellement des albums. Pour vous, la première identité complète c’est Racing With The Sun. Du coup j’ai ressenti comme une sorte de manque de fierté vis à vis de vos premiers opus qui vous ont pourtant révélés aussi bien au public qu’aux annonceurs comme Mercedes.

HIGH-KU : C’est pas un manque de fierté. Quand on a sorti Racing With The Sun, les gens avaient tendance à nous dire « mais pourquoi vous appelez ça votre premier album alors que vous en avez déjà sortis deux avant ? »

C’est vrai que les gens ne font pas souvent la distinction entre EP, Mixtape, Album.

HIGH-KU : Là en plus c’est très différent parce que les Groove Sessions, ce que les gens ont jamais compris c’est que c’était pas vraiment le groupe en lui-même. La plupart des productions étaient de Chinese Man, mais il y en avaient également d’autres producteurs, genre SLY en solo. Et surtout ça a été créé avec une succession de quatre EP totalement indépendants les uns des autres. Donc en aucun cas on en était pas fier, mais c’est simplement que l’appellation album était fausse parce que c’était des compilations de maxi-vinyles. Certaines personnes ont cru qu’on voulait faire un coup de pub en disant que c’était notre premier vrai album mais nous on l’a vraiment vécu comme ça.

C’était le premier vrai visage de Chinese Man.

HIGH-KU : Ouais et puis on avait jamais travaillé sur douze titres avec un début une fin. Nous on travaillait sur des formats qui dépassaient jamais quatre titres, et des maxis qui étaient tout le temps pour des DJ… Donc au contraire, on est d’autant plus fier que les gens arrivent à considérer ça comme des albums alors qu’on les a fait à des moments très différents.

Quand on écoute l’album remix de Racing With The Sun (Remix With The Sun) on pense naturellement à une relecture du précédent album mais aussi à une sorte d’apéro entre potes où vous auriez filé vos tracks à vos amis (Scratch bandits Crew, OBF) pour qu’ils s’éclatent avec genre « vas-y éclate toi et montre moi comment tu lis ma musique. »

SLY : Mais c’est exactement ça ! Au départ on avait même pas pour projet de faire un album de remixes, mais on s’est rendu compte qu’on connaissait tellement de gens dans des styles de musiques différents, des gens dont on est proche en plus humainement que ça pouvait être intéressant. Je trouve ça marrant que OBF qui est typiquement dans un univers très différent du notre réussissent à s’accaparer le morceau qu’ils ont remixé et en faire une vraie relecture comme tu dis. Mais plus qu’un apéro je verrais plus ça comme un after entre potes. Et tu peux l’écouter comme un album même si tu connais pas Racing With The Sun, les morceaux sont tellement retravaillés qu’ils sont nouveaux. Donc ouais ta définition est pas mal, « un apéro/after entre potes ».

Alors, venons ensuite à vos lives.

Ils sont toujours très impressionnants et je peux faire la comparaison car je vous avais vu en 2009 à Nancy, vous passiez au Hublot avec Lyre Le Temps et c’était un show monumental pour pas cher j’ai vraiment passé un super moment. Et je vous ai revu plus récemment et je m’attendais pas à ce que ce soit un changement si radical. On a vraiment l’impression que vous avez acquis toute une «maturité» de plusieurs années passées sur la route, et du coup on voit clairement l’accumulation d’expériences de vies, notamment avec l’arrivée des MC’s sur scène, du tromboniste, etc… Alors est-ce que l’évolution de vos lives s’est faite naturellement au fil des années ou alors, pour la sortie de Racing vous vous êtes dit qu’il faudrait passer à l’étape supérieure ?

HIGH-KU : Pour Racing With The Sun on a clairement créé un nouveau live. Même si il y a des morceaux issus des Groove Sessions qui ont été repris, on a totalement remanié tout ça. On avait la volonté de passer une étape, et en plus on passait une étape de fait parce qu’on savait qu’on allait être amené à jouer dans des salles plus grandes, des festivals plus importants, et du coup on a fait une première session de tournée Racing With Sun où il avait simplement Taiwan plus quelques MC sur certaines dates. Ensuite on a fait un break, et comme on est revenus pour continuer la tournée Racing mais qu’on avait sorti les remixes en plus, ça a donné encore plus de matière pour améliorer les lives. Après il y a forcément une question de moyens qui est indéniable, quand tu fais des plus grosses salles tu peux te permettre d’avoir trois MC sur scène, des trombones, ce qu’on pouvait pas faire au début. Et c’est pareil pour la vidéo, tu passes d’un écran à deux écrans encore plus grands avec caméras sur scène donc il y a aussi une question de moyens mais on a vraiment voulu les utiliser de la meilleure des manières étant donné l’expérience qu’on avait. Sur les Groove Sessions on avait fait pas mal de gros festivals mais à la fin on avait touché un peu du doigt la limite, parce qu’on était tous les trois derrière nos platines et qu’on commençait à sentir la frustration de ne pas pouvoir aller plus loin dans la communication avec les gens.

