Cette fois c'est sûr : ils partiront comme des samouraïs

IAM : au cœur de la bataille

25 avril 2013 . 4 commentaires
By Nico, in FR Side

La nuit est d’un noir d’encre, l’atmosphère est pesante. Cinq samouraïs regardent vers l’horizon, la main sur le katana. L’heure du voyage a de nouveau sonné, six ans après leur dernière escapade. Les membres sont engourdis, les visages taillés de quelques rides supplémentaires. Désormais amputés d’un membre du clan, les rônins savent qu’ils devront affronter une nouvelle forme d’adversité, organisée et cooptée par des puissances plus étendues que les simples flows acérés de leurs héritiers. Perdurer pour exister. Comme un seul homme, ils s’avancent dans l’obscurité, guidés par une volonté renouvelée de prouver qu’ils ne mettront jamais genou à terre. Du moins pas avant d’avoir livré une ultime bataille. Cette fois c’est sûr, ils partiront comme des samouraïs.

« Ecoute. S’élever des rouges plaines, le chant de ces guerriers du son. Ecoute, écoute le vent, les arbres. Ecoute le béton et les bancs. Ecoute et tu entendras peut-être, alors, le chant de ces fiers combattants »

Ils avaient pourtant cru ne jamais Revoir un Printemps tous ensemble, sous la même bannière. L’apprentissage individuel de certains, les contraintes personnelles des autres : chacun avait sa propre bataille à mener. Régulièrement pourtant, le clan se réunissait l’espace d’une performance collective livrée devant une audience captive, avec un objectif : transmettre, éduquer. Les lames se sont aiguisées, les techniques se sont affinées. Les revoilà, cinq soldats toujours debout, plus de vingt ans après leurs premiers faits d’armes. La chaleur des pyramides et l’étourdissante litanie de la notoriété n’auront pas atténué leur soif de vaincre, loin s’en faut. Devant composer avec leurs vieux os, les cinq samouraïs sont conscients que la clé de leur succès réside dans la sagesse et leur capacité d’anticipation. Frapper au moment où les ennemis s’y attendent le moins. Il fallait tomber pour mieux se relever, se recentrer sur les origines de leur puissance et sur ce qui a construit la légende des cinq premiers samouraïs marseillais pour assurer leur pérennité ; rétablir les préceptes de l’Ecole du Micro d’Argent, en y injectant le savoir-faire accumulé au cours d’un parcours tortueux. Avec les enseignements de la famille New-Yorkaise en toile de fond et leur statut d’icônes samouraï en guise de pinceau, les rônins esquissent les contours d’une bataille censée rétablir leur dynastie, celle d’un clan qui jamais n’a plié sous le poids des années. « Devant l’adversité les coudes se soudent ».

Au détour d’un sentier, Ennio Morricone se dresse sur la route des rônins. Le vieux maître les toise d’un air méfiant, souhaitant diriger le clan selon ses désirs. Foutaises. Shu lui assène un coup de katana. IAM Ennio Morricone n’est plus, l’art viendra d’une autre planète : Mars. Le Japon a décidément bien changé depuis l’époque où L’ombre [était] la Lumière : davantage retord, régi par des familles de samouraïs en quête maladive de reconnaissance et qui n’hésitent pas à livrer bataille pour de futiles querelles. Comme si les « Peace, Love et Having Fun [étaient] devenus Bitch, drogues et heavy guns ».

Un mince croissant de lune accroché dans le ciel baigne la scène d’une lumière vibrante, faisant tanguer les ombres alentour. Tapi dans l’obscurité, l’ennemi attend. A pas feutré, le clan s’approche, leurs katanas luisant dans une nuit sans étoile. Et tout s’embrase.

« Nous sommes des hommes libres, debout et nos fait d’armes resteront dans les mémoires, sur nous, même le temps s’effrite »

Les pas s’accélèrent sur la terre battue. L’esprit d’un spartiate, le corps d’un démon ; les cinq samouraïs s’engouffrent corps et âmes dans une lutte âpre, la pointe de leurs armes criant «Les [mille] Raisons de [leur] colère ». Se transformant en « Marvel » le temps de quelques mouvements, AKH et l’oncle Shu’ assènent des coups teintés d’un dégoût mesuré -« Pain Au Chocolat »- , mais d’une lucidité certaine, résultat d’une « Habitude » des combats rugueux. En maîtres stratèges, ceux que l’on surnomme Imothep et Kheops orchestrent le combat tout en sobriété, ponctuant les envolées martiales de leurs acolytes par des scratchs furieux, soutenus par une atmosphère lunaire, où les enseignements des écoles asiatiques « Benkei et Minamoto », soulful « L’amour que l’on me donne» et old-school « Tous les saints de la terre », « Notre Dame Vieille » s’entrecroisent dans une superbe chorale. La SP 1200 et le MPC 3000 tranchent dans le vif.

Cette lutte, ils la livrent contre eux-mêmes, face au poids du temps et de la nouvelle école, en réaction au retrait progressif des troupes pionnières de l’Art Martien. Ensemble, « prêts à tout, sauf à plier les genoux ». Et lorsque « La Part du Démon » ressurgit et plonge les samouraïs dans une ombre menaçante -« Sombre Manœuvre/ Manœuvre Sombre »- , ils n’en ressortent que plus lumineux. Épaulés par la technique à la fois rocailleuse et légère des rônins Faf et Damiani sur plusieurs attaques parfaitement ciselées qui plongent l’ennemi dans une « Misère » palpable avant le « Dernier Coup d’Eclat » de leur katana, le clan assoit son hégémonie avec sobriété et clairvoyance.

La montagne s’efface et devant eux s’ouvre l’immensité.


La Cinquième Saison pointe à l’horizon, et avec elle la promesse d’un avenir radieux pour les cinq samouraïs. La famille s’est soulevée, dans un ultime regain d’orgueil. Elle a prouvé que le lendemain n’était pas si loin. Éreintés par une lutte âpre, soulagés par un succès à la saveur particulière, les rônins profitent de l’accalmie après la tempête. Qui sait de quoi l’avenir sera fait ? Le souffle court, le corps meurtri, ils scrutent le champ de bataille, en quête d’une réponse. Le chant de la victoire résonne alentour, les confortant dans leurs certitudes : la route est encore longue, mais elle sera belle.

La bataille sensée rétablir la suprématie de l’Art Martien demeurera dans les esprits comme l’ultime soubresaut d’un clan auquel le temps donne chaque jour plus de valeur.

Fallait pas faire chier Benkei et Minamoto.


Nicolas Rogès

@NicolasRogès

4 Commentaires
  1. MCKKYU le 27 avril 2013 à 22 h 16 min

    Super article du début à la fin !

    Quand a l’album, il est musicalement parfait, je suis fan, je trouve pas de défaut ! Les samourai sont toujours là.

  2. LOPES le 28 avril 2013 à 17 h 01 min

    Tiré d’un vieux papyrus reprenant les faits et armes d’un clan légendaire issu de l’école impériale asiatique. Il fallait, faute d’encre de chine, retranscrire le récit de ces samouraïs sur un support à la portée de nos minots. Neo’ a la plume aussi affûté que leur katana

    • Nico le 28 avril 2013 à 22 h 46 min

      Merci à vous !

  3. Arthur le 30 avril 2013 à 10 h 12 min

    Magnifique article