SLY : En plus, plus tu fais de dates plus tu te rends compte de ce que le public aime ou pas, pareil pour toi. Donc non seulement le changement était voulu mais en plus il s’est fait dans la durée de la tournée. Mais je pense qu’on est loin d’être les seuls à faire ça.

Tout de même, pour le VJaying les artistes sont encore trop peu (à mon goût) à s’y risquer.

SLY : Ca demande aussi «un petit peu» de moyens techniques, nous on a bossé plusieurs mois pour préparer le truc, donc c’est pas simple non plus.

ZE MATEO : C’est hyper-contraignant la vidéo quand t’es sur scène, nous notre «lighteux» il s’arrachait le peu de cheveux qu’il a sur la tête à chaque date. Quand tu mets un écran de 8m par 3 forcément tu bouffes tout l’espace, et puis sur des festivals où t’es en extérieur… Maintenant ça se fait différemment avec les écrans LED mais c’est vrai qu’au départ quand on a imaginé le truc on avait pensé à deux versions, une petite et une grande donc c’est un sacré boulot d’organisation. Mais on s’est toujours dit qu’on ne voulait pas tomber dans le genre ciné-concert, du coup le boulot avec Fred et Annabelle c’est toujours de trouver le juste milieu entre l’exposition du MC, nous et le voyage des images.

Le label a été monté en même temps que le groupe, alors comment se déroule la gestion d’une telle structure au quotidien, en plus de la tournée, en plus du travail de composition, etc ?… Est-ce que vous avez des personnes qui prennent un peu le relai ?

ZE MATEO : C’est à dire que jusqu’à 2008 on était un peu en autogestion, avec des copains qui nous filaient des coups de mains, un pote comptable, une pote juriste, etc… Et à partir du moment où on a fait la tournée des Groove Sessions on a commencé à vraiment structurer le truc, du coup on a intégré un label manager qui est un pote qui suivait le projet depuis le début, et ensuite on a officialisé ça avec un Booker qui travaillait en interne chez nous. C’est hyper prenant et passionnant dans le fond, comme on est fondateurs, directeurs artistiques tout en aspirant à un univers ouvert, tous les gens qui nous entourent participent au projet. Il y a une espèce de démocratie naturelle avec des délires de discussions qui ne finissent jamais mais aussi des côtés plus contraignants où on est sur la route en tournée et qu’il faut s’occuper des événements à venir six mois plus tard, ce qui fait qu’on en apprend encore tous les jours. Vue la taille de la structure avec tous les artistes et les gens autour qui représentent à peu près une trentaine de personnes, ça donne une belle aventure où tout le monde apprend, on le voit bien avec Deluxe et Taiwan qui ont intégré le projet.

Alors écoute ça tombe bien que tu parles de Deluxe. Nouvel artiste Chinese Man Records à faire parler de lui, c’est important de donner cette exposition aux groupes que vous appréciez et qui vous entourent ?

SLY : Ouais bien sûr ça faisait parti du projet dès le départ même si on savait que ce serait long de pouvoir développer ce côté label. On sait tous qu’on ne fera pas Chinese Man éternellement donc c’est aussi important pour nous de voir qu’il y a autre chose dans la musique et cet aspect là nous plaît beaucoup. Ce qui arrive à Deluxe c’est génial parce qu’ils sont dans une veine différente de celle de Chinese Man mais il y a quand même des ponts, des invités en commun, etc…

Surtout une section de cuivres très proche de vos sonorités.

SLY : Ouai c’est vrai mais ça c’est le genre de truc où on s’influence mutuellement sans vraiment le calculer donc oui ça amène une nouvelle facette à Chinese Man Records et pis ce sera pareil avec Taiwan qui va sortir un EP en solo, lui aussi va donner une nouvelle vision à Chinese Man Records à travers sa musique. Et on espère que ça va continuer un petit moment.

Depuis la sortie de l’album et du live à la Cigale vous avez été beaucoup sur les routes, alors quels sont vos projets pour la suite autant sur l’avenir de Chinese Man que sur le futur du label ?

HIGH-KU : Ben écoute il y a l’EP de Deluxe qui arrive en avril avec un album en septembre, la tournée dans la foulée donc on va tout d’abord essayer de les aider à finir cet album. Taiwan sort aussi un EP en juin et il va tourner un peu. Pour notre part on va pas mal tourner à l’étranger en Italie, en Grèce, en Turquie on a même des plans au Canada, Danemark donc pour Chinese Man cette année ce sera la conquête de l’étranger. Et sinon on s’est remis à composer tous les trois pour des projets qui ne sont pas encore définis pour l’instant mais on avait envie de se remettre à composer sans savoir pourquoi on le faisait. Mais il y aura aussi sûrement des surprises, des trucs qui vont se monter, mais pour le groupe Chinese Man faudra attendre un petit peu avant d’avoir des nouveaux sons car on a besoin de se ressourcer en quelques sortes.

Après avoir mis un petit pied dans la publicité (Mercedes), est-ce que vous seriez tenté de réitérer l’expérience aussi bien dans une pub que dans un projet audiovisuel plus dense, une B.O. ?

HIGH-KU : Tant qu’à faire je préférais faire une B.O. qu’une nouvelle pub mais bon… Après on ne peut pas nier l’apport que t’apporte la publicité sur les ventes de disques et sur l’argent que ça rapporte à un label quand t’es indépendant. Je pense qu’on a d’énormes principes qui font qu’on n’a pas envie de faire des pubs pour Elf ou pour Orange.

Vous n’êtes pas du genre à avoir le sticker «Vu à la télé» sur votre album.

HIGH-KU : Nan pas du tout. On a sorti notre album un an et demi après la diffusion de la pub, ce qui était totalement contre productif (rire), on a refusé toutes les propositions de nos titres mais moi pourquoi pas à partir du moment où la marque fait pas en sorte que ses employés se suicident et qui ne sont pas dans un plan social drastique ça nous va.

SLY : On est à l’écoute de toutes les propositions mais on n’acceptera pas tout.

HIGH-KU : Si on peut éviter le jambon ou le déodorant on préfère quoi.

SLY : Une B.O. ça pourrait vraiment être bien.

HIGH-KU : Je pensais au truc des patrons là, le MEDEF.

Vvous seriez chaud pour assurer le prochain lipdub du MEDEF ?!

SLY : (rires) Y’a peu de chances mais on sait jamais, avec la crise…

ZE MATEO : La B.O. ouais, en plus c’est un travail très différent de la composition d’un album. Il y a une vraie proposition artistique à trouver, un suivi, et ça c’est vrai que ça nous ferait vraiment kiffer.

SLY : Après le réalisateur…

HIGH-KU : Mais y’a un mec là Spietbergue ou Spielberg je sais pu…

SLY : Ouais j’ai cherché sur Wikipédia mais ça marchera pas, c’est mort il n’y aura pas de suite (rires)

Alors on arrive enfin à la question finale. Depuis Septembre 2012 on a eu droit à une gigantesque promotion pour la sortie de l’album de quatre autres DJ, les C2C (sans parler de l’actualité très américaine de Birdy Nam Nam). Est-ce que ça vous laisse un peu rêveur d’avoir une telle exposition à l’international ou alors ce n’est pas ce que vous recherchez ?

SLY : On n’est pas vraiment à la recherche de ça. Après faudrait savoir comment ils le vivent eux en tant que groupe, est-ce que c’est compliqué ?, etc… Mais dans l’absolu c’est pas notre objectif.

HIGH-KU : Concrètement, tant que nos disques ne nous coûtent pas d’argent et qu’on arrive à en vivre on est bien. Après je t’avoue que si demain on nous propose de vendre 100 000 disques pourquoi pas, mais on ne le fera pas en signant sur une major, on ne le fera pas en faisant une pub à la TV, etc… C’est pas une politique à l’encontre de ses groupes, c’est juste que nous on considère avoir la position rêvée en tant qu’artistes. Là par exemple, on n’a pas envie de sortir d’album, et ben on n’en sort pas, après on assume les risques.

SLY : Mais au moins c’est un choix.

ZE MATEO : L’idée c’est qu’on est toujours le cul entre deux chaises parce qu’il y a forcément un côté rêveur quand on voit la vitesse d’exposition, donc du coup tu peux plus facilement créer des projets dans d’autres pays ou avec d’autres artistes, etc… On reste tout de même avec de grandes ambitions, mais le truc c’est que ça implique des choses qui humainement ne sont forcément compatibles, et du coup ça nous laisserait avec une petite amertume. Je pense pas que ce soit le cas avec C2C ou Birdy Nam Nam, chacun sa politique. Puis on aime ce rythme naturel qui nous permet de rencontrer plein de gens, je crois pas que ce serait pareil si on devait multiplier les dates à travers les pays.

HIGH-KU : En plus on s’entend plutôt bien avec les gars de C2C et Birdy, du coup c’est encore plus intéressant comme relation. Au delà de ce que voit le public, en tant que groupe c’est essentiel de se nourrir des expériences de telle ou telle formation. On sait très bien ce qu’on manque c’est vrai, mais ils sont les premiers à nous faire remarquer ce qu’on possède aussi.

SLY : Tant que c’est toi qui choisis ta position… Hors contexte c’est un peu chelou comme phrase (rires), mais ce que je veux dire c’est que tant qu’on est libre de faire ce qu’on veut on est bien.

ZE MATEO : C’est marrant parce qu’on nous compare souvent à ces deux groupes là qui sont bien plus forts que nous techniquement et qui ont une véritable culture du turntablism, mais il ne faut pas oublier qu’avant d’être ce qu’ils sont aujourd’hui, ils sont avant tout champion DMC et ça, rien qu’au niveau exposition internationale ça fait du bien.

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Vincent Vuillaume
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Un Commentaire
  1. MCKKYU le 21 février 2013 à 22 h 31 min

    Cool cette itw, qui permet de découvrir mieux ce super groupe !